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Littoral - Le magazine des gens de mer

Le dimanche à 12 h 55, rediffusé nationalement le lundi à 9 h 20
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Alain Gerbault réédité, un navigateur re-consacré

Alain Gerbault, avec Ella Maillart, autre grande figure de la course au large au début du XXème siècle / © Fonds espace Alain Gerbault Ville de Laval
Alain Gerbault, avec Ella Maillart, autre grande figure de la course au large au début du XXème siècle / © Fonds espace Alain Gerbault Ville de Laval

Le navigateur Alain Gerbault était l'une des personnalités les plus connues du XXème siècle. Admiré pour ses immenses performances sportives, plus controversé pour ses positions politiques, il a surtout marqué l'histoire par un sens romantique de l'aventure. Trois livres viennent d'être réédités.

Par Aline Mortamet

Les éditions La Découvrance viennent de rééditer trois des huit livres d’Alain Gerbault. Héros de la Première Guerre mondiale (une exposition est consacrée à son rôle d'aviateur au musée de Laval jusqu'au 15 novembre 2014), champion international de tennis, ingénieur, Alain Gerbault a surtout été un immense navigateur : le premier Français à avoir traversé l’Atlantique à la voile en solitaire d’est en ouest puis bouclé un tour du monde à la voile en solitaire

Pour le réalisateur Philippe Abalan, collaborateur régulier de Littoral, il est le représentant d'un anticolonialisme virulent, vindicatif et téméraire et un ardent défenseur de la Polynésie et des ses habitants. Courageux, intransigeant, Gerbault fut aussi et surtout l’adversaire de toutes les églises comme du colonialisme français et de ses effets sur les Polynésiens. Il décède de malaria et d’épuisement à Dili (Timor Oriental) en décembre 1941, quelques jours après l’attaque japonaise sur Pearl Harbor. En 1947, ses ossements sont ramenés par la Marine nationale à Bora Bora, son île polynésienne préférée, où désormais ils reposent.

La vie d'un grand navigateur du XXème siècle


Trois livres à découvrir 

Seul à travers l’Atlantique raconte sa traversée de Cannes à New York en 1923 à bord de son premier bateau, le Firecrest, un ancien yacht de course inadapté et en piteux état, qui fit de lui le plus célèbre Français de son époque. A la poursuite du soleil et Sur la route du retour sont la suite de ce voyage qui, via Panama et Bonne-Espérance, s’achève en 1929 au Havre ou Gerbault est reçu triomphalement et fait officier de la Légion d’Honneur.

Deux autres livres de Gerbault, Iles de Beauté et le terrible et amer Un paradis se meurt ont également été réédités par les éditions Hoëbeke en 1996 et 1995 puis en 2012.

Alain Gerbault, l'homme aux quatre vies

Né en 1893 à Laval (Mayenne), où un musée qui mérite la visite lui est consacré, Alain Gerbault est un enfant de la grande bourgeoisie. Son père était à la tête d’une des plus grosses fortunes de la région. Ses vacances allaient se passer fréquemment sur les belles plages de Dinard. Après des études parisiennes, Alain Gerbault s’engagera volontairement en décembre 1914, et obtiendra son détachement dans l’aéronautique. Héros de la première guerre mondiale, pendant laquelle il côtoie les aviateurs américains de l’escadrille Lafayette, il se montre assez proche de l’Action Française, très attaché au terroir plus que dans le nationalisme revanchard de l’époque.
Alain Gerbault, devant un Breguet XIV de bombardement, en 1918 / © Fonds espace Alain Gerbault Ville de Laval

L’appel de la mer

La guerre lui permettra de rencontrer deux pilotes qui ont décidé d’armer un bateau pour les mers du sud une fois la guerre terminée. Alain Gerbault s’associe au projet, se fait prêter le livre de l’écrivain Américain Jack London The cruise of the Snark. Dès l’introduction, Alain retient cette phrase : "L’être qui vit est celui qui sort vainqueur de la vie, cette victoire continuelle lui est aussi nécessaire que l’air qui respire".

Firecrest

Lors d’un voyage en Angleterre, Alain Gerbault découvre fortuitement le Firecrest dans le port de Cowes, construit l’année de sa naissance vingt huit ans auparavant. Avec son gréement de côtre, le bateau est superbe. La séduction est totale. Alain l’achète en quelques heures.
Peu de temps après, il rencontrera Ella Maillart, navigatrice du lac de Genève, équipière, barreuse de voiliers de jauge internationale. La complicité est immédiate. Tous deux sont dévorés par le goût des voyages.
Hissant les voiles du Firecrest, son premier bateau qui créa la légende / © Fonds espace Alain Gerbault Ville de Laval

Une transat pour un royaume

Le 25 avril 1923 après l’envoi d’une simple carte postale à ses amis et sa famille, Alain Gerbault part pour New-York. Quelques mois plus tard, cela se traduira dans Le Petit Parisien par le récit de la croisière du Firecrest en feuilleton, puis la publication de Seul à travers l’Atlantique chez Grasset. Les amateurs de romantisme sont comblés, les marins se renfrognent. Mais ce livre est un énorme succès de librairie. Les traductions suivent, l’argent rentre.

Aux antipodes

En 1925, Alain Gerbault, est reparti. Il aborde l’île d’Hiva Oa au sud de l’archipel, là où Paul Gauguin est mort il y a à peine plus de vingt ans. A son arrivée, les Européens se précipitent. Puis à Tahiti, l’une de ses premières visites est pour la reine, Marau Ta Aroa.

Un héros

En mars 1929, le Firecrest coupe le sillage de la traversée de l’Atlantique, bouclant ainsi le tour du monde.Le 26 juillet 1929 à 16 heures, le Firecrest en grand désordre rentre dans le port du Havre dont les quais sont noirs de monde. Le héros débarque pieds nus, sur le pont du Firecrest.
Alain Gerbault, pendant sa traversée de l'Atlantique, en 1923 / © Fonds espace Alain Gerbault Ville de Laval

Alain Gerbault, le bateau

Septembre 1931, le nouveau bateau de Gerbault est prêt à prendre la mer. Sorti du hangar, mâté, coque couverte d’une brillante peinture noire, le côtre est sur le chariot de lancement. L’événement est public : il y a là les amis, sa famille, le ministre de la Marine marchande, le commandant Charcot, les photographes de presse, et le cinéma d’actualité. Ce n’est pas une bouteille de champagne qu’on brise sur l’étrave, mais une bouteille d’eau de mer. Et le voilier glisse vers la Seine.

Le retour de la guerre

1939 aux premières heures de la mobilisation générale, Alain Gerbault rejoint un petit groupe spontané, composé d’anciens combattants des Croix de Feu, de partisans d’action Française qui se retrouvent dans la foi dans la politique du Maréchal. Quand les îles se rallient à De Gaulle, Alain Gerbault appareille pour les îles Sous le Vent. Redoutant une arrestation et une assignation à résidence, il reprend sa route pour les Australes. Le 7 décembre 1941, les Japonais attaquent Pearl Harbor. Le 16 décembre 1941, le navigateur succombe à un accès de fièvre, à l’autre bout du monde.
La coupe du Yacht Club / © Fonds espace Alain Gerbault Ville de Laval

 

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