"C’est comme faire un voyage sur mars !" Une médecin urgentiste rennaise part 13 mois en Antarctique

Fanny Larcher est médecin urgentiste au CHU de Rennes. Elle a été sélectionnée pour partir 13 mois sur la station Concordia en Antarctique. Une base franco-italienne unique au monde. Elle sera responsable de la bonne santé de ses compagnons d'aventure qui seront isolés pendant 9 mois sur place. Un challenge à la fois personnel et professionel pour la rennaise.

"Moins de gens sont allés à Concordia qu'en haut de l’Everest. Je suis très chanceuse d’aller là-bas." Fanny Larcher s’envolera le samedi 4 novembre pour l’Antarctique. Pendant 13 mois, cette médecin urgentiste au Centre hospitalier Pontchaillou à Rennes va veiller sur ses 12 compagnons de la station franco-italienne Concordia. Ils y seront confinés pendant 9 mois pendant un long hiver où il fait -63°C en moyenne.

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La Rennaise de 33 ans a postulé fin 2022 pour partir avec l’Institut Polaire Français. Après un entretien d’embauche et des examens poussés sur sa santé physique et psychologique, on lui annonce en mars qu’elle est sélectionnée. "C’était une bonne surprise." Elle va partir sur le plateau Antarctique, à une altitude de 3 233 mètres. C’est un rêve de longue date qu’elle s’apprête à réaliser.

Sortir de sa zone de confort de l'hôpital public

"Je démissionne du CHU le 22 juillet. Le 23, je commence ma formation à l'hôpital d'Instruction des Armées à Toulon. Pour partir en mission comme cela, on doit devenir médecin militaire. Il faut se former à la médecine isolée et devenir un médecin très généraliste capable de faire de la chirurgie et de l’ambulatoire." Elle a également été formée en haute montagne pour "se mettre à la page sur les pathologies d’altitude. C’est hyperenrichissant, je n’ai pas trop de gelures à Rennes !"

"C’est un challenge à la fois personnel et professionnel, explique Fanny Larcher. C’est aussi un moyen de sortir de ma zone de confort de l’hôpital public. Malgré les difficultés qu’on peut rencontrer, on est bien entourés. Beaucoup de confrères et d’amis nous aident. Là, je vais devoir soigner des gens dans un endroit où ils n’auront personne d’autre."

Une beauté au prix de l’hostilité

Pour le côté plus personnel, Fanny Larcher voit cette mission comme une retraite. "C’est un endroit calme, isolé, sans végétation, sans aucun bruit." Un endroit hostile ? Elle rigole. "C’est beau surtout. La beauté au prix de l’hostilité." Elle qui est très sociable va pouvoir "arrêter le temps, se poser". Notamment l’hiver… Personne ne pourra sortir de la station. C’est un confinement, un isolement extrême.

"9 mois d’hiver à Concordia, c’est comme faire un voyage sur Mars. C’est une vraie vie en autarcie."

Fanny Larcher

Médecin sur la station Concordia

S’ils sont 80 sur la station l’été, ils passent à 13 l’hiver. Dans l’équipe, une scientifique Suisse de l’agence spatiale européenne les accompagne. "Elle vient observer notre isolement, étudier les complications dues au manque de lumière, au manque d’oxygène (Concordia est à plus de 3 000 mètres d’altitude) et sur la vie en communauté."

Fanny Larcher a rencontré ses compagnons d’aventure en septembre à Rome. "Ils sont trop sympas ! On a beaucoup de chance. On sera trois femmes cet hiver, c’est une belle proportion. Un quart de femmes, c’est beaucoup. Il y a Manon, une glaciologue de Brest de 28 ans et Jessica, la médecin suisse qui vient pour l’institut spatial européen."

Études scientifiques majeures sur le changement climatique

La station Concordia est la seule station binationale de l’Antarctique. Avec la station des États-Unis et la Russe, elles sont les seules stations actives toute l’année. Le premier forage glaciaire profond y a eu lieu en 1977. 3260 mètres de glace ont été extraites grâce au programme européen EPICA. Cela a permis aux scientifiques de remonter l’histoire du climat sur plus de 800 000 ans.

"Ils sont vraiment extraordinaires dans leurs domaines, déclare admirative Fanny Larcher. C’est impressionnant ce qu’ils font là-bas. Ils ont l’objectif de remonter à 1,5 million d’années."

Dernière ligne droite. Dernier stock de bêtises !

Avant de partir, la Bretonne a eu le droit à deux semaines de vacances. Un vrai marathon pour voir ses proches et régler toutes ses affaires. "Je fais la fête aussi car après je suis d’astreinte pendant 13 mois. Je ne pourrais pas être le médecin de la base, être responsable de la santé de mes collègues et proposer qu’on aille faire la luge nue dans la nuit polaire ! Je fais mon stock de bêtises maintenant pour partir sereine !"