Apiculture. Sale temps pour le miel, les conditions météo ont déboussolé les abeilles

Pas très heureux, les apiculteurs du Finistère avec une récolte de miel en chute libre cette année encore. En cause : les conditions météorologiques qui ont déboussolé les abeilles et ralenti le travail des butineuses.
Le Finistère compte 1.400 apiculteurs. Et la production de miel, cette année encore, y sera en baisse
Le Finistère compte 1.400 apiculteurs. Et la production de miel, cette année encore, y sera en baisse © S. Izad/France Télévisions

Du chaud puis du froid puis du chaud...Ces variations de températures n'arrangent pas les affaires des abeilles. Ni celles des apiculteurs. Dans le Finistère, la récolte de miel ne battra pas de record cette année. Pas plus qu'en France d'ailleurs. La météo plus estivale de ces derniers jours aurait pu servir de rattrapage, "mais il n'y a pas beaucoup de fleurs à butiner actuellement, souligne Gilbert Morizur, apiculteur et président de l'Abeille finistérienne, une association qui regroupe 665 apiculteurs amateurs et professionnels. Si le temps se maintient jusqu'au 15 octobre, précise-t-il, on sera sur le nectar de lierre qui permettra surtout aux abeilles de se nourrir durant l'hiver".

50 % de miel en moins

L'homme possède 150 ruches disséminées entre Plouguin à Commana. Il sait déjà qu'il produira 50 % de miel en moins par rapport aux années précédentes. "J'évalue ma récolte à six à sept kilos par ruche, dit-il, alors que la moyenne dans le Finistère tourne habituellement autour de quinze kilos".

Une saison "médiocre" qui a mal démarré au printemps avec du gel en avril et du froid en mai. L'été, pas mieux. "Il a fait mauvais jusqu'au 7 juillet. Les abeilles, elles sont commes les humains : elles ne sortent pas quand le temps est moche. Ce qui veut dire qu'elles ne butinent pas". La ruche tourne alors au ralenti, voire pas du tout. Et les insectes puisent dans leurs réserves de miel pour survivre. "J'ai surveillé, souligne Gilbert Morizur. Quand  elles n''avaient pas assez de provisions, je leur donnais du sirop de glucose". 

De même, avec des conditions météo aussi aléatoires, ne se reproduisent-elles pas quand le baromètre vire au temps de chien. "Les reines ont été soit mal fécondées au printemps, donnant naissance à peu d'abeilles, soit elles n'ont pas été fécondées du tout. Ce qui est quand même problématique pour la pérennité de la colonie".

"Ni miel de ronce ni miel de châtaignier"

Fabien Bourdon va produire douze kilos de miel par ruche. Soit deux fois moins que l'année passée. "C'est la récolte de printemps qui nous sauve. Contrairement à d'autres secteurs dans le Finistère, elle a été plutôt bonne ici" dit cet apiculteur de Plozévet. Avec Véronique, il a créé les Atelières de la Reine en 2017. Ils veillent sur une cinquantaine de ruches installées dans la baie d'Audierne. 

Le répit du printemps a très vite été balayé par un été quasi automnal. "On n'a eu ni miel de ronce en juin ni miel de châtaigniers. Le facteur météo pèse lourd dans ce métier, remarque Fabien. Voilà pourquoi on a fait le choix de la poly-activité sinon on n'y arriverait pas, ce ne serait pas viable".
Les Atelières de la Reine pratiquent une apiculture durable où "l'abeille est au centre, pas le miel. On est des minuscules par rapport à d'autres apiculteurs. Mais on veut garder une production limitée qui respecte le temps de la nature et de l'abeille".

16 euros le kilo en moyenne

Qui dit récolte de miel en baisse dit prix en hausse. Le miel, un produit de luxe ? "Ça a toujours été le cas, admet le président de l'Abeille finistérienne. En moyenne, le prix au kilo est de 16 euros. Mais ça peut être plus cher, dès lors que l'on est sur un produit de terroir de très bonne qualité". Et non pas sur un produit d'importation "souvent frelaté". Gilbert Morizur observe la concurrence étrangère, en particulier "le miel chinois qui inonde le marché. Le consommateur, lui, il regarde d'abord son porte-monnaie et il va acheter le moins cher forcément"
Selon l'apiculteur finistérien, pour couvrir les besoins des Français, il faudrait produire 40.000 tonnes de miel par an. Or, la production nationale ne dépasse pas les 20.000 tonnes, quand la saison est bonne. "Cette année, si on arrive à 8.000 tonnes, ce sera le maximum, se désole Gilbert Morizur. Ça laisse donc une place énorme à l'importation".



 

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