Les producteurs de tulipes et de bulbes de fleurs du pays Bigouden dans la tourmente du coronavirus

Champ de tulipes à Penmarc'h (29) / © Anthony Audras
Champ de tulipes à Penmarc'h (29) / © Anthony Audras

Le printemps 2020 ne s'annonce pas sous les meilleurs auspices pour la commercialisation de tulipes et de bulbes de fleurs coupées : une production typique de la pointe de la Torche (Finistère). Les ventes de fleurs sont à l'arrêt et les exportations de bulbes vers les Pays-Bas en suspens. 

Par Catherine Jauneau


Cette production horticole particulière remonte aux années 1965, concentrée le long de la pointe de la Torche, dans le Finistère Sud. A l'époque, des bretons créent une coopérative pour se spécialiser dans les fleurs coupées et les bulbes en plein champ de tulipes, jacinthes et iris.  Les sols légers et le climat régulier sont propices à cette exploitation.  Des Hollandais prendront ensuite le relais. Aujourd'hui, trois sociétés se partagent le secteur localement. La vague de l'épidemie de coronavirus est en train de les rattraper économiquement.


Installée à Plomeur, la société familiale Kaandorp crée en 1981 sait déjà qu'elle ne sera pas épargnée. 

"Les mesures de confinement et les restrictions mises en place pour faire face à la crise sanitaire du Covid-19 tombent pour nous en pleine saison, comme pour nos voisins producteurs de fraises" explique son dirigeant Ard Kaandorp. "J'ai déjà annulé les contrats de mes vingt saisonniers et quatre de mes 11 salariés permanents ont été mis en chômage technique". 

Dans la ferme d'une surface de 100 hectares, le spectacle des fleurs en plein champ reste toujours aussi bucolique mais les apparences sont  trompeuses. 


Des milliers de tiges de tulipes déjà jetées à la poubelle 


L'entreprise est la seule du secteur à vendre ses tulipes sur tige chez des grossistes du Grand Ouest et du Sud de la France. 
"Comme les boutiques de fleuristes sont fermées, nos fleurs vont être tout simplement détruites. Nous les vendons entre le 15 Mars et le 15 avril en général. Aujourd'hui, j'ai mis à la poubelle 800 000 tiges de tulipes sur un volume de production d'1 million 800 000. Les fleurs continuent à venir mais de ce côté là, la saison est fichue pour moi" constate le producteur.
C'est la saison de la cueillette des tulipes de plein air à Plomeur, mais cette année, elle se fera sans saisonnier. / © Maxppp Vincent Mouchel
C'est la saison de la cueillette des tulipes de plein air à Plomeur, mais cette année, elle se fera sans saisonnier. / © Maxppp Vincent Mouchel


Le Marché hollandais va t-il répondre présent ?


L'horticulteur a un second créneau d'activité : la production de bulbes à 100% pour l'exportation vers les Pays-Bas. La récolte va commencer mi-mai . Les bulbes d'iris, de jacinthes et de tulipes de la Torche ont une valeur ajoutée car ils sont vendus sur le marché en "primeur". Ils sortent avant la production  hollandaise. Une fois plantés, ces bulbes produiront les premières fleurs récoltées l'an prochain aux Pays-Bas. 


Si la production de l'année est perdue, ce sera la fin d'une histoire !


"Tout est prêt de ce côté-là. Je peux bien sûr vendre mes bulbes. J'ai quelques commandes, mais mes clients pourront-ils me payer puisqu'eux même, en Hollande, ne peuvent plus vendre de fleurs ? C'est 80 % de mon chiffre d'affaires qui est dans la balance. Je peux stocker une partie de ma production mais je vais perdre en trésorerie et en valorisation des prix. J'ai sollicité ma banque pour des prêts à court terme, mais demain, cela ne suffira pas. Il faut obtenir des dédommagements si la production de l'année est perdue. Autrement se sera la fin d'une histoire ! " conclue avec anxiété Ard Kaandorp, rappelant que toute la filière horticole est touchée.
 

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