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Androcur : “on empoisonne les femmes avec des traitements en disant que tout va bien”

Sur l'IRM de Christel Lamy, on distingue une tache blanche au niveau de l'oeil gauche, c'est un méningiome. / © Lionel Bonis
Sur l'IRM de Christel Lamy, on distingue une tache blanche au niveau de l'oeil gauche, c'est un méningiome. / © Lionel Bonis

Androcur est prescrit comme contraceptif chez les femmes, pour traiter l’acné ou encore pour réguler une pilosité excessive. Une étude vient de confirmer que ce médicament augmente le risque de méningiome, une tumeur du cerveau. Christel et Marlène, deux victimes bretonnes témoignent.

Par Louise Cognard


Christel Lamy était mannequin pour de grands couturiers et rêvait de devenir comédienne. Mais le 2 janvier 1998, à 30 ans, sa vie bascule. Lors d’un IRM, les médecins lui découvrent une tumeur au cerveau “grosse comme une balle de golf”. Christel a dû être opérée d’urgence. Même drame pour Marlène Vault, une Rennaise de 39 ans, à qui on a retiré un méningiome de 9 cm dans le cerveau gauche en décembre dernier.

Le témoignage de Marlène Vault :  


Un contraceptif utilisé pour diminuer l'acné et la pilosité


Comme de nombreuses femmes depuis les années 1980 en France, Christel et Marlène prenaient de l’Androcur pour diminuer une acné résistante ou pour diminuer une pilosité importante mais aussi comme moyen contraceptif. Ce médicament, à base d’acétate de cyprotérone, est normalement prescrit à des femmes souffrant d’hirsutisme, c’est-à-dire d’une très forte pilosité ou à des hommes pour des cancers de la prostate. Mais son usage s’est étendu aux femmes complexées par leur acné ou souffrant d’endométriose.
 

Le risque de développer des tumeurs est multiplié par 7, voire par 20


Début septembre, une étude de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), donne l’alerte : l'Androcur prescrit pendant plus de 6 mois multiplie le risque de méningiome par 7. Lorsque le traitement est pris pendant plus de 5 ans, le risque de tumeur est multiplié par 20.
 


“On empoisonne lentement mais sûrement  les femmes avec des traitements en disant que tout va bien, c’est quelque chose que j’ai envie de dénoncer” s’indigne Christel Lamy.


Le témoignage de Christel Lamy  : 
 


Même après l'opération de la tumeur, les séquelles sont nombreuses


Si les tumeurs sont dites “bénignes”, c’est-à-dire non cancéreuses, les séquelles sont réelles et les complications nombreuses. Près de 20 ans après son opération, Christel a changé de vie : “j’ai dit adieu aux plateaux et à la vie parisienne” pour s’installer à Saint-Malo. Elle a perdu près de ¾ de sa vision à l’oeil gauche. Depuis trois ans, un nouveau méningiome s’est mis à grossir dans son cerveau et elle vit dans la crainte d’une nouvelle opération. Alors ça la fait “bondir” quand elle entend la ministre de la Santé Agnès Buzyn déclarer sur CNews qu’il “n'y pas d'urgence, (que) ce n'est pas un cancer. Ce n'est pas un scandale sanitaire”. Pour Christel “les douleurs sont insupportables et vous donnent envie de vous jeter par la fenêtre”.
 

“Ma vision a baissé, je risque d’être aveugle. On n’en guérit pas. On ne peut rien faire à part être opérée. Il n’y a pas de solution. On n’en parle pas parce que ça ne se voit pas. C’est un handicap invisible.” Christel Lamy, victime de l’Androcur


En colère, Marlène Vault conserve, elle aussi, des séquelles handicapantes. Épileptique, elle a du mal à marcher, à déglutir et souffre de troubles du langage et de l’écriture. Elle a dû arrêter de travailler. Pour faire connaître le problème autour d’elle, elle a créé en avril 2018 le groupe Facebook "Méningiomes sous Androcur". A ce jour, 285 personnes ont rejoint le groupe. De son côté, Christel, comme une dizaine d’autres victimes, envisage de porter plainte contre le laboratoire Bayer qui fabrique l’Androcur.
 
© France Télévisions
© France Télévisions

Selon l’ANSM, "90 000 patientes se sont vues prescrire au moins une boîte d’Androcur en 2017 et  plus de 500 cas de méningiomes de femmes exposées à l’acétate de cyprotérone ont été pris en charge en neurologie et neurochirurgie".

Les patientes concernées peuvent appeler un numéro vert :  0 805 04 01 10. Elles sont invitées à consulter leur médecin mais sans urgence. A partir du 1er octobre, un groupe d’experts va se réunir afin de redéfinir le mode d’emploi et les recommandations de ce médicament.
 

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