Algues vertes en baie de Saint-Brieuc : l'ARS invite les médecins à rechercher les symptômes d'exposition à l'H2S

Les médecins autour de Saint Brieuc sont invités à rechercher les "situations d'exposition à l'hydrogène sulfuré", un gaz issu de la décomposition des algues vertes. L'ARS leur demande de signaler tout cas de patient venant consulter pour des nausées ou malaises.
La plage de Bon Abri à Hillion en juin 2019
La plage de Bon Abri à Hillion en juin 2019 © C. Bazille - France 3 Bretagne

Les 29 et 30 juin derniers, les seuils de concentration d'hydrogène sulfuré dans l'air ont été légèrement dépassés sur le site de l'Hôtellerie, à Hillion. C'est dans ce contexte que l'ARS Bretagne demande aux médecins exerçant dans cette zone géographique de signaler tous les cas de patients venant consulter pour des nausées, céphalées, irritations oculaires, malaises ou encore arythmies cardiaques. Ce sont là les principaux symptômes pouvant évoquer une exposition à l'hydrogène sulfuré, un gaz issu de la décomposition des algues vertes. 

"Il s'agit d'une simple étude", assure Anne-Briac Bili, directrice de cabinet de l'Agence Régionale de la Santé (ARS).  Depuis l'année dernière, à l’initiative de Saint-Brieuc Armor Agglomération, et avec le soutien financier de l'ARS Bretagne, des campagnes de mesure de l’hydrogène sulfuré dans l’air sont effectuées par l’Association Air Breizh. Des capteurs ont été placés dans quatre sites où des échouages d'algues vertes sont récurrents:

-          le port du Légué (Plérin)

-          la plage du Valais (Saint-Brieuc)

-          Boutdeville (Langueux)

-          L’Hôtellerie (Hillion)

Ces quatre lieux ont été sélectionnés parce que le ramassage des algues y est difficile et qu'ils se trouvent à proximité d'habitation. La campagne de mesure se déroule pendant la période où la fréquentation est la plus importante, de mai à septembre.

La France n'ayant pas déterminé de valeur limite dans l’air pour la présence d’hydrogène sulfuré, ce sont celles fixées par l'OMS qui font référence: pas plus de 150 μg/m3 sur 24h. A partir de ce seuil surviennent les premiers effets irritants locaux au niveau oculaire. En matière de nuisances olfactives, le seuil est à 7 μg/m3 sur une demi-heure. 

Les valeurs relevées en 2020 ont été inférieures à celles préconisées par l’OMS. En revanche, la campagne de 2021, qui a démarré le 4 mai, montre une augmentation des taux d'hydrogène sulfuré sur le site de l’Hôtellerie. Les 29 et 30 juin, le seuil sanitaire de 150 μg/m3 a même été dépassé: respectivement 201 et 153 µg/m3, "mais sur moins de 24 heures",  précise l'ARS, "et aucun dépassement n'a été relevé depuis. Sur ce même site, du 4 mai au 15 juillet la moyenne des relevés sur cette période est de 20,4 µg/m3. Les trois autres sites présentent, quant à eux, des concentrations en moyenne journalière qui se situent entre 1 et 7 µg/m3 sur la dernière semaine de relevé."

"Même si les niveaux de concentration en hydrogène sulfuré mesurés sur le point de l'Hôtellerie restent très en deça des seuils de toxicité, il nous a semblé intéressant de demander aux médecins de nous faire remonter tout cas qui pourrait évoquer une exposition à ce gaz, précise Anne-Briac Bili. Nous avons aussi demandé au maire d'Hillion d'inciter ses administrés à aller consulter en cas de symptômes, s'ils pensent avoir été exposés au gaz."

Dans son message aux médecins, l'ARS Bretagne précise: "en cas de consultation d’un patient en vacances ou habitant sur Hillion pour des symptômes irritatifs oculaires ou respiratoires, des céphalées, nausées, malaises, perte de connaissance, troubles digestifs, ou en cas de venue aux urgences pour un tableau d’OAP (oedème pulmonaire, NDLR), des troubles du rythme cardiaques ou signes d’infarctus, il convient de rechercher une situation d’exposition à de l’H2S."

L'ARS ne limite pas la vigilance des médecins à la seule zone où des pics d'hydrogène sulfuré ont été enregistrés: "de façon générale, si un de vos patients présente ce type de symptômes et déclare en parallèle avoir fréquenté une zone connue pour faire l’objet de dépôts d’algues récurrents et de difficultés d’accès pour leur ramassage (rochers, vasières), il convient également d’envisager une éventuelle exposition à de l’H2S," préconise l'agence

De son côté, l'association Sauvegarde du Trégor Goelo Penthièvre demande à l'ARS de publier quotidiennement les valeurs relevées par les capteurs d'Air Breizh, estimant que les riverains des sites concernés "ont droit à une information honnête et régulière sur la qualité de leur environnement et de l'air qu'elles et ils respirent". L'association réclame également l'installation de capteurs identiques dans tous les lieux en Bretagne touchés par le phénomène des algues vertes. Elle déplore enfin que l'ARS n'ait pas répondu à sa  demande de réaliser une étude épidémiologique sur les effets de l'hydrogène sulfuré à faible dose sur le long terme. "Nul doute qu'en cas d'intoxications même bégnines, il pourra vous être reproché une forme de laxisme dans la mission de protection des populations qui vous incombe," avertit l'association dans une lettre ouverte adressée au directeur de l'ARS lundi 26 juillet.

 

 

 

 

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