Café-concert et mesures sanitaires : incompatible pour le Mondo Bizarro, le bar légendaire pourrait disparaître

Règles sanitaires drastiques, horaires écourtés, concerts obligatoirement assis : autant de mesures liées à la Covid-19 qui contrarient les bars et salles de musique indépendante. Le Mondo Bizarro, institution culturelle de la scène rennaise vient d'être mis en vente.

 

Comment vivre les concerts, le spectacle vivant sans contact, à distance ? Quel avenir pour les lieux culturels dont l’essence même repose sur le lien humain ?

Le Mondo Bizarro, café-concert créé à Rennes il y a bientôt 19 ans, apporte peut-être une réponse. Il vient d’être mis en vente. Une décision précipitée par l’avalanche de mesures sanitaires.
La fermeture des bars à 23 heures conjuguée aux impératifs de « distances sociales » ont poussé son patron à tout annuler pour le mois de septembre. L’interdiction des concerts debout a été le coup de grâce.
 

Ce n’est pas tenable. Avec la contrainte d’un public assis, on ne peut pas continuer les concerts. Accueillir 20 personnes dans le bar au lieu de 150, c’est un équilibre impossible …

Bruno Perrin, patron du Mondo Bizarro


Après la période de confinement, et une cagnote Leetchi qui a permis de renflouer les caisses, le café-concert a rouvert ses portes début juin. Quelques concerts en juillet en extérieur avec des formations et des jauges réduites ont relancé la scène éclectique. Bruno Perrin a même concocté une  programmation franco-française – Covid-19 oblige - jusqu’à fin décembre. Mais pour l’heure, le présent et l’avenir du Mondo Bizarro sont en suspens.

Je ne peux pas continuer comme ça sans savoir où je vais. Il y a trop de stress, on ne peut rien prévoir avec cette crise, j’ai envie de passer à autre chose

Bruno Perrin

 

Pas de concert, pas de clientèle


Le Mondo Bizarro, c’est beaucoup de concerts – entre 15 et 20 chaque mois - de toutes tendances. Du rock’n roll, du hard-core, du punk… Sans cet univers musical, le public fait moins ou pas du tout le déplacement.
Pour les musiciens qui s’y produisent, et ils sont nombreux de par le monde, c’est la fin d’une époque. Il n’y aura plus de club dans cet esprit-là à Rennes.
 

" Organiser des concerts assis, ce n’est pas vraiment le propos de ce genre de lieux " commente Edouard Leys, jazzman, " ce sont des styles de musique qui permettent de danser, de bouger, de partager. On imagine mal le Mondo avec des chaises où les gens seraient bien sagement assis à 1 mètre et demi de distance. Ce n’est pas dans la culture du lieu, c’est contre-nature ".

Jonathan Guyot, de l’association Face to Face et musicien du groupe « Entertain The Terror » ne se voit pas non plus en concert devant 20 personnes sur des sièges.

On joue du hardcore, ça bouge pas mal, c’est un gros bordel d’habitude. Le karaté dance style – un genre de pogo plus évolué avec des figures - ça demande un peu de place. Notre musique, on doit la ressentir physiquement, sinon c’est pas envisageable

Jonathan Guyot, musicien du groupe « Entertain The Terror »


" Depuis le confinement, c’est la déprime chez les musiciens poursuit-il, en 2020, on a organisé un concert en février et un concert de soutien pour le Mondo en juillet. On ne répète plus. On se voit beaucoup moins… "
 

Edouard Leys s’interroge sur l’avenir de ces bars, de ces salles qui sont surtout des endroits d’échanges où se créent de nouveaux liens.
 

On enlève toute l’âme, l’essence de ces lieux.

Edouard Leys, jazzman


" Ces cafés-concerts sont des lieux de cohésion où se créent des rencontres, des projets dans la vie culturelle. Le spectacle ce n’est pas qu’une proposition artistique. Que ce soit dans la rue, à l’opéra, dans un bar, il y a de l’échange, du partage, c’est ce qui fait la culture. Là on interdit cette dimension ", poursuit le jazzman.

Pendant le confinement, Edouard Leys a bien essayé de trouver des solutions transitoires. En enregistrant des concerts à distance. Transmis par écran interposé.
Un ersatz de vie culturelle qui ne remplace pas les échanges en chair et en os.
" Quand on se rencontre pendant les concerts entre musiciens, il y a de l’émulation, de la cohésion. Tous ces partages-là sont à l’arrêt. Ca va créer des vides, qui ne sont pas forcément visibles tout de suite. C’est très triste. Il n’y a pas que l’aspect économique. C’est aussi psychologique, culturel. "


"Si on ne peut plus vivre ce pour quoi ces lieux ont été créés, à quoi bon insister ?"


" On accepte les règles sanitaires parce-que l’on fait l’effort de l’accepter mais ce n’est pas viable. Aujourd’hui, seules les scènes subventionnées maintiennent leur programmation. Si leurs salles sont à moitié vides, elles peuvent se le permettre. Les indépendants, les privés, sans public, mettent la clé sous la porte. Le paysage culturel rétrécit " constate Edouard Leys

Pour Jonathan Guyot " la disparition du Mondo Bizarro, c’est horrible. Mais ce n’est pas le seul bar indépendant en Bretagne et en France. Le risque c’est qu’il n’y ait plus de lieux comme celui-là pour les tournées en 2021. "
Edouard Leys résume le sentiment  qui habite les musiciens : " La fin du Mondo, c’est un choc. Parce que c’est une institution dans le paysage culturel musical rennais. Ce qui fait peur c’est qu’il y a beaucoup d’autres cafés-concerts qui pourraient fermer à leur tour. "

Pour autant, le patron du Mondo Bizarro ne se laisse pas abattre totalement. Les visites s’enchaînent. A raison de deux par jour. Acquéreur ou pas en vue, Bruno Perrin fêtera le 19 ème anniversaire de son café-concert le deuxième week-end de janvier. Et d’ici là, le bar reste ouvert du mercredi au samedi entre 18 et 23h. Jusqu’à nouvel ordre.