Assises nationales de la citoyenneté : le message émouvant de tolérance de Latifa Ibn Ziaten

Latifa Ibn Ziaten a capté l'attention du public aux Assises nationales de la citoyenneté à Rennes / © France Télévisions - V. Chopin
Latifa Ibn Ziaten a capté l'attention du public aux Assises nationales de la citoyenneté à Rennes / © France Télévisions - V. Chopin

Deux jours de débats ce 17 et 18 janvier au Couvent des Jacobins à Rennes pour les Assises nationales de la citoyenneté, sur le thème du "Vivre Ensemble". Et si il y a bien une association qui a pour objectif de soutenir le "vivre ensemble", c'est celle fondée par Latifa Ibn Ziaten.

Par Valérie Chopin (avec T.P.)


Elle en impose dès son entrée sur la scène du grand auditorium du Couvent des Jacobins. Dans la salle, certains se lèvent même pour accueillir Latifa Ibn Ziaten. "Mère Courage" comme on la surnomme, a de grands yeux foncés, et une présence, qui captent l’attention du public au premier coup d'oeil. Il faut dire que son histoire n’est pas banale.
 

Un fils, victime du fanatisme


Arrivée en France à l’âge de 17 ans, cette Marocaine a débarqué par amour, pour suivre celui dont elle était tombée amoureuse en se promenant sur une plage de son pays natal.
 

"L’amour n’a pas de barrière !" sourit-elle, "ça fait grandir, c’est indispensable !"


Un amour, dont sont nés cinq enfants, dont Imad, mort à l’âge de 31 ans. Ce fut le premier militaire tué par le terroriste Mohammed Merah en mars 2012 à Toulouse. Un choc qui a fait basculer sa vie à tout jamais. "Quand je suis allée sur place 40 jours plus tard, des jeunes m’ont interpellée. Ils prenaient Merah pour un héros, un martyr…" Cela a été un déclic.

Cuisinière de profession dans un établissement scolaire, Latifa fonde alors une association (Imad pour la Jeunesse et pour la paix) en mémoire de son fils, mais aussi pour partir à l’écoute de tous ces jeunes qui se sentent laissés pour compte.
 

"Où qu’ils habitent, ils sont nés en France, ils sont Français et comptent autant que quiconque dans notre République."


Objectif : lutter contre le fanatisme. "Ce n’est pas ça l’Islam ! répond-elle avec ferveur. Chacun peut pratiquer la religion qu’il souhaite, le tout c’est de ne pas l’imposer aux autres !"
 
Entretien avec Latifa Ibn Ziaten aux Assises de la Citoyenneté
Entretien avec Latifa Ibn Ziaten aux Assises de la Citoyenneté, vendredi 17 janvier 2020. - France Télévisions
 

"Il faut aller vers l’autre !"


Tolérance et bienveillance, voilà les leitmotiv de Latifa qui répète à qui veut bien l’écouter que chacun à sa place dans cette société. Depuis 2012 et le début de son action avec son association "Imad, pour la Jeunesse et la Paix", elle voit ainsi entre 9 000 et 10 000 élèves tous les ans. Elle visite prisons et foyers, participe à de nombreuses conférences avec toujours ce même discours : "Démarre ton moteur !" Pas de fatalisme chez Latifa. Chacun peut s’en sortir, il faut persévérer, oser et… écouter son cœur !

Aux questions du public qui lui demande son avis sur le rôle de l’Etat dans les banlieues, le danger des réseaux sociaux ou encore le port du voile, Fatima répond avec la même bienveillance et le même sourire : "Il faut aller vers l’autre ! Chacun à notre niveau, on peut s’ouvrir, s’intéresser… Ça peut donner la chance à ceux qui se sentent prisonniers."

La larme à l’œil parfois, certains témoignent du fossé, de la distance qu’ils ressentent comme énorme entre eux et leurs voisins d’origine étrangère, qui n’ont pas la même culture. 
 

"Ne baissez pas les bras ! La République vous aidera ! La République, c’est nous, c’est nous qui votons, c’est notre devoir à chacun !"

 
 

Un public admiratif


"Elle m’épate, nous confie Maïc. Je suis femme et mère moi aussi. Quelle force de la nature ! Rebondir ainsi après la mort de son fils… Elle est extraordinaire !" Le message aussi est salué : "À l’écouter, il suffit d’ouvrir son cœur… Nos barrières intérieurs, c’est celles-là, qu’il faut lever…" Et une jeune fille de compléter : "Elle véhicule tellement d’espoir !!! C’est inspirant de voir des personnes comme elle !"
 

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