La Bigoudène Marie-Louise Lopéré tire sa révérence à l'âge de 97 ans

Marie-Louise Lopéré était l'une des dernières Bigoudènes à porter la coiffe du pays Bigouden. Elle s'est éteinte dans la nuit de lundi à mardi, à l'âge de 97 ans, à Penmarc'h dans le Finistère, là où elle est née. C'est une icône des traditions bretonnes qui disparaît. 

Marie Louise Lopéré, chez elle à Penmarc'h : elle maîtrisait l'art délicat de mettre sa coiffe Bigoudène .
Marie Louise Lopéré, chez elle à Penmarc'h : elle maîtrisait l'art délicat de mettre sa coiffe Bigoudène . © Jean-michel PIRON, France3 Bretagne

Marie-Louise Lopéré est décédée presque centenaire. C'est l'âge qui l'a emporté et non l'épidémie de coronavirus. Avec elle, disparaît tout un pan des traditions du pays bigouden et de son histoire.

La publicité la rend célèbre à la télévision

Qui était la Bigoudène Marie-Louise Lopéré ?

La publicité réalisée en 2012 sous la direction du réalisateur Jean Becker avec deux autres figures du cru, Andrée Le Floch et Alexia Caoudal, avait fait tendrement sourire les télespectateurs à travers les campagnes des produits Tipiak. Souvenez-vous du slogan : "Pirates, ils ont volé notre recette !" D'un coup, Marie-Louise et ses deux amies étaient devenues des figures emblématiques de la Bretagne sur nos écrans nationaux.
Marie Louise à droite, avec Alexia Caoudal, lors de la fabrication du picot : une dentelle vendue pour améliorer l'ordinaire, quand elles étaient jeunes.
Marie Louise à droite, avec Alexia Caoudal, lors de la fabrication du picot : une dentelle vendue pour améliorer l'ordinaire, quand elles étaient jeunes. © Jean-Michel PIRON France3 Bretagne

 

"Même avec l'habitude, mettre une coiffe c'est compliqué !"

En 2014, Marie-Louise nous avait reçus avec Alexia, chez elle.
 



Elle avait accepté de remettre sa coiffe pour l'occasion. Face à son miroir, épingles à cheveux en main, elle l'avait installée avec dextérité sur sa tête  : une véritable cathédrale de dentelles ! 

"J'avais dix ans quand j'ai commencé à la mettre. Mais elle n'était pas si haute. C'est ma mère qui me la posait. Mais, même en ayant l'habitude, je trouve que c'est compliqué ! " nous avait-elle glissé.
 

Une vie rude de sardinière et d'ouvrière


Et de fil en aiguille, les deux Bigoudènes nous avaient racontés leur vie. Veuve dès l'âge de 29 ans, Marie-Louise va travailler comme ouvrière dans une conserverie puis dans des magasins de marée, à Penmarc'h, avant de prendre sa retraite en 1983. Une vie rude qui ne l'a jamais rebutée. 
"Quand la crise a frappé les usines de sardines, on s'est mise au picot. Avec ces dentelles faites maison, on pouvait gagner un peu d'argent !" se rappellait Marie-Louise, en nous faisant gentillement une démonstration. 

Consciente d'être les dernières héritières d'une tradition féminine locale, Marie-Louise savait que l'époque avait changé.

"Autrefois, les femmes avaient des coiffes pour chaque occasion : les coiffes de deuil, demi-deuil, celles de cérémonie. Elles ont d'abord été brodées en tulle puis en organdi, c'était moins fragile !"

En souriant, Marie-Louise expliquait que "les dames" avaient abandonné les coiffes pour pouvoir conduire leurs 2CV et les jeunes filles pour aller étudier.

En voiture Marie-Louise : contrairement au plus jeunes, rentrez dans un véhicule ne lui posait pas de problème !
En voiture Marie-Louise : contrairement au plus jeunes, rentrez dans un véhicule ne lui posait pas de problème ! © Jean-Michel Piron France3 Bretagne

Pour immortaliser ses femmes et leur rendre hommage, un grand rassemblement de Bigoudènes avaient été organisé à Pont-l'Abbé le 13 juin 1993.

À l'époque, 400 d'entre elles étaient encore en vie. Peu à peu, elles nous ont quittés. Marie-Louise Lopéré à son tour. Raynald Tanter, maire de Penmarc’h,  l’avait décorée de la médaille de la Ville en 2016.



 
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