La Brittany Ferries navigue à vue en attendant la fin de la quatorzaine britannique

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Écrit par Mathieu Herry
Le Pont-Aven, navire de la Brittany Ferries va reprendre du service après avoir été touché par un incendie
Le Pont-Aven, navire de la Brittany Ferries va reprendre du service après avoir été touché par un incendie © France 3 Bretagne

La compagnie maritime bretonne, qui ne transporte que des camions depuis le début de l'épidémie, espère reprendre son activité passagers à la fin du mois, si la Grande-Bretagne allège ses mesures sanitaires. Son président s’est adressé aux salariés pour leur annoncer des temps difficiles.

Manquer de visibilité alors qu’on doit fixer un cap dans la tempête, la position est tout sauf idéale pour un capitaine. C’est la situation dans laquelle se trouve Jean-Marc Roué, le président du conseil de surveillance de la Brittany Ferries, qui est confrontée aux conséquence de la Covid-19 alors même que la compagnie accuse déjà le coup du Brexit.

Dans une vidéo adressée mardi aux 2800 salariés de la compagnie, des deux côtés de la Manche, Jean-Marc Roué annonce "cinq années dures".

Un prêt garanti par l'Etat de 117 millions d'euros

Cinq ans, c’est la durée de remboursement des prêts garantis par l’Etat que la compagnie vient de signer auprès de plusieurs banques, pour un montant maximal de 117 millions d’euros. Des fonds qui doivent notamment compenser un été catastrophique. "Les réservations pour juillet et août ne sont qu’au tiers d’un été normal, avec seulement 250.000 passagers", alors que la période représente normalement 60% du chiffre d'affaires

Le président de la compagnie estime entre 200 et 250 millions d’euros la perte de chiffre de d’affaire entre mars et octobre prochain. " Mais cela ne signifie pas que la compagnie aura un trou de 250 millions d’euros à la fin de son exercice financier car nous avons été aidés : nous avons pu mettre 1 311 marins et environ 400 personnels sédentaires en chômage partiel et il y des charges de carburant, de taxes portuaires que nous n’avons pas eues. Mais la situation est terrible".

Fin esperée de la quatorzaine

Dirigeants et salariés de la Brittany ferries espèrent qu’elle ne devienne pas catastrophique, si par exemple la Grande-Bretagne prolongeait les mesures sanitaires actuellement en vigueur pour toute personne arrivant ou revenant de l’étranger dans le pays : elles doivent rester confinées dans un même lieu pendant 14 jours avant de pouvoir circuler librement.

Impossible de reprendre le trafic passager dans ces conditions. La mesure est pour le moment en vigueur jusqu’au 28 juin, et on ignore si elle sera prolongée par le gouvernement britannique.

En attendant cette décision qui ne sera sûrement connue que quelques jours avant, la Brittany Ferries navigue à vue et attend. Un sentiment partagé par les représentants du personnel. Stéphane Leverger, délégué syndical CGT, a lui aussi vu la vidéo de son dirigeant : "On attend d’avoir plus de précisions sur les orientations qui ont été annoncées par monsieur Roué. Il nous a confirmé l’engagement des actionnaires à soutenir l’entreprise, les banques nous suivent et l’Etat nous soutient financièrement. On entend parler d’ajustements de personnels et de modifications de l’organisation de travail mais ça reste très vague. Nous imaginons qu’on va nous demander de faire un effort. On est conscients que la situationest sérieuse et qu’il faudra regarder de près les options proposées, mais il n’est pas non plus question de tout accepter. On en saura peut-être plus lors de la réunion du CSE, jeudi 25 juin".

De la voiture à la cabine

C’est aussi dans cette période que la décision de Londres devrait être connue. En attendant, la compagnie maritime basée à Roscoff, sur la côte nord du Finistère, se prépare pour le 28 juin. Les bateaux n’embarqueront qu’une petite partie de leur capacité de passagers, 850 contre 2400 sur le Pont-Aven par exemple. "Ils passeront directement de leur véhicule à leur cabine", explique la compagnie. "Nous n’ouvrons pas de réservations de sièges inclinables et les espaces collectifs comme les bars et les restaurant du bateau restent fermés. Les passagers ne croiseront personne d’autre pendant la traversée. C’est très safe", conclut Jean-Marc Roué avec un anglicisme qui résume bien le besoin urgent de l’entreprise : faire revenir les clients anglais à bord.

Ces mesures sanitaires sont déjà en vigueur pour les chauffeurs de poids lourds qui ont continué à emprunter les cinq navires de la Brittany Ferries qui ont poursuivi leur activité pendant la pandémie, pour le transport de marchandise (20% de l’activité de la compagnie habituellement). "Les cabines sont désinfectées à chaque escale", précise également Brittany Ferries.

Brexit + Covid-19

Dans sa communication aux salariés comme dans ses réponses à la presse, Jean-Marc Roué dit croire en l’avenir d’une compagnie qui a déjà connu des coups durs depuis 50 ans, mais reconnaît le caractère anxiogène de cette situation du fait du manque de visibilité et de la double crise qu’elle doit affronter : le Coronavirus a frappé alors que le Brexit faisait déjà peser des menaces sur l’équilibre de l’entreprise au chiffre d'affaire annuel de 450 millions d'euros.

Il y a quelques jours, 28 députés élus de circonscriptions maritimes ont écrit au premier ministre Edouard Philippe, pour lui demander de prendre ou de prolonger "des mesures d'urgence pour inclure ce secteur dans le dispositif du plan de relance des entreprises du tourisme".

En parallèle, ce sont les décisions d’un autre premier ministre, de l’autre côté de la Manche qui influeront sur l’avenir proche de la compagnie maritime bretonne.

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