Pourquoi La Louve, canot SNSM du Conquet, fait peau neuve à Loctudy

Remis à l’eau après six mois de chantier, le canot SNSM du Conquet repart pour une quinzaine d’années de bons et loyaux services. La Louve a été adaptée aux nouvelles normes imposées après le drame des Sables d'Olonne.

Le canot La Louve du Conquet (au premier plan) est en fin de chantier à Loctudy.
Le canot La Louve du Conquet (au premier plan) est en fin de chantier à Loctudy. © C. Louet / France Télévisions

Comme neuf ! À "mi-vie", le canot SNSM du Conquet mis à l’eau il y a 15 ans, vient de bénéficier d’un sacré lifting. C'est la règle pour l'ensemble de la flotte de la Société de Sauvetage en Mer, dont bon nombre d'unités doivent être renouvelées ou modernisées. 

La vedette de sauvetage de classe 1, longue de 15 mètres, est en refonte complète depuis le 19 octobre 2020 au chantier Pors Moro de Pont-l’Abbé dans le Sud Finistère. Elle a été remise à l’eau il y a quelques jours à Loctudy pour une phase de tests.
 

"C'est Noël avant l'heure !"

Dans la salle des machines, le mécanicien, Denis Saint Jalmes se réjouit de reprendre la mer. Avec les deux moteurs neufs de 500 chevaux chacun, le canot pourra maintenant filer à vive allure. "On a regagné les deux à trois noeuds que nous avions perdu avec l’âge des machines. On pourra atteindre 25 nœuds maintenant." 

Rapidité et puissance, deux éléments indispensables pour porter assistance aux marins, quelles que soient les conditions météorologiques. Les anciens moteurs fonctionnaient encore mais il était devenu impossible de trouver des pièces de rechange. La faute à l’obsolescence.
 

"On a gardé que la peau du bateau"

Le chantier bigouden, Pors Moro à Pont-l'Abbé a réalisé la maîtrise d'œuvre générale du bateau. "Le pôle de soutien de la flotte de la SNSM qui se trouve à Saint-Malo est débordé, explique le patron du chantier, Arnaud Pennarun. On a donc fait appel à nous. Huit de mes ouvriers ont travaillé sur La Louve pendant 6 mois. Des stratificateurs, des peintres, des soudeurs. J'ai aussi fait appel à des entreprises extérieures dans les domaines de l'électricité, de l'éléctronique et de la mécanique."

Le chantier commence à se faire un nom dans le monde du sauvetage. Précédemment, l'équipe de Pors Moro avait modernisé la vedette du Guilvinec et postule pour deux autres canots SNSM du Finistère et de la Manche dans quelques mois.

Pascal Viollette, le patron de La Louve, est très concentré. Il découvre un canot SNSM "comme neuf".
Pascal Viollette, le patron de La Louve, est très concentré. Il découvre un canot SNSM "comme neuf". © C. Louet / France Télévisions


Le bateau ne présentait pas de problèmes de structures. Mais pour le vérifier, il a fallu l'examiner à la loupe. En-dessous de la ligne de flottaison, la structure a été sablée. Au-dessus, la coque a été radiographiée, poncée et repeinte. Elle ne présentait aucun signe de faiblesse. Il n’y a pas donc pas eu de modification. "On a gardé que l'enveloppe du bateau" commente Arnaud Pennarun. À l’intérieur, tout a été démonté, révisé ou remplacé." Outre la salle des machines, 80% de l’électronique a été remplacée.

"C’est ce que l’on appelle une refonte complète. Le bateau est comme neuf, commente Arnaud Pennarun. L’objectif de cette modernisation, c’est aussi d’anticiper les pannes pour que le canot soit le plus fiable possible et pour éviter son immobilisation." Coût de l’opération : quasiment 405 000 euros, financés pour un quart par la station locale, le reste étant partagé à part égale entre le Département, la Région et la SNSM.   "Il a fallu en vendre des frites" rigole Denis Hall, l’un des 22 équipiers navigants.
 

Les normes se sont durcies depuis le naufrage des Sables d’Olonne

Parmi les gros postes de dépenses, il y a les vitrages. Plus épais et plus résistants, leur étanchéité a été renforcée selon de nouvelles préconisations imposées par la SNSM après le naufrage de la vedette des Sables d’Olonne en 2019 qui avait coûté la vie à 3 sauveteurs. Le Bureau Enquête Accident Mer avait pointé une fragilité des vitres. Sous la puissance des vagues, deux d’entre elles avaient explosé et le navire avait été envahi par la mer, anéantissant les capacités de redressement du bateau.

 

Les nouveaux vitrages sont plus épais et plus résistants, leur étanchéité a été renforcée suite au naufrage de la vedette SNSM des Sables d’Olonne en 2019.
Les nouveaux vitrages sont plus épais et plus résistants, leur étanchéité a été renforcée suite au naufrage de la vedette SNSM des Sables d’Olonne en 2019. © C. Louet / France Télévisions

Sur La Louve, des vitrages feuilletés de 15 mm d’épaisseur ont été posés à l’avant et de 14 mm sur les côtés. La structure a été repensée. Chaque vitre est insérée dans un cadre en aluminium et fixée grâce à un système de pince qui a remplacé les trous de fixation pour éviter les entrées d’eau. La seule usine habilitée à les fabriquer se trouve en Angleterre. Les vitres commandées en octobre ont été livrées il y a une quinzaine de jours. Un délai lié à la Covid-19 et non au Brexit. Coût de la facture : 23 000 euros.

De même, les normes ont évolué pour les portes extérieures, intérieures et les trappes dont l’étanchéité a été renforcée avec obligation de les maintenir fermées lorsque le navire est en mer.
 

La Louve cherche le nord !

Depuis lundi dernier, la vedette SNSM effectue vérifications et réglages au large de Loctudy. « On a quelques problèmes d’interférence électronique qu’on est en train de régler » explique le patron du canot alors que le navire fait des ronds dans l’eau dans une mer hachée. Le compas cherche désespérément le nord. Un calibrage indispensable pour le pilote automatique.

Tests machines, puissance, refroidissement des moteurs. Franck Lamy, responsable technique de la SNSM à Paris est du voyage. Sur son carnet, il fait les relevés moteurs, note la température. Avant de reprendre du service, la vedette devra obtenir son permis de navigation auprès du Centre de Sécurité des Navires.

À bord de la Louve, le patron du chantier prend des notes. À ses côtés, le directeur technique de la SNSM est très attentif.
À bord de la Louve, le patron du chantier prend des notes. À ses côtés, le directeur technique de la SNSM est très attentif. © C. Louet / France Télévisions


D’ici là, l’équipage multipliera les sorties pour prendre en main ce nouvel outil. À la barre de La Louve, le patron est concentré. "GPS, VHF, radars, ordinateurs de bord ont été changés. Il faut s’habituer." Parmi les nouveautés, la présence d’une caméra thermique pour aider à la récupération de bateaux ou d’hommes à la mer. "Un équipement qui devrait nous rendre plus performant" conclut Pascal Viollette.

Comme tous les équipiers, le patron a hâte de rentrer à la maison. La Louve devrait regagner Le Conquet dans les tous prochains jours. Là-bas, tout le monde l'attend, à commencer par le reste de l'équipage qui devra à son tour s'aguerrir aux nouvelles technologies.

 

Renouvellement de la flotte de la SNSM

La SNSM possède plus de 150 vedettes de classe 1et 2 et une quarantaine de canots tout temps. La durée de vie de ces équipements est d'environ 30 ans, avec une refonte c'est-à-dire une modernisation et un carénage complet à mi parcours. Cette année, l'association devra renouveler 22 canots et en moderniser 5.  C’est un budget total de 21,2 millions d’euros financé à 66% par la générosité du public. Un niveau d’investissement historique pour la SNSM.

La SNSM a fait le choix d'homogénéiser la gamme de ses navires. Dans le cadre du projet nouvelle flotte, la livraison du premier navire hauturier aura lieu cette année. Au total, 8 navires hauturiers de cette nouvelle flotte vont être ou sont déjà commandés avant fin 2021, toute façades maritimes concernées. Chaque navire hauturier coûte en moyenne 2 millions d’euros !

En Bretagne cette année, la station de l’Arberwrac’h va recevoir l’un de ses nouveaux navires hauturiers. A Groix, Locquirec et Erquy auront lieu des modernisations de navires.

 

 

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