Pesticides : après les discours et les rapports, le collectif des victimes exige des actes

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Écrit par Séverine Breton
© Hervé Kielwasser / Maxppp

Le rapport de l’Inserm qui établit un lien entre pesticides et maladies, dont certains cancers, a fait du bruit dans les campagnes. Et maintenant, on fait quoi ? demande le collectif des victimes des pesticides. Depuis 2016, il a accompagné 180 personnes malades à cause des produits phytosanitaires.

"Vous savez, l’impression d’avoir la Bête dans le ventre qui est en train de vous manger, c’est très désagréable". Christian Jouault n’est pas du genre à y aller par quatre chemins. Les médecins lui ont diagnostiqué un cancer de la prostate en 2015. Il a tenu le coup, chimio, radiothérapie, hormonothérapie et puis il y a un an, on lui a annoncé une récidive. Depuis, il est sous surveillance et essaye de profiter de la vie avec ses enfants et ses petits-enfants.

Ancien agriculteur, Christian n’a aucun doute sur les causes de sa maladie. "Je n’ai aucun antécédent familial, explique-t-il, et je coche toutes les cases de l’exposition aux pesticides."
 


Christian se souvient très bien de l’arrivée du technicien qui amenait les premiers produits de traitement à la ferme de ses parents : "On a cru au miracle,  raconte-t-il, avant, il fallait aller dans les champs arracher les rumex, avec leurs racines de 12 kilomètres de long, c’était l’enfer. Avec l’atrazine, tout était nickel, plus rien ne dépassait. C’était miraculeux !"


Un miracle de courte durée

"A 12-13 ans, poursuit-il,  je servais de jalon dans les champs, je me mettais là où le tracteur devait passer, puis je traversais la zone qu’il venait de pulvériser pour aller me mettre un peu plus loin… le tracteur passait etc etc.. c’est un peu comme si j’avais pris des douches de pesticides."

Christian reconnaît une certaine forme d'inconscience. "On ne se rendait pas compte. J’imaginais que c’était dangereux si on avalait le produit, mais pas si on le respirait. Quand j’étais plus vieux, vers 15 ans, c’est moi qui étais sur le tracteur avec le pulvé… torse nu."

Les souvenirs remontent et les regrets aussi. "Quand il y avait un problème de maladies dans un champ, les techniciens arrivaient et nous faisaient des espèces d'ordonnances, ils se prenaient pour des médecins ! Le lendemain matin, le camion arrivait avec des bidons de produits. C’était simple, pratique, efficace… Un miracle !  Mais, conclut l'ancien producteur de lait, ce miracle on le paye cher aujourd’hui ! Mon épouse est décédée d'un lymphome non hodgkinien et moi j'ai ce cancer de la prostate. Les pesticides ont bousillé ma vie."


Le lien de cause à effet avéré

L’Inserm a étudié l'ensemble de la littérature scientifique qui traite des liens entre certaines pathologies et les pesticides. Plus de 5 300 résultats d'études. Elle conclut dans une étude publiée ce 30 juin, qu’"il existe une "présomption forte" de lien entre l'exposition professionnelle à ces produits et six maladies graves dont trois types de cancer, celui de la prostate, les lymphomes non hodgkiniens et les myélomes multiples. Elle établit le même lien pour la maladie de Parkinson, les troubles cognitifs et la BPCO une maladie respiratoire évolutive."

"Sur ma route, quand je vois le nombre de gens qui sont morts de cancers, on ne peut pas dire que ça n’existe pas, c’est pas la faute à pas de chance, c’est la faute à ces produits assène Christian. Ça se voit comme un pavé dans la gueule d’un flic !"


Une reconnaissance comme maladie professionnelle vitale

Le Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest demande que "les maladies « à présomption forte » soient inscrites dans les tableaux de maladies professionnelles, en particulier le cancer de la prostate. Faut-il attendre que le lien entre pesticides et santé soit « prouvé » par des études scientifiques, pour agir ? Faudra-t-il encore attendre une autre expertise INSERM en 2029 (?) pour que des mesures soient prises ? Nous rencontrons régulièrement des paysans et des riverains malades, nous constatons l’augmentation du nombre de cancers pédiatriques etc…"

"Cette reconnaissance est indispensable pour les malades, explique Michel Besnard, le porte parole du collectif. Ils souffrent, il faut les aider pour qu’ils puissent tenir et vivre malgré tout. Les personnes touchées sont parfois très jeunes, elles ont besoin de continuer à faire tourner leurs exploitations."


Des chiffres qui agacent

Un instant, Christian se fâche, "je ne comprends pas les organisations agricoles. Elles se trompent de combat, soupire-t-il, au lieu de camoufler les cancers, elles devraient attaquer les gens qui sont responsables de ces cancers, les grosses firmes comme Bayer, Syngenta… Mais c’est un commerce tous ces pesticides, fongicides, insecticides, et même un sacré marché. Ça doit être un sacré lobby."

Selon le site Planetoscope, plus de 66.600 tonnes de pesticides sont utilisées en France chaque année dans les cultures agricoles. Cela représente plus de 2 kilos de pesticides chaque seconde.

A la fin de sa carrière, Christain avait converti sa ferme à l’agriculture biologique. "Quand le camion venait chercher mon lait dans le tank,  je savais que j’allais nourrir des humains avec quelque chose de sain "confie-t-il. "Ca m'a rendu heureux."

"Nous ne pouvons plus dire que nous ne savions pas , achève- t-il, les chiffres sont là, le rapport de l’Inserm aussi". Alors avec le collectif, Christian demande maintenant des actes : "Nous nous tournons vers nos élus locaux, régionaux et nationaux pour qu’ils aient la clairvoyance et le courage d’interdire rapidement l’usage des pesticides de synthèse et d’encourager l’agriculture biologique. De toute urgence, nous les invitons à prendre les mesures pour protéger les riverains."

 

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