[VIDÉO] Covid-19 : quel impact pour les soignants dans les établissements de santé et médico-sociaux en Bretagne ?

Les personnels de santé et d’établissements médico-sociaux, en première ligne face à l’épidémie, ont-ils été plus touchés que le reste de la population ? Alors que des statistiques officielles manquent, des éléments chiffrés partiels permettent de dresser un premier bilan.
 

Les chiffres, difficiles à obtenir, ne sont qu'une partie de la réalité des contaminations, tous les cas suspects n'étant pas testés.
Les chiffres, difficiles à obtenir, ne sont qu'une partie de la réalité des contaminations, tous les cas suspects n'étant pas testés. © Antoinette Grall - France 3 Bretagne

Depuis le début de l’épidémie, l’ARS, l'Agence Régionale de Santé annonce chaque soir un décompte du nombre de cas testés et confirmés de Covid-19 dans les 4 départements de la région Bretagne. Il n'existe en revanche pas de données officielles concernant les personnels qui côtoient au plus près les malades. "L’ARS ne dispose pas de chiffres à communiquer sur la question", indique-t-on.

En début de semaine, le syndicat CGT avançait ses propres chiffres au niveau national et affirmait que les personnels soignants étaient beaucoup plus touchés que le reste de la population.
 

297 cas à l'hôpital 


Pour essayer d’en savoir un peu plus en Bretagne, nous avons donc d'abord contacté les principaux hôpitaux bretons. Certains, comme le CHU de Rennes et le Centre Hospitalier Bretagne-Atlantique de Vannes-Auray, nous ont répondu, et sont venus confirmer les sources syndicales.

"En nombre cumulé depuis le début de l’épidémie 70 professionnels du CHU ont été infectés (53 non-médicaux, 11 médicaux et 6 étudiants/internes), mais nous ne nous ne connaissons pas l’origine de la contamination, indique par exemple le CHU de Rennes. Cela représente moins de 1% du personnel (+ de 9000 professionnels au CHU). Le nombre de personnes infectées en Bretagne étant de 2% de la population, cela laisse donc à penser que les mesures barrières et de protection ont bien été mises en place et qu’a priori les professionnels du CHU n’ont pas été surexposés au risque. Aucune contamination n’a été relevée dans les services de réanimation et de soins continus au plus proche des patients Covid+."


Clause de confidentialité


D'autres établissements nous ont en revanche expliqué que ces informations relevaient du secret médical, et qu'elles n'étaient donc pas accessibles à la presse. D'autres encore ne nous ont tout bonnement pas répondu.

Nous avons donc dû nous fier à des sources syndicales, qui précisent qu’il est très compliqué en ce moment de faire reconnaître les cas de contamination et plus globalement d’aborder le cas de l’exposition des personnels soignants au Covid-19, le respect d'une clause de confidentialité étant exigée par certaines directions des hôpitaux.   

D’après notre décompte forcément partiel, le nombre de personnels hospitaliers atteint 297 cas, mais certains doivent encore nous être confirmés, comme par exemple une trentaine de personnes testées et mise en arrêt à l’hôpital de Lannion-Trestel, lors de deux épisodes distincts, dont un récemment identifié au sein du service de gériatrie.

 
© Antoinette Grall - France 3 Bretagne


281 cas dans les EHPAD et les EMS


Du côté des personnels des EHPAD et des établissements médico-sociaux, comme les foyers d’accueil pour personnes handicapées, des chiffres ont été rendus publics par Santé publique France jeudi 7 mai.

Ils annoncent 281 cas confirmés de Covid-19 parmi les personnels de ces établissements d’après un décompte arrêté au 5 mai.

Comme dans le reste de la population, des cas possibles (650), avec des signes cliniques, mais non confirmés par des tests, sont également répertoriés.

 
© Antoinette Grall - France 3 Bretagne
 

Des soignants plus touchés que le reste de la population ? 


D’après Pascal Crepey, épidémiologiste et biostatisticien à l’Ecole des hautes études en santé publique (EHESP), à Rennes, les cas ont surtout été constatés au début de l’épidémie. "Il est assez clair qu’il y a eu des ratés fin février début mars, quand on ne savait pas que les patients sans symptôme pouvaient contaminer malgré tout. Ensuite les mesures prises ont permis de limiter les infections."

Quand aux taux d’infection affichés par certaines directions d’hôpital, l’enseignant-chercheur nuance :

"Peut-être qu’ils sont faibles, si on rapporte à l’ensemble des salariés, dans les services administratifs ou en cuisine, mais il est clair que les personnels directement en contact avec les patients Covid-19 ont été touchés beaucoup plus fortement que la moyenne de la population. Les chiffres qui circulent sont d’environ 30% des personnels en contact contaminés. Heureusement, la majorité ont été asymptomatiques ou ont développé des formes légères."


Le chercheur estime qu’il sera plus facile d’établir des statistiques précises dans quelques semaines, quand la crise se sera éloignée. "Les données sortiront et nous permettront d’affiner ces chiffres", ajoute Pascal Crepey.

Les chiffres concernant les médecins et les infirmiers libéraux, eux aussi en première ligne, sont également très difficiles à obtenir à ce moment de la crise. Une carte interactive a été lancée par la révue Le quotidien du médecin, mais elle repose sur les déclarations des médecins généraliste et ne semble donner qu'une image partielle de la réalité.

 


Une demande de reconnaissance


Aujourd’hui, pour une partie des personnels de santé ou médico-sociaux, l’heure est à la reconnaissance de leur investissement. Véronique, infirmière à l’hôpital de Saint-Malo, a été testée positive au Covid-19 fin mars. Elle se remet aujourd’hui difficilement d’un deuxième assaut de la maladie, fin avril. 

"On ne s’est pas posé de questions. On est venus, on nous a demandé de changer de changer nos repos, de ne pas prendre nos vacances, on a dit oui bien sûr. Ça nous semblait évident. On a soigné coûte que coûte, jour après jour, avec beaucoup beaucoup d’engagement. On a vu nos collègues tomber."


Aujourd’hui, elle et ses collègues réclament d’être considérés de la même manière que leurs confrères des hôpitaux dits "de référence" dans la lutte contre l’épidémie. Eux obtiendront une prime de 1500 euros. L’hôpital de Saint-Malo, comme d’autres en Bretagne, n’est pas concerné pour le moment. "On a dû travailler dans des conditions difficiles psychologiquement, avec cette peur qui était présente chez certains soignants, et tout cela doit être récompensé au même titre que dans les autres hôpitaux référencés. Et certains établissements référencés ont eu moins de patients qu’à Saint-Malo,  ça c’est avéré. On ne peut pas faire des injustices comme cela."

Son témoignage, recueilli par téléphone par Gilles le Morvan.

Témoignage de Véronique, infirmière de Saint-Malo malade du covid-19.


 
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