Transports scolaires. "Un arrêt de car pour nos enfants", l'appel de familles finistériennes en milieu rural

Dans le Finistère, des familles sont confrontées à l'absence d'arrêt de car scolaire à proximité de leur domicile. Leurs enfants se retrouvent parfois à longer des routes dangereuses pour rejoindre l'arrêt dont ils dépendent. Explications.

Christophe Milin n'est pas du genre à pousser des 'coups de gueule'. Seulement voilà, depuis le mois de mai, ce parent d'élève se démène pour qu'un arrêt de car scolaire puisse être créé à proximité de son domicile. Ou plutôt remis en route car, selon cet agriculteur de Milizac-Guipronvel, dans le Finistère, "l'arrêt a existé pendant quarante ans et cela ne posait pas de problème. Aujourd'hui, on essuie un refus de la Région Bretagne pour qu'il soit à nouveau en fonction, au prétexte que ce n'est pas sécurisé".

Conséquence : sa fille de 12 ans, collégienne à Saint-Renan, n'a pas d'autre choix que de longer une départementale à forte circulation et sans trottoir pour rejoindre l'arrêt le plus proche, à 1,3 km de chez elle. "La Région invoque des raisons de sécurité pour ne pas accéder à notre demande mais que ma fille marche au bord d'une route dangereuse, cela ne gêne personne".

"En milieu rural, nous sommes oubliés"

Christophe affirme qu'il est "hors de question de laisser [sa] fille faire le chemin à pied, ce serait aberrant !". Lui ou sa femme s'organise, chaque matin, pour déposer Lisa à l'arrêt de car. "Mais le soir, nous ne pouvons pas toujours la récupérer, relate-t-il. Nous avons demandé à une personne qui travaille à l'ADMR (aide à domicile en milieu rural, NDLR) de le faire pour nous. Elle a gentiment accepté, c'est la seule solution que l'on a aujourd'hui".

Pour que son "combat" soit visible de la route, Christophe Milin a installé ce qu'il appelle "des mannequins" fabriqués dans des ballots de paille et recouverts d'une bâche noire. Le message inscrit est clair : "un arrêt de car pour nos enfants"

Philippe, un voisin, soutient la démarche de l'agriculteur car, si ses enfants ne sont pas encore en âge de prendre le car pour se rendre au collège, ils en auront bientôt besoin. "Il y a la place pour que le car puisse s'arrêter et faire demi-tour si besoin, constate-t-il. Je ne pensais pas en m'installant ici, en rénovant un petit corps de ferme, que je serais confronté à ça. En milieu rural, nous sommes oubliés si nous ne vivons pas dans un centre-bourg. Tout est fait pour les lotissements, pas pour nous qui vivons en campagne".

"La sécurité, le critère numéro un"

Du coté de la Région Bretagne, qui, depuis 2018, a la charge des transports scolaires, la réponse est ferme : "Quand il y a un enjeu de sécurité, nous ne prenons pas de risque". Michaël Quernez, vice-président de Région en charge de la mobilité, ne transige pas avec le réglement mis en place pour le transport scolaire en Bretagne.
Les critères de création d'un arrêt de car sont clairement définis. "La sécruité est le premier critère, explique-t-il. Ensuite, il y a le temps de trajet pour rejoindre l'établissement scolaire qui ne doit pas excéder 50 minutes. Nous ne pouvons donc pas démultiplier les arrêts. Enfin, la distance entre le domicile et l'arrêt de car peut aller jusqu'à trois kilomètres maximum".

L'élu dit "entendre les demandes des familles", mais, ajoute-t-il, "chacun comprendra que nous ne pouvons pas mettre un arrêt devant toutes les maisons". Chaque jour, 100.000 élève bretons empruntent le réseau BreizhGo, dont 25.000 dans le Finistère. "Le transport scolaire, c'est complexe à organiser, reconnaît Michaël Quernez qui assure que les demandes des familles sont étudiées et analysées. "Quand le transport scolaire a été transféré à la Région, nous l'avons harmonisé. Les arrêts qui existaient précédemment ont été modifiés pour des raisons de sécurité".

Manifestation à Quimper le 6 novembre

A Leuhan, près de Carhaix, la famille Traouen se demande bien pourquoi l'arrêt de car, situé juste en face de la maison et utilisé jusqu'en 2019 par les deux fils aînés, n'est plus aux normes. Leur fille, qui vient d'entrer en 6e, doit donc, elle aussi, marcher le long d'une route "étroite et sinueuse" sur un kilomètre pour rejoindre l'arrêt dont elle dépend. "Dans un courrier, la Région nous indique que le car serait obligé de passer sur un chemin privé, qui nous appartient, et devrait faire une marche arrière pour faire demi-tour, précisent les Traouen. Or, cela ne nous dérange pas qu'il passe sur notre chemin et le demi-tour, il le faisait déjà avant"

Sur 400 demandes envoyées par les familles pour obtenir des arrêts de cars scolaires proches de leur domicile, 30 % sont acceptées, selon le vice-président de Région en charge de la mobilité. "Trop peu", répondent celles-ci qui, dans le Finistère, ont décidé de se fédérer. Christophe Milin a créé un collectif, 'Un transport scolaire pour tous', et annonce qu'une manifestation aura lieu à Quimper le 6 novembre.

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