Déconfinement : amplification progressive du dépistage

Pour le déconfinement, Santé Publique France avait modélisé les besoins bretons de dépistage entre 3000 et 3700 prélèvements par jour. Entre labos privés et hôpitaux publics, la Bretagne n'est plus très loin de pouvoir en traiter près du double, soit près de 6000 à 7000 tests par jour. Explication.

© Alexandre MARCHI / MAXPPP

Tu veux ou tu veux pas, c'est une petite chanson qu'on aura beaucoup entendu depuis le début de la crise sanitaire. Les masques n'étaient pas utiles, ils le sont devenus. Il n'y avait pas de pénurie de masques, et on s'est mis à en chercher partout. Dépister systématiquement ne servait à rien,... c'est devenu, à tout le moins, une priorité.
 

Nécessité fait loi


"Il y a encore deux semaines, nous n'avions que très peu d'écouvillons, on manquait d'équipements individuels de protection, de masques, on manquait de machines d'analyse... On s'est démenés, et on a réussi à s'équiper... in extremis". C'est Pierre Le Treut qui parle, il est le Président général délégué du syndicat des Biologistes de Bretagne. 

Il dirige aussi un laboratoire privé à Fougères, membre du groupe Laborizon. Plusieurs groupes sont présents en Bretagne, comme Eurofins Biomnis, Cerbaliance, etc, leurs centres de prélèvements couvrent entièrement le territoire, à côté des services de biologie des hôpitaux publics. 
 

En une semaine, les dépistages Covid que nous réalisons ont triplé, et ça va encore grimper - Pierre Le Treut, Laborizon Fougères.


"Se démener", c'est trouver des kits, des écouvillons de prélèvement, des produits réactifs, quand le monde entier, littéralement, en veut aussi. Le déconfinement approche, il faut faire vite. Aller-retour express en Chine pour ramener tout ça, plus une machine de traitement, au coût moyen d'un million d'euros. 

"On a bien entendu les recommandations de l'Agence Régionale de Santé, mais pour ça, il fallait qu'on investisse massivement. Les tests PCR (prélèvements nasopharyngés) sont des tests complexes à analyser, et il fallait renforcer notre plateau technique [basé à La Roche-sur-Yon, NDR]. Maintenant nos labos sont capables d'analyser 3000 prélèvements par jour". 
 

Un dépistage "à bon escient"


Au Centre Hospitalier de Lannion, "il a fallu s'organiser en peu de temps" nous dit Marie-José Dufour, médecin biologiste responsable du laboratoire et du centre de dépistage de l'hôpital. "Nous réalisons une vingtaine de prélèvements par jour, l'après-midi, sur rendez-vous et sur prescription uniquement. Nous avons les résultats en 12 à 24 heures."

Traités à Rennes ou à Saint-Brieuc, ces résultats arrivent en soirée, ils sont communiqués au patient le lendemain matin, soit 36h en moyenne entre le prélèvement et le résultat. "Nous ne manquons plus de kits de prélèvement depuis mi-avril, explique-t-elle, la régulation a permis de préserver les stocks". 

"Nous sensibilisons déjà les patients positifs, en leur rappelant les consignes pour l'entourage, nous les prévenons aussi d'un appel possible de la CPAM qui va rechercher les cas-contacts autour d'eux".  

 

Si le nombre de prélèvements décuple, il faudra renforcer la structure et les équipements, se redimensionner par rapport à l'activité, et pour ça il faut du monde - Marie-José Dufour, médecin biologiste, CH de Lannion


Le centre hospitalier a pris quelques dispositions, en formant des personnels soignants aux tests  nasopharyngés. Trois ou quatre équipes en binômes, pour l'instant dédiées "aux sorties", pour des prélèvements en extérieur, "au cas par cas" : pour des personnes à mobilité réduite par exemple, sur prescription du médecin du SAMU, ou en Ehpad, missionnées par l'ARS, l'Agence régionale de santé.
 

Montée en puissance 


Patrick Zampuretti est pharmacien inspecteur de santé publique à l'Agence régionale de santé de Bretagne. "Notre capacité régionale de traitement ne fait que monter. Au 12 mai nous pouvions traiter 4231 prélèvements, nous sommes déjà largement au-delà des recommandations de Santé Publique France de 3000 à 3700 tests/jour".

Au 14 mai, la capacité régionale était déjà montée à 5308 tests/jour. "C'est la DRESS qui permet de connaître ces chiffres avec précision. La Direction des recherches et évaluations statistiques connaît les capacités de chaque laboratoire, l'état de leurs stocks, de produits réactifs, de kits de prélèvements" explique Patrick Zamparutti.
 

Nos chiffres peuvent indiquer des disparités de capacité de traitement entre département, 450 dans le Morbihan par exemple au 12 mai, contre 1760 dans le Finistère. En fait c'est sans importance, car l'organisation est régionale, et le CHU de Rennes peut largement absorber ces différences - Patrick Zamparutti, ARS


Le CHU de Rennes a été doté par le ministère de la Santé d'une plateforme capable de traiter 2000 tests par jour à elle seule. Elle est encore en phase d'ajustement et monte régulièrement en puissance. Mais là-aussi il faudra du monde pour la faire tourner à plein régime.
 

Déploiement et consolidation


Pour l'heure, on connait la capacité de traitement. Par contre, le nombre effectif de tous les tests réalisés chaque jour en Bretagne n'est pas encore consolidé. L'ARS l'estime à un millier. "Tous les labos ne sont pas encore connectés au SIDEP, l'application informatique qui recense tous les prélèvements, quel que soit leur résultat" explique Patrick Zamparutti.

Le SIDEP en cours de déploiement est une application qui permet également à l'ARS et à aux Caisses primaires d'assurance-maladie de centraliser les recherches de personnes-contacts, et les inviter, sur la base du volontariat, à se faire dépister.  
 

La situation est très évolutive. Une partie de nos activités est encore en phase manuelle, mais d'ici quelques jours ce sera entièrement automatisé. On aura alors une vue précise et actualisée du nombre de prélèvements réalisés, partout en Bretagne - Patrick Zamparutti, ARS


A terme, et à pleine capacité des laboratoires privés, publics, et des laboratoires départementaux vétérinaires, ce sont près de 7000 tests qui pourront être analysés en Bretagne chaque jour.

Il reste à souhaiter, bien entendu, qu'on n'en arrive jamais là.


 
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