Algues vertes en baie de Saint-Brieuc. "Je ne suis pas le veilleur de nuit du préfet", fulmine le maire d'Hillion

Des plages fermées au public, des odeurs pestilentielles, un spectacle de désolation. Les algues vertes envahissent la baie de Saint-Brieuc. Un phénomène favorisé par la pluviométrie de ces dernières semaines. Le maire d’Hillion dénonce le manque de volonté politique de l’Etat.
Echouages d'algues vertes dans l'anse de Morieux sur la plage de La Grandville dans les Côtes-d'Armor. Baie de Saint-Brieuc, le 20 mai 2021.
Echouages d'algues vertes dans l'anse de Morieux sur la plage de La Grandville dans les Côtes-d'Armor. Baie de Saint-Brieuc, le 20 mai 2021. © Thomas Bregardis - MaxPPP

"Fermé jusqu’à nouvel ordre". Des panneaux avertissent les promeneurs aux abords des plages de l’Hôtellerie, de Lermot, de Saint-Guimond et de la Grandville à Hillion dans la baie de Saint-Brieuc. Reste pour les Hillionnais, la plage de Bon Abri, mais là il faut emprunter une passerelle pour éviter les tas d’algues vertes en putréfaction. Un peu plus loin dans la commune de Morieux, des pieux délimitent la zone dangereuse sur la plage de Saint-Maurice.

Et au grand dam des promeneurs, ce spectacle de désolation s’accompagne bien souvent d’une odeur d’œuf pourri, caractéristique du sulfure d’hydrogène (H2S), que dégagent les ulves en pourrissant. Un gaz responsable de morts d’humains et d’animaux. 

On l’aura compris : 2021 s’annonce comme une année prolifique en algues vertes dans la baie de Saint-Brieuc, à l'instar de 2017 et 2019.

La faute à un ramassage trop tardif selon l’association Halte aux marées vertes. Dans une lettre ouverte, l’association de défense de l’environnement dénonce : "Alors qu’au 13 avril 2021, selon les relevés faits par le CEVA (centre d’études et de valorisation des algues), la baie de Saint-Brieuc comptait 90 % des surfaces d’échouage d’algues vertes de Bretagne, le premier chargement d’algues n’est arrivé au centre de traitement de Launay-Lantic que le 7 mai."

"On ferme les plages même si les volumes d’algues vertes sont bien moindres que par le passé."

Du côté de la mairie, on rappelle l’impossibilité de ramasser des algues sur des zones vaseuses ou rocheuses. "Avant 2017, on ne fermait pas les plages, souligne Mickaël Cosson, maire d’Hillion depuis 2014. Maintenant on ferme les plages même si les volumes d’algues vertes sont bien moindres que par le passé."

Et l’édile d’illustrer : "En 2009, 24 000 tonnes d’algues vertes ont été ramassées sur la commune et les plages sont restées ouvertes. En 2017 et 2019, on en a récolté 10 000 tonnes et les plages ont été fermées."

"On sait que le phénomène va persister."

"Ce que je veux, c’est que chaque acteur fasse son boulot", s’agace Mickaël Cosson. Là, on attend l’échouage, on ferme, on ramasse et on s’en satisfait. On sait que le phénomène va persister."

Il faut arrêter de faire croire aux gens qu’on peut se satisfaire de ramasser les algues avec un tracteur.

Mickaël Cosson, maire d'Hillion

Agacé qu’on ne parle de sa commune qu’à travers les algues vertes, le maire d’Hillion pointe du doigt le manque de volonté politique de l’Etat : "L’agglomération ramasse les algues vertes et le préfet nous envoie un chèque à la fin de la saison. Le préfet envoie quatre pages de préconisations au mois d’avril à tous les maires costarmoricains : il faut ramasser, indiquer, alerter, fermer les plages si nécessaire."

Ça s’appelle se dédouaner, et moi je ne suis pas le veilleur de nuit du préfet. Je ne suis pas là pour qu’il dorme bien pendant que je reste sur le qui-vive.

 Mickaël Cosson, maire d'Hillion

"Le modèle agricole breton doit évoluer aussi fortement qu'il l'a fait après-guerre, estime l'élu. Mais il faut l'aider."

La pluie du début d'été favorise le développement des algues

Pourtant la pollution du littoral par les algues vertes risque bien de se poursuivre. Au CEVA, Sylvain Ballu, chargé de la surveillance des marées vertes, constate que malgré une baisse des taux de nitrate dans l’eau, la météo de ces dernières années a favorisé le développement des ulves.

"Malheureusement, c’est la 6è année que je fais les mêmes bulletins. Les tempêtes de l’hiver ne sont pas assez fortes pour déstocker les algues vertes déjà présentes dans la baie de Saint-Brieuc. A cela s’ajoutent des pluies hivernales qui drainent les nitrates des cultures sur la côte. Le soleil du printemps apporte la luminosité nécessaire aux ulves pour se développer."

Les plages de la baie de Saint-Brieuc
Les plages de la baie de Saint-Brieuc © Google Maps

A ce stade de leur développement, en fin de printemps, deux options météorologiques se présentent. Soit une météo ensoleillée se poursuit et finit par assécher les algues vertes et les faire mourir. Soit de nouvelles pluies arrivent, ravinent les cultures et s'écoulent jusqu'aux plages pour fournir de nouveaux nitrates aux ulves déjà présentes. Et c’est cette version d’une fin de printemps et d’un début d’été pluvieux auquel nous assistons depuis plusieurs années.

"Pas de données des teneurs en H2S en temps réel contrairement à ce qui se pratique dans d'autres régions"

Pour contrôler la qualité de l'air aux abords des sites touchés par la pollution aux algues vertes, Air Breizh mesure les taux de sulfure d’hydrogène. Les résultats seront communiqués en fin de saison estivale.

"Nous avons proposé aux collectivités locales de diffuser les données en temps réel sur notre site comme cela se fait ailleurs, affirme Gaël Lefeuvre, directeur d’Air Breizh, mais ça a été refusé."

"Il faut faire preuve de davantage de volonté politique dans les étages supérieurs, tempête Mickaël Cosson. Ici, à Hillion, on a un défilé d’hommes politiques, des députés, des sénateurs, avant campagne, après campagne pour constater le problème. Moi ce que je voudrais, ce sont des gens qui viennent avec des solutions. Les constats, on les fait nous-mêmes."

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
algues vertes environnement pollution météo