Trente ans après, la disparition du globe-trotteur Breton Jacky Bleuven demeure un mystère

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Écrit par Séverine Breton .

Le 13 février 1992, Jacky Bleunven a posté sa dernière carte postale au Pakistan. Comme chaque semaine, le coureur parti de Plabennec pour accomplir un tour du monde en courant, avait écrit quelques mots pour donner de ses nouvelles. Ensuite, plus rien. Jacky Bleunven a disparu sans que personne n’ait la moindre idée de ce qui lui est arrivé. 30 ans après, ses proches s’interrogent encore.

"Chaque fois que je cours, il m’accompagne ", soupire Paul Tanné, un de ses copains de toujours, "on pense souvent à lui."

Le grand départ  

Jacky Bleunven a quitté Plabennec le 14 septembre 1991. Il voulait parcourir le monde en courant. 50 000 kilomètres et 60 pays à traverser à la force des mollets. Tous ses potes étaient venus pour le départ. "On a fait les premières heures avec lui,  se souviennent-ils aujourd’hui. Et puis, il est parti."

Le voyage était prévu sur 3 ans. Jacky était parfaitement entrainé, pendant des mois, il a vécu avec un sac de 15 kilos sur le dos pour s’habituer. L’itinéraire était dessiné. Il avait même expédié des chaussures dans des ambassades ou des consulats pour remplacer celles qui allaient s’épuiser sur les pistes et les chemins. "Il avait pensé à tout. Tout était prévu, programmé. Sauf l’impensable !

Puis le grand vide

Pendant les premiers mois, Jacky envoie des cartes postales chaque semaine. France, Suisse, Liechtenstein, Europe de l’Est. Sa famille, ses amis et l’association Courir le Monde qu’il a fondée, suivent son périple.

Le 29 janvier 1992, Jacky entre au Pakistan. Il a déjà couru plus de 5 000 kilomètres. "Ici, il est interdit de courir en short "griffonne-t-il sur une carte.

Jacky trottine dans une zone de guerre. Le Baloutchistan, est coincé entre la frontière afghane et l’Iran. Les Maris réclament leur indépendance et s’opposent au pouvoir en place. La situation est tendue. 

En Bretagne, ses deux dernières cartes écrites le 13 février arrivent au courrier. Puis les boites aux lettres demeurent désespérément vides. Plus un mot. Après deux ou trois semaines, l’angoisse gagne la famille et les amis de Jacky. L’ambassade du Pakistan est alertée. Personne ne sait ce qui est arrivé au coureur breton.  

Les missions de recherche

Jacky Bleunven a-t-il été arrêté par les forces de l’ordre locales ? De nombreuses rumeurs ont circulé.

On a dit qu’il courait en short dans un pays où la pudeur est la règle. On a aussi rapporté qu’il aurait été soupçonné d’espionnage. Des pakistanais qui l’hébergeaient l’auraient dénoncé parce qu’il écrivait tous les soirs. Les carnets auraient été saisis et un traducteur réquisitionné. Après examen, il aurait affirmé que les textes n'étaient rédigés ni en français, ni en anglais, peut-être donc une langue codée. C’était sans doute du breton ! 

Jacky aurait pu aussi tomber entre les mains de chefs de guerre, chuter dans une montagne. Nul ne sait. 

Les amis de Jacky sont allés enquêter sur place, ils ont retrouvé sa trace à Sibi. Ils savent qu’il a quitté son hôtel, il a été vu un peu avant la tombée de la nuit dans un magasin de pâtisseries où il a acheté des gâteaux, mais leur piste s’arrête là.  

Ils ont remué ciel et terre, organisé des manifestations à Paris devant l’ambassade du Pakistan. Le mystère demeure.  

"Aujourd’hui, ce serait différent" soupire son frère, Christian. "Avec les portables, les réseaux sociaux, les recherches aussi auraient été différentes. Jacky lui, il est parti à l’aventure. "

30 ans après, Jacky est toujours là, dans un coin des têtes. "Il fait partie de notre histoire" témoignent ses amis.

Tous redoutent qu'il ne soit mort depuis longtemps, mais aucun de ses proches ne peut s’empêcher d’espérer le voir apparaître un jour, son éternel sourire sur les lèvres, trottinant au bout du chemin … 

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