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“J'ai un cancer mais je suis privé de médicament depuis 3 mois”

Michel Bellin, ici avec sa femme, Monique : "A l'angoisse de la maladie, s'ajoute désormais l'angoisse de ne plus avoir de traitement" / © France 3 Bretagne/Florence Malésieux
Michel Bellin, ici avec sa femme, Monique : "A l'angoisse de la maladie, s'ajoute désormais l'angoisse de ne plus avoir de traitement" / © France 3 Bretagne/Florence Malésieux

En 2017, Michel Bellin apprend qu'il est atteint d'un cancer de la vessie. Il commence un traitement à base d'Amétycine, un médicament anti-cancéreux qui lui est injecté chaque mois à l'hôpital. Mais le médicament est en rupture de stock depuis début mai, privant cet homme de soins.

Par Carole Collinet-Appéré


Dans la tête de Michel Bellin, une seule question : le cancer va-t-il prendre le dessus ? Depuis début mai et l'appel de l'hôpital pour lui annoncer qu'il ne pourrait pas avoir son injection mensuelle d'Amétycine, faute de médicament en stock, cet habitant de Morlaix (Finistère) est dans l'attente. "J'ai un protocle de soins de trois ans, dit-il. Il me reste six mois de traitement à faire. Et là, ce protocole est cassé en route".
 

"La place au doute"

Pour cet homme de 70 ans, atteint d'un cancer de la vessie, c'est "un choc terrible". "Je n'ai pas un simple rhume. Mon cancer n'est pas un truc banal, confie-t-il. C'est quand même incroyable de se retrouver sans médicament. Quand je ferai mon contrôle à l'hôpital le 16 juillet, cela fera trois mois que je n'ai pas eu d'injection. Et ça, croyez-moi, ça laisse la place au doute".

Michel Bellin se demande également s'il devra "repartir à zéro" dans son traitement. "Alors, évidemment, s'il le faut, je le ferai. Je n'ai qu'une envie : c'est vivre !" Il peste contre les "labos qui se désintéressent de ce produit car il ne rapporte pas assez". Un paramètre que souligne aussi La Ligue contre le cancer. "Ce que l'on suspecte avec l'Amétycine, explique Amandine Courtin, chargée de mission, c'est un problème de fin de commercialisation. Ce médicament est ancien, il n'engendre plus de bénéfices, donc l'industrie pharmaceutique n'a aucun intérêt financier à le produire". Le constat fait froid dans le dos.
 

Absence d'anticipation

L'Amétycine est commercialisé depuis 1998. En 2011, les premières difficultés d'approvisionnement surgissent. "Sanofi, qui fabrique cet anti-cancéreux, décide d'abandonner sa production, poursuit Amandine Courtin. Les pouvoirs publics sont obligés de faire appel à d'autres laboratoires. Seulement, les pénuries d'Amétycine continuent". Et s'amplifient.
 
Sur le site de l'Agence nationale de sécurité du médicament, l'Amétycine figure au rang des médicaments en rupture de stock depuis début mai / © FTV
Sur le site de l'Agence nationale de sécurité du médicament, l'Amétycine figure au rang des médicaments en rupture de stock depuis début mai / © FTV

Cette énième rupture de stock, qui prive les malades de leur traitement, est le coup de trop pour la Ligue qui pointe "l'absence d'anticipation des acteurs du médicament". Pourtant, depuis la loi Santé de 2016, les fabricants français ont l'obligation de mettre en place un plan de gestion des pénuries. "On avance à petits pas dans la responsabilité des industriels, ajoute la chargée de mission de La Ligue. En théorie, quand un laboratoire ne publie pas son plan de gestion, il doit être sanctionné". Malgré la mise en place de ce garde-fou, peu de sanctions ont été données. "Et quand elles le sont, elles sont très légères compte tenu de l'ampleur des dommages causés aux personnes malades" souligne encore Amandine Courtin.

Michel Bellin sait qu'il n'a pas d'autre alternative que l'Amétycine pour se soigner. Il n'oublie pas non plus ceux et celles qui, comme lui, attendent que ce médicament soit à nouveau sur le marché. "La bestiole, raconte-t-il, elle est toujours en moi. Elle est maîtrisée et cernée à l'endroit où elle est pour qu'elle ne s'échappe pas ailleurs. Mais, avec cet arrêt de trois mois dans mes soins, j'ai peur qu'elle aille voir à côté s'il n'y a pas quelque chose d'autre à grignoter"
 
Le reportage de France 3 Iroise/Carole Collinet-Appéré et Florence Malésieux

 

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