Le Parc Naturel Régional d'Armorique : 50 ans et toujours vaillant!

Publié le Mis à jour le
Écrit par Muriel Le Morvan .

Le Parc Naturel Régional d'Armorique fête ses 50 ans. L'occasion de revenir sur ses débuts controversés, quand certains craignaient une "Réserve d'Indiens". L'occasion aussi de comprendre le rôle du Parc en terme de préservation de l'environnement et de développement durable du territoire.
 



Dans les années 60, le concept des Parcs Naturels Régionaux est imaginé par la DATAR, la toute nouvelle Délégation interministérielle à l'Aménagement du Territoire pour compenser l'exode rural et permettre la mise en valeur de certains territoires et de leur environnement privilégié, tout en maintenant les activités économiques existantes.

Contrairement aux Parcs Nationaux qui ont pour but la préservation de la nature dans des territoires non habités, les Parcs Régionaux sont créés dans des territoires habités mais en déprise. A l'époque, en Bretagne, la colère gronde, les manifestations agricoles et sociales sont nombreuses, et le Parc d'Armorique, le second Parc naturel régional après celui de Scarpe-Escaut dans le Nord, est une des mesures décidées pour répondre à la révolte des Bretons contre le centralisme parisien.



La crainte de la "réserve d'Indiens"



Mais la création du Parc d'Armorique, en 1969, ne calme pas les esprits en Bretagne. Le sentiment régionaliste est fort, la révolte contre l'Etat français hyper-centralisé à son paroxysme, et le Parc naturel accueilli comme une aumône, pire, comme un moyen de faire des Bretons des figurants dans une sorte de parc d'attraction où les touristes viendraient observer les ploucs en sabots faire des crêpes et danser la gavotte...

L'Union Démocratique Bretonne refuse que le développement économique de la Bretagne ne passe que par le tourisme. "C'était une illusion de faire croire que l'on allait résoudre les problèmes de la Bretagne intérieure grâce à ce seul Parc" expliquait, en 1989, l'ancien directeur du Peuple Breton, le journal de l'UDB, Ronan Leprohon, aujourd'hui décédé. 

 

Pour Jean-Pierre Gestin, fondateur des "éco-musées" du Parc, il ne s'agissait pas de mettre la Bretagne "sous cloche", mais de sauvegarder les maisons, meubles et objets de la Bretagne rurale, témoins de traditions et d'un mode de vie désormais révolus. "Un travail scientifique de conservation et de mémoire auquel étaient associés les habitants des territoires concernés ", insiste l'ethnologue.

 

Un Parc "aménageur"



C'est dans cet esprit qu'il a créé dès 1968, le premier éco-musée de France, celui du Niou, sur l'île d'Ouessant, qui rappelons-le, fait partie depuis le début du Parc d'Armorique. Dans la foulée, Jean-Pierre Gestin créa l'écomusée des Monts d'Arrée qui comprend "la Maison Cornec" à St Rivoal (maison traditionnelle à apoteis de 1702) et les Moulins de Kerouat à Commana. Dans ces éco-musées sont organisées des expositions temporaires, mais aussi toute une série d'animations, comme le filage de la laine à Ouessant, la fabrication du beurre, du far ou du kouign amann à St Rivoal et Commana. (voir l'agenda des animations du Parc d'Armorique)

 



Autre équipement géré par le Parc d'Armorique, le Domaine départemental de Menez Meur, à Hanvec, où sont sauvegardés, sur 650 ha de landes et de tourbières, dans un élevage conservatoire couplé à une ferme pédagogique, différentes races domestiques bretonnes, comme les chevaux de trait bretons, les chèvres des fossés, les petits moutons noirs d'Ouessant ou encore les vaches pie-noir et nantaises.

 



En étant patient et chanceux on peut aussi y apercevoir des loups dans un enclos. Et pour en savoir plus sur ces derniers, pourquoi ne pas aller au Cloître Saint-Thégonnec visiter le Musée du Loup. Ce dernier est l'une des multiples structures dont le Parc d'Armorique a favorisé la création, dans différentes communes de son territoire, au fil des ans.

Une vingtaine de petits musées gérés par des associations en partenariat avec les collectivités locales permettent ainsi de découvrir les traditions, ou les activités économiques locales. Parfois dans de toutes petites communes comme à Locmaria-Berrien où l'on peut visiter le Musée de la mine de plomb et comprendre l'importance de l'activité minière dans le Centre-Bretagne au fil des siècles en se rendant sur le terrain avec les bénévoles de l'association. 

 



Petit à petit, les inquiétudes de folklorisation, assez vives aux débuts du Parc d'Armorique, ont été levées. Le Parc d'Armorique, s'est même investi dans la défense de la langue et de la culture bretonne pour en préserver toute l'authenticité (politique impulsée notamment par Jean-Yves Cozan, président du PNRA de 1983 à 2001). Le Parc n'a certes pas résolu tous les problèmes des territoires ruraux mais il est devenu un acteur important, notamment en matière d'agriculture, d'écologie et de tourisme



Concilier environnement et agriculture 



Le Parc d'Armorique joue donc un rôle indiscutable en ce qui concerne la protection de l'environnement. Il favorise la préservation de la qualité de l'eau, de la biodiversité et des paysages, en partenariat avec d'autres structures (bassins versants, réserves naturelles), et surtout en accompagnant le maintien d'une agriculture durable sur son territoire.



Aide à la transmission des élevages, au  montage des dossiers pour obtenir des aides européennes, les personnels du Parc d'Armorique soutiennent les agriculteurs qui par le pâturage et le fauchage permettent de préserver la biodiversité et les paysages des landes et des tourbières. "Le piétinement des bêtes est bénéfique car il évite que ces milieux ne se ferment du fait de la croissance d'arbustes, ce qui laisse de la place à des plantes protégées comme par exemple le drosera" explique Harmonie Coroller, chargée de mission Natura 2000 au Parc d'Armorique. 

 

 

 

Acteur du tourisme durable



Le Parc d'Armorique favorise aussi un tourisme respectueux de l'environnement (randonnées, sports nature...) et propose un label pour des hébergements de qualité : un éco-label pour hébergements qui se décline sur l’ensemble du réseau national des Parcs naturels régionaux et qui récompense les hébergeurs pour leur attachement au territoire, la qualité de leur accueil et leurs initiatives pour préserver l’environnement dans et autour de leur hébergement. Dans le même esprit, les Parcs naturels régionaux ont créé la marque Valeurs Parc Naturel Régional pour valoriser des produits locaux de qualité. 



50 ans, des projets...



Après la création du Parc marin d'Iroise en 2007, le Parc d'Armorique travaille à la création d'un Geopark, c'est à dire à l'obtention du prestigieux label mondial UNESCO pour la qualité exceptionnelle de son patrimoine géologique, notamment en presqu'île de Crozon, extrémité du Massif Armoricain. "Le Parc d’Armorique pourrait ainsi devenir le premier Geopark de la façade Atlantique française dès 2021" indique l'actuelle présidente du Parc d'Armorique Françoise Péron. Le dossier de candidature sera déposé à l'automne.

 

 

... et une grande fête



Un demi-siècle, ça se fête... Les 28 et 29 septembre le Domaine départemental de Menez Meur accueillera de nombreuses animations, spectacles et conférences : Gilles Boeuf, un des grands spécialistes mondiaux de la biodiversité et Rob Hopkins, le grand pionnier international de la transition écologique seront présents à Hanvec. L'occasion pour le département du Finistère et le Parc d'Armorique de s'engager officiellement dans cette transition qui n'est plus une option mais la seule issue possible face au changement climatique.

 
 

Le reportage de Muriel Le Morvan et Stéphane Soviller à l'occasion du week-end de fête des 50ans du Parc



Le parc d'Armorique en bref : 

125 000 hectares

65 000 habitants

44 communes adhérentes et 4 villes 'porte' (Brest, Carhaix, Châteauneuf du Faou, Landivisiau)

une grande variété de paysages, de milieux, d'activités économiques et culturelles ( Iles de la Mer d'Iroise, hautes falaises en Presqu'île de Crozon, rivières à Huelgoat et dans l'Aulne maritime, forêt du Cranou, landes, crêtes rocheuses, bocage, et tourbières dans les Monts d'Arrée)



Les sites et musées à visiter : 

Domaine de Menez Meur - Hanvec

Moulin de Kerouat - Commana

Maison Cornec - Saint-Rivoal

Maison de la rivière – Sizun

Maison du lac - Sizun

Maison des minéraux - Crozon

Musée de l'école rurale - Trégarvan

Musée de l'ancienne abbaye de Landévennec

Musée du recteur - Loqueffret

Musée du Niou et Musée des Phares et Balises - Ile Ouessant

Conservatoire Botanique National de Brest

Musée des Vieux Métiers Vivants - Argol

Musée du Loup - Le Cloître-Saint-Thégonnec

Ti Ar Gouren - Berrien

Centre permanent de Tourisme et de Découverte de l'Environnement - Brasparts

Bassin de Plongée - Camaret

Centre d'étude du milieu Ouessantin - Ile d'Ouessant

Ferme des artisans – Brasparts

Maison de la réserve naturelle et des castors - Brennilis

Maison du Parc - Le Faou
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