Pour les survivants du Covid-19, le combat continue après la sortie de réanimation

Après plusieurs semaines d'hospitalisation parfois dans le coma en réanimation, les malades du Covid-19 les plus sévèrement atteints doivent se réadapter. Un peu partout, des unités de soins de suite dédiées ont vu le jour. Immersion dans l'une d'elles à Ploufragan dans les Côtes-d'Armor.

Après plusieurs jours en réanimation, les patients doivent souvent réapprendre à respirer aidés de kinésithérapeutes, notamment. Faire des exercices pour aller chercher l'air le plus efficacement possible.
Après plusieurs jours en réanimation, les patients doivent souvent réapprendre à respirer aidés de kinésithérapeutes, notamment. Faire des exercices pour aller chercher l'air le plus efficacement possible. © IP3Press / Maxppp

Tout doucement, Simone arrive jusqu'au bout du couloir, encouragée par Thibault, kinésithérapeute. Une belle victoire pour cette Costarmoricaine de 89 ans, qui revient de loin.
Il y a encore quelques jours, la vieille dame était hospitalisée dans un état très préoccupant. Si elle va mieux, aujourd'hui, le chemin vers la guérison est encore long.

Pour ce combat, Simone n'est pas seule. Après une hospitalisation dans un service de réanimation ou de soins intensifs, les malades les plus graves doivent souvent, mais pas toujours, passer par une unité de soins de suite et de réadaptation comme la clinique mutualiste des Châtelets à Plougragan (Côtes-d'Armor), où Simone est accueillie.
 

Une unité à part


Spécialisé dans la rééducation, l'établissement accueille d'ordinaire des malades, qui ont subi des interventions chirurgicale telles qu'une pose de prothèse, ou bien après un infarctus. Avec l'arrivée de la pandémie Covid-19 en France, une aile du bâtiment a été entièrement réservée pour accueillir des patients gravement malades du nouveau coronavirus. D'une capacité de 25 lits, l'unité accueille actuellement sept patients, essentiellement des personnes âgées sur la voie de la guérison. Une équipe soignante complète lui y entièrement dédiée.
  

Une fatigue extrême


Si une majorité des malades du Covid-19 quitte les service de réanimation ou les soins intensifs sans complication, les plus fragiles passent par une phase de convalescence qui peut durer des mois. "De 5 à 10% des personnes qui sortent de réa prolongée subiront des graves conséquences", explique à l'AFP Christian Darné, qui dirige l'unité de soins de rééducation post-réanimation (SRPR) du centre hospitalier de Bligny (Essonne). 

 

"Les aider à se remettre en marche... littéralement"



La durée de la réadaptation dépend souvent de l'âge et des antécédents des malades. Beaucoup sortent de réanimation ou des soins intensifs dans un état de faiblesse extrême. Les personnes les plus touchées ont perdu jusqu'aux réflexes les plus simples: respirer, manger, parler.

Ici, "on va les aider à se remettre en marche, littéralement", résume Thibault Jaume, kinésithérapeute à l'unité post-covid des Châtelets de Ploufragan. Les aider à se remettre debout, faire les premiers pas, reprendre des forces." 
 

Réapprendre à chercher l'air


En réanimation, la fonte musculaire démarre très rapidement, dès les premières 48 heures d'immobilisation. Elle augmente évidemment avec la durée du séjour. Les unités de soins de suite s'attachent donc à remobiliser les muscles, y compris les muscles respiratoires puisque les patients, qui ont été intubés, dépendaient alors d'une ventilation mécanique. "Il leur faut réapprendre à chercher l'air le plus efficacement possible".
 

Jusqu'à 20 kg perdus


Outre la fonte musculaire, ces malades ont aussi souvent perdu beaucoup de poids (masse graisseuse): jusqu'à 15-20 kilos. Certains d'entre-eux ont été alimentés par des sondes pendant des semaines. Ils ne savent plus ni déglutir ni mâcher. Dans ces services de soins de suite et de réadaptation, comme aux Châtelets, une diététicienne et une ergothérapeute se relaient à leur chevet pour leur fournir une alimentation plus riche et pour les aider à avaler.  
"Rien que le repas peut être fatigant pour certaines personnes", raconte Solene Etes, diététicienne à l'unité post-covid de Ploufragan.
 

Un nouveau type de prise en charge


Atteintes d'ordre neurologique (voir encadré), phlébites, lésions cutanées, compression de certains nerfs, complications au niveau des cordes vocales, confusion...
Aux Châtelets, comme ailleurs, l'équipe soignante dédiée aux patients post-covid découvre la maladie et les séquelles qu'elle laisse parfois. Des séquelles physiques mais aussi parfois psychologiques.
 

État de stress aigu


Les soignants de ces unités de soins de suite sont frappés par l'état de stress aigu des malades qu'ils accueillent. "Ils ont vu leur état se dégrader brusquement, parfois ont cru mourir, avant d'être plongés dans le coma. Et à leur réveil, ils ont trouvé des équipes soignantes habillées en cosmonautes" et se retrouvent loin de leurs proches pendant des semaines. Un éloignement qui perdure pendant leur séjour en soins de suite. C'est pourquoi l'équipe post-covid bénéficie aussi des compétences d'une psychologue.

Autre facteur de stress, les patients, plongés dans un coma articifiel, ont reçu un "traitement médicamenteux lourd (sédatif, curare, morphine) dont ils se défont en quelques jours. Cela se traduit par une phase de délires".

Aux Châtelets, comme dans les autres unités post-covid, les soins de suite varient d'un malade à l'autre. Certains peuvent rejoindre leur domicile au bout d'une semaine alors que d'autres mettront plusieurs mois. Et même une fois rentrés à la maison, la réadaptation doit continuer.
 
Le covid-19 parvient-il à pénétrer dans le cerveau ?
Des médecins, dont le Dr Anne Courte, pneumologue aux Châtelets à Ploufragan, notent des séquelles neurologiques chez certains patients.

Dans un article du 22 avril, le magazine Sciences et Vie se demande si le nouveau coronavirus parvient à pénétrer dans le cerveau. 

"Une étude conduite dans deux unités de soins intensifs de Strasbourg, entre le 3 mars et le 3 avril, montre sur une série de 64 patients consécutifs des atteintes neurologiques chez 58 d’entre eux (AVC, encéphalopathie, atteintes du faisceau corticospinal…) ; une étude chinoise récente portant sur 214 patients de Wuhan révèle que 36 % d’entre eux présentaient des symptômes d’ordre neurologique. Tandis que les témoignages se multiplient actuellement dans les hôpitaux américains, et que les cas d’étude s’accumulent à travers le monde sur de spectaculaires encéphalites nécrosantes ou des atteintes à la moelle épinière."
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