Verra-t-on bientôt du sucre de betterave totalement bio et breton sur nos étals ? L'initiative "Breizh Sukr" laisse entendre que c'est pour bientôt.
Cette idée lui est venue assez naturellement. Bernard Cano avait déjà fait le pari du bio en 1989, un choix plutôt dissident dans des années où ce mode de culture n'était pas vraiment répandu. Plusieurs années plus tard, il lance le projet "Breizh Sukr" (sucre breton).
Objectif : produire du sucre 100 % bio et 100 % breton à partir de la betterave sucrière.
Essais
Le projet Beizh Sukr repose sur une collaboration entre plusieurs agriculteurs. Chacun accepte de consacrer une partie de sa parcelle à la culture de la betterave sucrière. Pour l'heure, 11 agriculteurs ont adhéré, pour une surface totale de 7 ha.Pour le moment, il s'agit uniquement de tests dont le but est de vérifier comment pousse la plante. Ces essais permettent également d'affiner la technique du désherbage mécanique, obligatoire pour la culture bio, mais difficile à appliquer sur la betterave.
Au-delà de l'aspect insolite des cultures de betterave sucrière en Bretagne, le but est avant tout, pour Bernard Cano, de tordre le cou à une idée reçue en montrant aux agriculteurs que "les débouchés dans le bio son nombreux. Ça donne une liberté", affirme-t-il.
La Bretagne, territoire idéal ?
À première vue, la culture de la betterave sucrière en Bretagne peut susciter quelques interrogations. D'ordinaire, les Bretons sont davantage habitués à la betterave fourragère sur le littoral, "très robustes" grâce au climat océanique, précise Bernard Cano. Il a suffi de transférer ce gêne de robustesse à la betterave sucrière pour qu'elle aussi puisse s'acclimater à l'environnement breton.
Il n'était pas possible de se contenter de la fourragère : la matière sucrière qu'elle produit est seulement de 13 % alors qu'elle s'élève à 20 % pour la betterave sucrière. La matière produite est naturellement blanche. Du point de vue gustatif, Bernard Cano reconnaît que le sucre ainsi produit "a un peu moins de parfum que le sucre de canne".
Au début du XIXe siècle, le blocus continental (politique napoléonienne visant à affaiblir le Royaume-Uni en l'empêchant de commercer avec le reste de l'Europe) empêche l'importation de sucre de canne en provenance des colonies. En 1811, Napoléon prend un décret prévoyant la mise en culture de 32 000 ha de betterave. "On les a plantées en plaines, pas en Bretagne. On s'affranchissait alors de la difficulté du transport, car c'est extrêmement lourd." Mais aujourd'hui, les voies de communication modernes et les machines, permettent de contourner ce problème.
La première récolte de Breizh Sukr a été réalisée il y a quelques mois et a permis d'obtenir 50 tonnes. L'objectif est d'atteindre 20 000 tonnes d'ici 15 à 20 ans. Mais le sucre pourra déjà être dégusté "d'ici à 2020", se réjouit Bernard Cano.