L'école pendant le confinement : une collégienne et deux lycéens de "clusters" bretons racontent

Jeanne, Titouan et Théo ont poursuivi leur scolarité pendant le confinement. Tous les trois ont en commun d'avoir vécu cette expérience dans des foyers épidémiques, les fameux "clusters" où le confinement est arrivé très vite. Ils nous racontent leur quotidien.

Titouan n'a plus cours depuis le 3 mars
Titouan n'a plus cours depuis le 3 mars © France 3 Bretagne

La première réflexion qui vous vient à l'esprit quand vous rencontrez ces deux lycéens et cette collégienne, c'est qu'ils ont su s'adapter à cette nouvelle situation, chacun avec son caractère ou sa personnalité.

Une situation qu'ils ont vécue brutalement comme nous tous. Et personne, quelque temps avant le confinement, n'aurait imaginé la rapidité avec laquelle les élèves, comme les professeurs, ont du se réinventer pour poursuivre "leur scolarité", avec en ligne de mire, composer avec la débrouillardise et éviter le décrochage. 

Un changement abrupt que chaque élève de l'hexagone a connu, avec plus ou moins de dépressions. Des apprentis pilotes de l'éducation à la maison, dont les témoignages semblent montrer qu'ils ont su atterir. Certes, avec les moyens du bord parfois, mais en faisant preuve d'une adaptabilité qui n'est plus à démontrer.  
 

Le travail  et les relations avec les professeurs


Pour Titouan, qui nous répond pendant sa pause déjeuner, la réponse est claire et précise

Comme je savais que je voulais intégrer une classe prépa l'année prochaine, après ma terminale S à Auray, je me suis mis dans les mêmes conditions. J'aimerais avoir un bon poste plus tard, gagner correctement ma vie et je sais que les prépas c'est très sélectif, alors j'ai travaillé comme si j'y étais. Mes ambitions m'ont aidé.


Il  a aussi durement travaillé par respect pour les professeurs, qui se sont adaptés pour lui fournir de très bons sujets. Il plébiscite le suivi de ses professeurs, la qualité des cours par visio conférence. "A part une prof qui n'a pas su s'adapter". " Le nombre de participants à son cours aurait pu l’inciter à réagir. Seulement 4 ou 6 élèves sur son groupe Facebook. Il estime qu’elle a été désagréable avec toute la classe et peu compréhensive, allant même jusqu'à régler ses comptes sur la toile."

Mais il estime avoir eu de la chance par rapport à certains de ses copains, plus mal lôtis en terme de suivi.



Théo est lui en classe de première à Bruz. Il admet volontiers avoir été un peu décrocheur au début du confinement.

C'est arrivé vite, j'avais l'impression d'être en vacances

Confronté à des problèmes informatiques, il avait du mal à avoir tous les messages sur la plateforme Toutatice. "Je ne voyais pas les devoirs à rendre sur le site. Mais mon prof principal et les autres se sont adaptés à ma situation. Ils m'ont encouragé, tant pis si c'était un peu plus tard que les autres..." Du statut de décrocheur, il a rattrapé celui de raccrocheur.

La vraie bonne nouvelle, c'est quand j'ai su que je ne passais pas mon bac de Français. Ce n’est pas une de mes matières préférées, alors je ne savais pas combien de points d'avance ou de retard je pouvais avoir. J'ai su très tard qu'on ne le passerait pas, j'avais revisé mes textes, mais c'était vraiment une très bonne nouvelle, je sais que j'ai quelques points d'avance, car ce sont les notes qui comptent...


Il se sent plus autonome aujourd'hui. 


Jeanne est au collège à Bruz, en classe de quatrième. Elle a travaillé grâce au site Toutatice de l'éducation nationale sur internet.

Au début c’était dur de s'organiser. Il a fallu trouver un rythme, s'assurer que l'imprimante marchait bien, c’était un peu compliqué puis petit à petit j'ai changé mes habitudes, les profs m'ont encouragée. Ils envoyaient des messages et des documents différents quand je ne comprenais pas. Je les ai trouvés très sympas, on pouvait les déranger souvent, sans problème.

Elle a apprécié les pauses à son rythme. Elle s'organise mieux toute seule maintenant.
 

La vie sociale, les copains et le sport 


Titouan joue au pays Auray rugby club le P.A.R.C :

L’esprit de l’ovalie et mes coéquipiers m'ont beaucoup manqué. C’était dur, c’était la dernière année où on jouait ensemble avant le niveau senior. C’est dur de se passer d’eux, au début on faisait des footings mais à partir du 16 mars, plus rien


"Alors dès le confinement levé, on s’est retrouvé avec l’équipe de rugby en toute légalité. Depuis on refait des trucs même s'il n'y a pas de ballon. Au lycée, certains parents ne veulent pas trop que leurs enfants ressortent, au rugby c’est plus simple, nos parents savaient qu’ils ne pourraient pas nous empêcher de nous voir."


Théo, lui, va en vélo à l'école, les cours de sport lui ont manqués
 

Ce qui m'a vraiment manqué, c'est d'aller à l'école en vélo et les cours de sport. J'ai fait du gainage avec un copain par téléphone, on se chronométrait ensemble, mais j'ai hâte de reprendre.


Positif, il trouve que le confinement lui a permis de faire un point sur sa vie et ses relations: "Je me suis intéressé à d’autres personnes, qui ne me ressemblent pas. Je suis allé sur les réseaux sociaux, où il a discuté avec des gens du Canada de Belgique. Des gens que je n'aurais jamais rencontrés sans le confinement." Il espère aller les voir. "Ca m'a permis de faire une pause, j'ai pris du recul par rapport aux écrans. J'ai vraiment envie de retourner voir mes copains, de sortir de discuter, hier on s'est baigné dans la piscine d'un copain..."


Jeanne, elle, pratique la natation en club.


"Au début ça faisait drôle de se retrouver toute seule à la maison avec ma famille, puis elle a créé des groupes de copines sur les réseaux sociaux". En même temps, elle admet que ça lui a permis de faire une pause avec les petites histoires qui agitent les inters cours à l’école et du coup de plus se concentrer sur son travail. Mais ses copains et ses copines lui manquent.

 Ce n’est pas pareil de parler par messagerie, ce n’est pas toujours évident il n'y a pas de contact physique pas de bise pas de jeu.


Côté sport, la natation lui a manqué. "Au début j'avais plus rien pour me défouler physiquement, c'était bizarre de tout couper d’un coup rapidement comme ça". Alors à la maison, elle s’est servi d'une application pour continuer à faire du sport... Elle a hâte de reprendre. 
 

Et après


Pour la suite Titouan ne retournera pas au lycée. Il est pris dans plusieurs prépas économie, commerce, option scientifique, anciennement H.E.C et il travaille pendant trois mois dans un camping. Un choix qu'il a évoqué avec ses professeurs et comme il sait où il va... Il attend maintenant sa rentrée en Prépa.

Théo lui n'a qu'un souhait reprendre la "vraie vie tout simplement". Cette période lui aura permis de mieux se connaître. Quant à la fin de l'année, c'est encore un peu flou, il n'a pas encore reçu de courrier très explicite en ce sens. Mais il ne boude pas son plaisir d'avoir quelques points d'avance en français.

Jeanne vient, elle, de recevoir un mail où on lui demande si elle souhaite ou pas reprendre les cours et si elle mangera ou non à la cantine. C’est juste un sondage, elle va répondre demain, mais elle a vraiment envie de retourner à l’école. Par contre, elle sait déjà qu'elle n'aura pas beaucoup de cours. "Les quatrièmes ne sont pas prioritaires, ce sont plutôt les sixièmes et les troisièmes. Et si elle reprend les cours, ce sera sans récréation, sans contact, il faudra rester en salle pour travailler. Mais l'envie de revoir ses copines, ses copains et ses professeurs est bien là. Et ils seront encore tous là l'année prochaine. Jeanne devrait bénéficier de deux jours de cours d'ici la fin de l'année scolaire.


Une chose est sûre, s'il y a bien une leçon à tirer de cette expérience, c'est que l'apprentissage par l'échec fait bien partie de la vie, du moins de la vraie vie et que pour ses trois élèves, l'adaptation semble bien une de leurs qualités premières, comme celle des enseignants qui les ont accompagnés pendant cette période de confinement.
 
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