Témoignage. Bébé retrouvé dans une poubelle. "Je l'ai soulevé et il s'est mis à crier", le récit de Steven, le pompier qui l'a sauvé

Publié le Écrit par Julie Morel-Bonnard

Ce vendredi 20 octobre 2023, Noah Briac Alban, un bébé de quelques heures à peine, a été retrouvé dans une poubelle du quartier sud gare à Rennes. Son sauvetage, une intervention rarissime. Voici le témoignage de Steven Robert, le pompier qui l'a sorti d'une mort certaine.

"Cette histoire nous a tous touché, et on était ému que le petit s'en sorte".

Ce vendredi 20 octobre restera gravé dans les mémoires des pompiers du centre de secours du Blosne. Alors qu'elle était sur le retour d'une intervention, une équipe de sapeurs-pompiers reçoit un appel de leur caserne. "Deux personnes âgées entendent des pleurs de bébé, venant d'une poubelle". Voilà les premières informations qu'ont reçues les trois pompiers présents ce jour-là.

"Quand on est arrivé sur place, les deux personnes nous attendaient pour nous indiquer la poubelle où ils avaient entendu crier. La dame venait juste de jeter ses poubelles. Elle est allée chercher un voisin pour être sûre de ce qu'elle avait bien entendu", commence à raconter Steven Robert, caporal-chef à la brigade.

Les trois pompiers tendent alors l'oreille. "C'était une poubelle enterrée et fermée. On n'avait aucun visuel. On a ouvert la trappe sur le côté qui nous permettait d'apercevoir un peu mieux les sacs-poubelles dans le fond de la benne. Il n'y avait aucun bruit, aucun mouvement", continue Steven.

Et puis, au bout de quelques minutes, "on a vu un sac bouger". Les trois pompiers sont rapidement rejoints par trois autres en renfort. Steven saisit une corde, la passe autour de son torse en faisant une boucle serrée. "On a du matériel pour intervenir plus confortablement, mais là, ce n'était pas le but. Il fallait aller très vite et descendre au fond de la poubelle le plus rapidement possible". 

Lire aussi : Bébé retrouvé vivant dans une poubelle à Rennes. "C'est un drame de commencer sa vie comme ça."

L'enfant retrouvé avec le placenta

À la force des bras, les pompiers maintiennent Steven, qui lui descend peu à peu au fond de la benne, à 2m50 de profondeur. "Avec l'obscurité, il aurait été impossible de deviner qu'un bébé était caché dans un sac-poubelle", assure le pompier.

Une fois arrivé en bas, Steven ouvre le sac, et aperçoit la jambe du bébé. "Il fallait aller très vite. Je l'ai soulevé, pris dans mes bras, et il s'est mis à crier. À partir de là, je savais qu'il était conscient et qu'il fallait agir au plus vite pour sa survie". 

Le nouveau-né, nu dans le sac, avait encore son cordon ombilical. "L'hypothermie est la première cause de décès d'un nourrisson. Il avait une température très basse", se souvient Steven. Le soldat du feu, à bout de bras, tend le bébé à ses coéquipiers. "Mes collègues l'ont attrapé et se sont occupés de lui. Ils l'ont réchauffé, lui ont mis un petit bonnet, une couverture, et l'ont nettoyé avant de prendre la direction de l'hôpital avec le Samu".

Le choix du prénom

"Comme j'étais dans la poubelle, je ne pouvais pas les accompagner. Un collègue a pris ma place". Dans l'ambulance, les pompiers prennent soin de leur protégé. "C'était la Saint-Noé ce jour-là. Celui qui m'avait remplacé a proposé un prénom qui s'en rapprochait. C'est comme ça qu'ils ont eu l'idée de Noah", précise Steven. Le Samu et la maternité, qui a accueilli l'enfant, ont proposé les deux prénoms suivants. "Chaque service qui a fait sa part du travail a proposé un prénom."

"Jeter un bébé au fond d'une poubelle, à quelques instants de vie, c'est quand même très rare, et heureusement", ajoute Steven. C'est la première fois que le pompier est confronté à une telle intervention. Le soir même, l'équipe est retournée à l'hôpital pour revoir Noah. "De le voir en bonne santé, apaisé, choyé, c'était vraiment agréable. On est content que ça se termine comme ça".

"Dans l'équipe, on y pense tous." Sur les six pompiers qui ont participé à l'opération, quatre sont parents d'enfants de moins d'un an et demi. "Cette histoire nous a tous touché, et on était ému que le petit s'en sorte. Ça reste des interventions très rares, mais ce sont celles-là qui nous rappellent pourquoi on s'est engagé". 

Dans les semaines à venir, les sauveteurs du petit Noah espèrent pouvoir retourner à l'hôpital pour rendre visite à leur miraculé.

Qu’avez-vous pensé de ce témoignage ?
Cela pourrait vous intéresser :