Le naufrage du Bugaled Breizh devant la justice britannique : "les familles ne sont pas dans un esprit de vengeance"

Alors que la justice britannique se penche, à partir de ce lundi, sur le mystérieux naufrage du Bugaled Breizh, l'avocat des familles des victimes, Dominique Tricaud, déclare devant la Haute Cour à Londres que "les familles ne sont pas dans un esprit de vengeance".

La justice britannique a commencé à se pencher, ce lundi, sur le mystérieux naufrage du Bugaled Breizh. Ce chalutier de Loctudy, dans le Finistère, a sombré, le 15 janvier 2004, au large des Cornouailles, en moins d'une minute, dans des conditions météorologiques plutôt bonnes, emportant par le fond ses cinq membres d'équipage. 
Seuls les corps de Patrick Gloaguen, Yves Gloaguen et Pascal Le Floch ont été retrouvés - le premier dans l'épave lors de son renflouement, les deux autres dans les eaux britanniques - et c'est sur la mort de ces deux derniers que se concentre l'enquête britannique. Georges Lemétayer et Eric Guillamet ont été portés disparus en mer.

Dix-sept ans après la tragédie, cette enquête publique, prévue devant la Haute Cour jusqu'au 22 octobre à Londres, nourrit l'espoir des familles des cinq marins bretons de connaître, enfin, la vérité. 

"Un si mauvais secret"

Depuis le début, les familles des marins finistériens estiment que le chalutier a coulé après avoir été accroché par un sous-marin. L'OTAN et la Royal Navy menaient, ce jour-là, des exercices militaires à proximité de la zone de pêche.  "Je pense depuis 15 ans que je m’occupe de ce dossier que nous parviendrons à la vérité, affirme Dominique Tricaud, l'avocat des familles. J’ai toujours pensé que ce serait long car se battre contre la raison d’Etat, ce n’est jamais facile. Mais il faut savoir que les victimes sont des familles de marins, qu’elles ne pourront construire un deuil que quand elles sauront comment sont mort leurs proches. Les auteurs sont aussi des marins et je crois qu’un marin ne meurt pas avec un si mauvais secret."

"Si le ministère de la Défense britannique ou l'Otan dit 'on a couvert des choses effectivement, on s'excuse et on règle l'affaire', moi je rentre à la maison, je n'embête plus personne et vous n'entendrez plus jamais parler de moi" confie le fils du mécanicien du Bugaled Breizh, Thierry Lemétayer, regrettant que "le secret défense ait toujours été opposé aux familles".

L'hypothèse du sous-marin n'a jamais pu être confirmée par la justice française au terme d'une longue procédure qui s'est refermée sur un non-lieu en 2016. "L'hypothèse du câble du chalut pris dans le sable et entraînant le bateau au fond n'a pas non plus été démontrée" précise Thierry Lemétayer.

"Dans un esprit de vérité"

Parmi les dizaines de témoignages prévus durant les trois semaines d'audience - marins, secouristes, experts maritimes, militaires -, il y aura celui, le 12 octobre, de l'ancien commandant du sous-marin nucléaire britannique HMS Turbulent, Andrew Coles, bâtiment soupçonné d'avoir joué un rôle dans le naufrage.


Nous n’attendons pas d’argent de ce procès ni de la suite. Nous voulons simplement que soit admis que l’armée britannique est responsable du naufrage du Bugaled Breizh

Dominique Tricaud, avocat des familles des marins disparus


L'objectif de la procédure au Royaume-Uni est d'éclaircir les causes des décès, inexpliqués, sans toutefois prononcer de condamnations. "Les familles ne sont pas dans un esprit de vengeance, indique Dominique Tricaud. Les familles sont dans un esprit de vérité. Nous ne voulons envoyer personne en prison. Nous n’attendons pas d’argent de ce procès ni de la suite. Nous voulons simplement que soit admis que l’armée britannique est responsable du naufrage du Bugaled Breizh".

Le ministère britannique de la Défense et la Royal Navy ont démenti toute implication d'un sous-marin britannique. En Angleterre, une procédure avait été lancée devant la justice britannique, à Truro en Cornouailles, en raison des deux corps ayant été repêchés par les Britanniques. Elle avait été ajournée en 2020 à cause notamment de l'épidémie de Covid-19, avant d'être transférée à Londres.

Lors d'une audience préliminaire en mars 2021, le juge chargé de l'affaire, Nigel Lickley, avait assuré qu'il mènerait une "enquête complète, rigoureuse et juste". Il devrait rendre ses conclusions fin octobre.

 





 

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