Guides-conférenciers : les oubliés du patrimoine

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Écrit par Carole Collinet-Appéré
Quentin Blanchard est guide touristique depuis 2013. Avec cette crise sanitaire, il affiche zéro revenus depuis des mois
Quentin Blanchard est guide touristique depuis 2013. Avec cette crise sanitaire, il affiche zéro revenus depuis des mois © DR

La crise sanitaire frappe durement les guides-conférenciers. Une majorité d'entre eux se retrouve sans revenus ni aides de l'Etat. "Alors que nous sommes nous aussi des acteurs du tourisme" disent-ils. 


Depuis octobre 2019, Quentin Blanchard n'a travaillé que cinq jours. Autant dire : pas grand chose. Le guide-conférencier de 28 ans a monté sa petite entreprise il y a un an dans les Côtes d'Armor. 2020 s'annonçait sous les meilleurs auspices à en juger par un agenda bien fourni. L'épidémie de coronavirus est venue tout balayer. "Et du jour au lendemain, la dégringolade" constate celui qui, ce matin encore, a trouvé un courriel d'annulation pour une visite touristique de groupe prévue en septembre. 


Petits boulots


Privé de revenus depuis mars dernier, Quentin Blanchard s'est donc mis en quête de petits boulots en intérim. L'achat d'une maison, qu'il projetait de réaliser avec sa compagne, a été repoussé. "Obtenir un prêt bancaire dans ce contexte, c'est impossible". Il s'est même demandé s'il n'allait lâcher ce métier de guide-conférencier qui pourtant le passionne. Il préfère s'accrocher, faire le dos rond en attendant des jours meilleurs. 
 

Quel paradoxe de voir autant de touristes en Bretagne cet été et d'avoir si peu de travail quand on est guide-conférencier

Quentin Blanchard


"Tout s'est arrêté"


Les guides-conférenciers tirent la sonnette d'alarme depuis des semaines. La crise sanitaire les a frappés de plein fouet. Ils se sentent aujourd'hui abandonnés. Et la situation est encore plus précaire pour ceux et celles qui effectuent des vacations . Autrement dit : les CDDU (contrat à durée déterminée d'usage). Pour eux, pas de chômage partiel, pas d'aides de l'Etat. Ils ne peuvent pas non plus bénéficier du coup de pouce financier du Fonds de solidarité. 

C'est le cas d'Hélène Besnier-Guérin. "D'ordinaire, de fin mars à fin octobre, je fais des vacations pour une agence du Morbihan, raconte-t-elle. Cette année, avec la crise sanitaire, tout s'est arrêté. Là, j'ai quelques journées de travail depuis fin juillet mais rien de solide".
Pour "passer l'hiver", comme elle dit, il ne lui reste que l'équivalent d'un mois de chômage. Alors, elle s'interroge. Quelles perspectives d'avenir pour une profession qui n'a même pas été intégrée au plan de relance du secteur touristique et qui compte une majorité de salariés en CDDU ?

Sur les réseaux sociaux, les guides-conférenciers partagent leur désarroi. Et leur colère, rappelant, au passage, qu'ils ne sont pas tous logés à la même enseigne.


Système D


"Pour les guides-conférenciers, c'est compliqué car il y a des statuts différents, remarque Awen Jacquier, présidente de la fédération des guides bretons. Il y a ceux qui sont en CDI, ceux qui sont indépendants, d'autres qui ont une auto-entreprise. Ceux-là ont pu avoir accès au Fonds de solidarité. Mais les CDDU, c'est la catastrophe car ils n'ont droit à rien".

Chez Bretagne Buissonnière, une association brestoise qui regroupe quinze guides-conférenciers, l'activité est quasi au point-mort depuis des mois. "C'est bien simple : on fonctionne à 20 % de ce que l'on fait en temps normal", annonce la secrétaire, Dominique Le Jeune, qui ne compte plus les annulations de visites guidées. "Les touristes étrangers, il n'y en a pas. Les escales de paquebots de croisière, non plus. Les séniors préfèrent annuler leurs voyages en groupe".

Il reste les visites individuelles et le système D. Comme ce rallye d'idées initié par l'association dans les rues de Brest, mais aussi à Plouguerneau, Dinan et Rennes. "Autant ne pas rester les deux pieds dans le même sabot, alors on a mis cette visite ludique en place pour l'été. Mais cela ne fait pas le compte".


Année noire


"C'est un métier de passion que nous faisons. On transmet nos connaissances. On a tous un paquet de diplômes. Et il faudrait qu'on laisse tomber tout ça ?" demande Sonia de Puineuf. Cette guide-conférencière, docteur en histoire de l'Art, est basée à Brest. En théorie, elle peut opérer des visites guidées dans les musées pour des groupes de vingt personnes. En théorie seulement. "A condition que les musées acceptent et que l'on trouve le public. Il ne suffit pas de dire 'vous avez le droit de faire'. La réalité est bien plus complexe".

Les guides-conférenciers tournent habituellement à plein régime d'avril à octobre. 2020 sonne comme une année noire pour cette profession qui n'hésite plus à dire qu'elle est désormais "en voie de disparition".


 

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