Choucas des tours. Un numéro vert mis en place pour aider les agriculteurs

Le chouca, espèce protégée, est un corvidé noir. Intelligent, peu farouche, il dévore les germes de maïs, choux, échalotes... dès qu'ils sortent de terre. Un cauchemar pour les agriculteurs ! Dans le Finistère, on estime leur population a minima à 300 000. 25 000 devraient être abattus en Bretagne.

C’est une première! Un numéro vert a été mis en place pour aider les agriculteurs à faire face aux dégâts causés par les choucas des tours, espèce protégée.

 "Bonjour, la chambre d’agriculture de Bretagne j’écoute…" Au téléphone, Vincent Le Talour du service environnement de la chambre régionale assure la permanence. Depuis le 27 avril et jusqu’au 15 juillet, les agriculteurs victimes des choucas des tours, peuvent appeler un numéro vert : le 0801 902 369.

L’objectif de ce numéro est double explique Vincent Le Talour. "C’est important d’apporter des réponses aux agriculteurs, vis-à-vis des possibilités d’intervention par les tirs ou les piégeages. Beaucoup sont dans une très grande détresse psychologique. On les écoute et on les oriente vers les chasseurs agréés par les préfectures. Et puis il faut inciter la profession à déclarer les dégâts sur un formulaire en ligne dédié."

3 millions d'euros de perte en 2020 en Bretagne à cause des choucas

Le choucas des tours, espèce protégée, est la bête noire des paysans. Il connaît une croissance exponentielle depuis plus de 10 ans. En 2020, 3 millions de pertes ont été déclarées par les agriculteurs bretons dont plus d’1,2 million d’euros pour le seul département du Finistère, de loin le plus touché avec plus de 1 100 hectares détruits.

Le dispositif d’intervention a été repensé pour que les interventions soient plus rapides. Depuis le 8 mai, à titre dérogatoire, des brigades de chasseurs peuvent être appelées pour épauler la douzaine de lieutenants de louveterie des services de l’état.

16 000 choucas pourront être abattus dans le Finistère


A titre d’exemple, dans le Finistère, 103 communes ont été classées en zone prioritaire et peuvent recourir aux services de 180 chasseurs agréés. Pour 2021, le préfet du Finistère a donné l’autorisation d’éliminer 16 000 choucas, soit 4 000 de plus que l’an dernier. Dans les Côtes d’Armor, 8 000 oiseaux pourront être abattus, 1 500 dans le Morbihan. Et rien en Ille-et-Vilaine, moins touché.

Des oiseaux voraces et intelligents

Des mesures bien trop tardives pour Patrick Charpentier, agriculteur à Quimperlé, qui nous montre les ravages occasionnés par les choucas sur une immense parcelle de maïs. Sur les 16 hectares plantés, 4 ha ont été détruits et ressemés, soit une perte estimée à 9 000 euros. "Quand les plants commencent à sortir, les choucas repèrent d’en-haut les petits vers qui vivent au pied. Pour les déterrer, ils arrachent la pousse et c’est foutu. Ils mangent aussi les grains de maïs, de blé, les petits pois."

Aucune culture n’est épargnée par l’appétit vorace des oiseaux réputés particulièrement intelligents. Sur cette immense parcelle située en ville et entourée d’habitations, impossible de faire intervenir des chasseurs.

J’ai installé des effaroucheurs visuels, sorte de grands cerfs-volants. Ils font ce qu’ils peuvent mais franchement ça ne sert à rien. Au bout de deux jours, les choucas avaient compris qu’ils ne risquaient rien.

Patrick Charpentier


Et de poursuivre : "Même chose pour les effaroucheurs sonores qui envoient des tirs entre 7h du matin et 20h. Ça ne fait que déplacer le problème dans le champ du voisin. Et en plus ces tirs répétitifs sont très difficiles à supporter par les riverains. La seule mesure valable c’est le piégeage. A condition d’installer les pièges aussitôt que les champs sont semés. Debut mai, c’est trop tard. Mais la préfecture craignait, en intervenant plus tôt, que l’arrêté soit attaqué par les associations environnementales."

Avec beaucoup de calme, Patrick Charpentier avoue être à bout. "Voir notre travail anéanti comme ça, en quelques heures, c’est insupportable. On est dans une immense détresse psychologique. Il faudrait que la MSA, (la Mutualité sociale agricole) mette aussi en place un numéro vert. On a besoin d’être écouté et soutenu. Ça fait 27 ans que je suis installé mais depuis 5 à 6 ans la pression est tellement forte que je suis au bout du bout. Quant à mon fils, qui doit reprendre l’exploitation, vous croyez que c’est viable dans ces conditions ?"

Qui paye ? 

Patrick Charpentier a créé avec d’autres agriculteurs du territoire de Quimperlé l’Association de protection de la population, de la biodiversité, des espèces et des cultures (l’APPBEC). Son président, Bruno Goanvic, éleveur lui aussi, est particulièrement remonté. "L’an dernier, on a comptabilisé 300 000 euros de pertes sur notre secteur. Qui paie ? Personne. Si le choucas des tours est une espèce protégée au même titre que l’ours ou le loup, alors de la même façon, il faut que l’on soit indemnisé quand il y a des dégradations. Dans ce cas là, alors on peut cohabiter." 

L’association s’inquiète pour les prochaines semaines. "Les choucas sont actuellement en train de nicher. Bientôt les petits vont naître et ça fera encore plus de bouches à nourrir."


Une étude en cours

Effectivement, les couples de choucas multiplient les allées et venues au-dessus des cheminées des maisons de Quimperlé, dortoir historique pour l’espèce avec 15 à 20 000 couples estimés. Dans le Finistère, on parle de 300 000 et 500 000 individus, chiffre qui reste lui aussi à confirmer. C’est l’objectif d’une étude menée depuis l’an dernier par la DREAL (direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement). D’ici la fin de l’année, on devrait mieux connaître la population réelle et les habitudes alimentaires du choucas des tours. Cela permettra d’adapter les mesures de gestion alors que les associations environnementales préconisent des mesures non létales.

L’oiseau n’est pas seulement le cauchemar des agriculteurs. A plusieurs reprises, le choucas a été mis en cause dans des feux de maison. Il crée aussi la panique chez quelques grands industriels des environs en s’introduisant dans les conduits de cheminée ou d’aération.