Grippe aviaire. La LPO face à l'hécatombe chez les oiseaux marins

Face à la grippe aviaire, la station de soins de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) de Pleumeur-Bodou tente de continuer à sauver les oiseaux mazoutés retrouvés chaque hiver sur le littoral. Elle les met en quarantaine au préalable, pour ne pas risquer de propager le virus.

L'unique colonie de fous de Bassan en France est au bord du gouffre. La réserve naturelle des Sept-Iles, dans les Côtes-d'Armor, se situe à un tournant.

Avec de l'émotion dans la voix, le conservateur de la réserve naturelle rappelle le chiffre établi par l'Office français de la biodiversité : 1.200 fous de Bassan retrouvés morts sur la côte bretonne au cours de l'été 2022. "Ce sont des chiffres colossaux, qui laissent penser que plusieurs milliers de fous de Bassan sont morts sans être tous retrouvés à terre" explique Pascal Provost.

Une épidémie inédite

La menace pour les oiseaux sauvages se révèle inédite à plus d'un titre : d'une part, l'épizootie perdure depuis l'hiver dernier, sévissant en plein cœur de l'été 2022, alors qu'habituellement, elle s'arrête au printemps avant de reprendre à l'automne. D'autre part, parmi les oiseaux sauvages, elle concerne particulièrement les fous de Bassan, ce qui n'était jamais arrivé jusqu'ici.

Pour l'heure, il n'existe aucun remède contre la grippe aviaire chez les oiseaux marins.

"Laissez l'oiseau mourir sur place"

Durant tout l'été, le directeur de la station de soins de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) de l'Ile-Grande, et ses deux uniques salariés, ont dû répondre chaque jour à des dizaines d'appel de promeneurs qui signalaient des oiseaux agonisant.

La réponse n'était pas facile à apporter, se souvient le directeur Romain Morinière. "Nous ne prenons plus en soin les mouettes, goélands et fous de Bassan pour ne pas contaminer les pensionnaires de notre centre de soins. Il faut laisser l'oiseau mourir sur place." 

Soigner les autres oiseaux marins

Depuis, les fous de Bassan, qui ont échappé à l'épizootie, se sont élancés dans leur migration et les appels téléphoniques se sont taris.

Toutefois, pour accueillir d'autres oiseaux marins, les soigneurs de la LPO peuvent désormais compter sur une unité mobile : une sorte de grande remorque de camion aménagée pour y loger les oiseaux durant cinq jours de quarantaine, pour s'assurer qu'ils ne souffrent pas de la grippe aviaire, avant d'accéder au centre de soins.

L'arrivée de cette unité, prêtée par la LPO de Rochefort depuis le 25 octobre, permet aux soigneurs de reprendre leur mission : soigner ou démazouter les guillemots de Troïl, macareux et pingouins torda (également appelé petits pingouins) , apportés par les promeneurs.

L'hiver est propice aux dégazages de bateaux, et aux fuites de fioul qui s'échappent d'épaves après les tempêtes, provoquant un flot saisonnier d'oiseaux englués.

Des colonies qui luttent déjà pour leur survie

Lorsque le virus a atteint les fous de Bassan de la réserve naturelle des Sept-Iles, début juillet 2022, l'état de santé de la colonie n'était déjà pas au beau fixe depuis une dizaine d'années, tient à souligner le conservateur de la réserve. 

"Moins de maquereaux en mer, ce sont déjà des conditions corporelles moins bonnes chez les fous de Bassan, observe Pascal Provost. Ajoutez à cela, une forte mortalité chez les jeunes qui disparaissent noyés dans les engins de pêche qu'ils rencontrent sur leur route migratoire".

Et pour couronner le tout, le dérèglement climatique pousse de plus en plus au Nord les bancs de poissons qui nourrissent les fous de Bassan. L'envergure du fou de Bassan s'étire à 1,80 mètre et fait de lui le plus gros des oiseaux de mer d'Europe.

Des mesures attendues pour isoler les oiseaux malades

Comment le fou de Bassan a-t-il pu être contaminé, alors qu'il met rarement pattes à terre ? Pourquoi cette année, le virus, qui mute et évolue, décime en particulier les oiseaux marins ? 

En attendant d'en savoir plus sur le virus de la grippe aviaire, arrivé en Europe depuis l'Asie dans les années 1990, les défenseurs des oiseaux attendent une réaction des autorités sanitaires.

Des centres installés dans chaque département sont évoqués par le ministère de l'Agriculture. Ces centres se chargeraient de récupérer les oiseaux sauvages malades, pour les isoler, afin qu'ils ne contaminent pas d'autres oiseaux le temps de leur agonie.

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