Coronavirus : "Sur le coup, c'est dur, c'est beaucoup d'émotions, une expérience que l'on ne souhaite à personne"

Victime du Covid-19, un couple de Plouha dans les Côtes d'Armor témoigne de ces semaines si particulières. En quelques jours, leur vie a basculé. Liliane a perdu un frère. Elle a failli mourir. Soignée à l'hôpital de Saint-Brieuc, elle rend hommage à  "une équipe sensationnelle".

 

Après des semaines en suspens, Pierre et Liliane Chauvin ont repris le cours de leur vie à Plouha
Après des semaines en suspens, Pierre et Liliane Chauvin ont repris le cours de leur vie à Plouha © Catherine Bazille

Le 12 mars, ils ont passé une journée ensemble. A Plouha, en bord de mer. Sans imaginer une seconde que ce serait la dernière. Ensemble, tous les quatre.

Une semaine après, les premiers symptômes apparaissent. Liliane perd l’appétit, la fièvre se met à grimper. Son mari Pierre est aussi dans un état fébrile. Le couple pense alors que tout va s’arranger.
Mais deux jours plus tard, Liliane tousse, elle souffre de violents maux de tête, de nausées, sa température oscille entre 39 et 40 degrés.

Le lundi 23 mars, ils se résignent à appeler le 15. Après un entretien précis, le service d’urgence envoie une ambulance. Liliane est conduite à l’hôpital de Paimpol.
"On m’a fait toute une batterie d’examens, dont le test du Covid-19, en attendant les résultats j’ai été accueillie dans une chambre de transit" raconte la retraitée de 71 ans.

36 heures plus tard, les résultats tombent, Liliane est bien atteinte du coronavirus. Elle donne surtout des signes inquiétants de détresse respiratoire. On la transfère à l’hôpital de Saint-Brieuc. En réanimation. Elle y restera 10 jours sous respirateur, avec la dose maximum d’oxygène avant intubation.

Pour Pierre ce soir-là, "c’est le coup de bambou". Un médecin lui explique par téléphone "c’est mal engagé pour votre femme, il faut voir comment ça va évoluer…"
Liliane se souvient être toujours restée consciente, sans pensées négatives.
"J’ai toujours eu le moral. Je comptais les heures, les jours. Je n’avais mal nulle part. Je me disais : ça va aller, la semaine prochaine, je rentre à la maison. Je ne me rendais pas compte que j’étais rendue si bas."
 
Pierre a gardé un lien téléphonique avec sa femme pendant tout son séjour à l'hôpital
Pierre a gardé un lien téléphonique avec sa femme pendant tout son séjour à l'hôpital © Catherine Bazille

Chaque jour, Pierre appelle sa femme quelques minutes. Leurs enfants Virginie et Emmanuel téléphonent aussi régulièrement. Un lien essentiel pour Liliane qui n’a qu’une envie : sortir et les retrouver.

Entre-temps, son frère Armand, qui doit bientôt fêter ses 82 ans, a été hospitalisé en médecine interne dans le même hôpital. Son état est jugé critique, selon l’équipe médicale, "il n’a plus aucune chance de s’en sortir" et ne sera pas intubé. Il meurt dans la nuit du 28 mars. Accompagné jusqu’à son dernier souffle par une infirmière. "Il est parti dans son sommeil" raconte celle qui aura été la dernière personne à lui parler.
Liliane accuse le coup et poursuit sa lutte contre le virus.

Pendant ces jours en suspens, ces nuits sans sommeil, à observer la pendule au bout de son lit, la malade s’est toujours sentie entourée, rassurée. Infirmières, aide-soignantes, médecins, ont toujours été disponibles, à l’écoute.
"Il n’y a pas de mot pour les remercier de leur dévouement, de leur gentillesse" insiste-t-elle avec émotion.


Un immense merci à cette équipe exceptionnelle de l’hôpital de Saint Brieuc !   


"Après le décès de mon frère, tout le personnel était très présent" poursuit Liliane. "Si vous avez besoin, si vous souhaitez parler, on est là, n’hésitez pas!" lui répètent-ils.
Une bienveillance qui demande aux soignants de s’équiper à chaque fois de pied en cap et nécessite beaucoup de temps. "C’est normal, on fait notre travail" lui assurent-ils, un sourire dans la voix.

Au bout de 10 jours, Liliane va mieux.  Elle quitte le service de réanimation. Elle a perdu 6 kilos et se sent "comme une loque."

"En réanimation, on est allongée sur le dos, reliée à un tas de machines. Impossible de se lever, de changer de position.  J’étais tellement faible, la première fois que l’on m’a assise dans un fauteuil, je ne tenais pas debout, j’étais incapable de marcher".
Après une nouvelle semaine de soins, le 10 avril, Liliane peut sortir. Ses poumons sont encore très abîmés mais en voie de guérison. Pierre l’attend devant l’hôpital. Pour rentrer à la maison.
Ni étreinte, ni câlin. Aucun contact, aucune visite. Après l’hôpital, c’est le temps d’un isolement de deux semaines à domicile par précaution.
 
A l'isolement à domicile, Liliane remonte doucement la pente
A l'isolement à domicile, Liliane remonte doucement la pente © Catherine Bazille

Pierre et Liliane vivent à distance sous le même toit. Petit à petit, la passionnée de randonnées et de danse bretonne reprend des forces.
"Je remonte très bien la pente. J’ai de la chance, je m’en suis sortie sans séquelles. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Ma belle-sœur, qui a aussi été malade, se retrouve seule aujourd’hui. Elle n’a pas pu revoir son mari, lui dire adieu, ni même assister à ses obsèques parce qu’elle était alors en quatorzaine. Elle ne peut pas faire son deuil".
 
"J'ai de la chance, je m'en suis sortie sans séquelles"
"J'ai de la chance, je m'en suis sortie sans séquelles" © Catherine Bazille

En remerciement aux personnels de l’hôpital de St Brieuc, le couple de Plouha a fait un don aux services de réanimation et de médecine interne.
Pierre aurait aimé être testé, savoir si oui ou non il a été contaminé, s'il est immunisé. Mais pour l'instant, aucun test en vue. 

Tout ça fait réfléchir. C’est une drôle de sensation, la vie est fragile, tout peut basculer d’un moment à l’autre. On a envie de profiter de chaque instant.

 
Pierre aurait aimé être testé pour savoir s'il est immunisé ou pas
Pierre aurait aimé être testé pour savoir s'il est immunisé ou pas © Catherine Bazille
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