Maisons d’édition débordées, les écrivains se lancent dans l’auto-édition

Depuis la crise, les Français prennent le temps d'écrire et ils sont nombreux à envoyer leurs manuscrits aux maisons d'édition. Face à l'embouteillage chez les éditeurs, de plus en plus d'écrivains choisissent l'indépendance et se tournent vers l'auto-édition. 

© C. Rousseau - France Télévisions

Anthony Bigot est marin. S’il passe la plupart de son temps en mer... Une fois les pieds sur terre, il se consacre à sa passion : l’écriture. Jeune, il a commencé avec la poésie, puis les nouvelles. Cette année, son deuxième roman "48° Latitude Nord" a été publié. 

"Il y a 20 ans, quand j’étais plus jeune, j’ai écrit un premier manuscrit. Je l’ai envoyé à des maisons d’édition. J'ai essuyé maints refus. Lorsque je me suis mis à réécrire quelques années plus tard, je me suis demandé de quelle façon j'allais toucher le plus rapidement un lectorat", explique Anthony Bigot, installé dans les Côtes-d'Armor. 

L’auteur décide, cette fois-ci, de tourner le dos aux maisons d’édition et de tracer son chemin seul. Il met en ligne son livre sur la plateforme Amazon et le vend au prix de 2,99 euros. L’occasion pour lui d’être publié rapidement et de toucher un large public

J’ai préféré passer par l’auto-édition pour une question de réactivité, ça me permet d’être lu plus rapidement par des lecteurs que si j’étais passé par une maison d’édition où le processus est plus long. Dans un deuxième temps, j’ai aussi espoir que mon travail puisse intéresser un éditeur.


La tendance à l'auto-édition 

S’auto-éditer signifie être indépendant. Aucune maison d’édition n’est derrière Anthony Bigot. Il doit prendre en charge les corrections, la mise en page du livre, l’impression, la promotion... Pour l’aider à effectuer toutes ces tâches particulières, des collaborateurs viennent lui prêter main forte. 

Philippe Sohier, écrivain breton, s’est lui aussi lancé dans l’auto édition pour son dernier roman “Love must go on”. Alors qu’il est passé par plusieurs maisons d’éditions pour ses romans précédents(Stéphane Millon, Éditions Hugo & Cie, Éditions La Part Commune), il a choisi cette année de s’auto-éditer. Il a proposé son manuscrit à la plateforme “Librinova” et semble très satisfait “Ça se passe bien, mon livre reçoit un très bon accueil. Normalement, on laisse le travail aux éditeurs mais là je suis tout seul sur le coup, je fais beaucoup plus de promotion. Le bouche à oreille fonctionne bien”. 

D'autres auteurs célèbres sont passés par ce processus, comme la bretonne Agnès Martin-Lugand. La romancière avait commencé par auto publier son livre en numérique sur Amazon au prix de 98 centimes. En quelques semaines, la maison d’édition Michel Lafon l'a repérée et a publié son premier roman "Les gens heureux lisent et boivent du café" en 2013.

 

Les maisons d’édition débordées 

 

L'auto édition : la solution pour être lu ? Car en ce moment, les éditions croulent sous les manuscrits. "Il y a autant de chances d'être édité que de gagner au loto", plaisante Jean-Marie Goater, éditeur breton. Les Français sont de plus en plus nombreux à prendre la plume. Selon un sondage, 1 Français sur 10 se serait mis à écrire un livre pendant le premier confinement

Mireille Lacour et Jacqueline Veillard sont deux éditrices rennaises. Aujourd’hui, elle reçoivent en moyenne 15 manuscrits par semaine, contre 7 avant la crise, soit deux fois plus. "J’ai l’impression que certains avaient commencé des ouvrages et ils ont profité de tous ces moments libres pour les terminer. On a reçu plusieurs manuscrits sur le confinement, on a des manuscrits 'chronique de confiné', 'journal de confiné', c'est un phénomène que l'on a constaté", confie Jacqueline Veillard. 

On ne peut pas tout publier. Je comprends les gens qui s'auto-éditent. Par contre, le parcours est plus difficile. Ce n'est pas facile, c'est un acte courageux.

Mireille Lacour, éditrice "La Part Commune"

Cette tendance est confirmée par la majorité des maisons d'édition bretonnes que nous avons contactées : Editions Critics, Editions Terre de Brume, Editions Goater, Editions Les Perséides...  “Depuis l’été dernier, on voit une recrudescence de propositions. Avant on recevait 250 titres par an, maintenant c’est entre 300 et 400 propositions par an", confirme Régis Lemersier, responsable commercial et communication de la maison d'édition Locus Solus à Châteaulin (Finistère).

Débordées, des maisons d’édition appellent à ne plus envoyer de manuscrits. C’est le cas de Gallimard. Recevant généralement 3 500 manuscrits par an, la maison d'édition a annoncé avoir réceptionné 1 200 manuscrits entre janvier et mars. 

De quoi, peut-être, inciter les nouveaux talents à se lancer seul dans l’aventure

 

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