Conférence sur la liberté d'expression organisée à Rennes : trois questions à un théologien musulman

Sociologue spécialiste de l'Islam, théologien de confession musulmane, Omero Marongiu-Perria est venu à Rennes, le 11 décembre, pour donner une conférence au centre cultuel et culturel Avicenne, sur le thème de la liberté d'expression. L'occasion de lui poser quelques questions.

 

Une trentaine de personnes s'est connectée successivement à une plate-forme pour écouter la conférence donnée par le sociologue Omero Marongiu-Perria, le 11 décembre 2020
Une trentaine de personnes s'est connectée successivement à une plate-forme pour écouter la conférence donnée par le sociologue Omero Marongiu-Perria, le 11 décembre 2020 © M Thiébaut - France Télévisions

Converti à l'Islam à l'âge de 18 ans, devenu ensuite militant de l'islamisme politique dans le Nord de la France, entamant un parcours de cadre au sein de l'UOIF, l'Union des organisations islamiques de France, association affiliée aux Frères musulmans, Omero Marongiu-Perria a rompu en 2004 avec l'islamisme pour se consacrer à la sociologie du fait religieux. Il intervient régulièrement dans les prisons, pour les services de probation et d'insertion pénitenciaire (SPIP), et aussi comme théologien dans l'émission du dimanche de France 2. 

 

Comment est perçue la liberté d'expression parmi les musulmans en France?

La question de la liberté d'expression va être perçue différemment en fonction de l'expérience vécue, et de la façon dont les gens ont été socialisés: où ils ont grandi, où ils ont été scolarisés, etc...


Beaucoup disent: "la liberté d'expression doit s'exercer pleinement, tant qu'on n'insulte pas ma religion."

 

D'autres voudraient un dispositif de contraintes, pour empêcher juridiquement les injures et ce qui heurte les croyants.

Dans ce cas, je rappelle que la France est un des pays les plus sécularisés d'Europe, où la pratique religieuse est la plus faible, mais c'est aussi un pays qui accueille les groupes religieux juifs, musulmans et bouddhistes les plus importants en nombre. Imaginez s'il fallait commencer à faire des lois pour protéger les sensibilités de tel groupe religieux ou de tel autre ... ce serait inextricable. Surtout, dans les pays qui pénalisent le "blasphème", ces dispositions sont utilisées contre les libertés individuelles.


Quelle évolution constatez-vous ?

Globalement, je constate que beaucoup de musulmans ont l'impression qu'on tape sur l'Islam alors qu'ils n'ont pas le sentiment d'avoir accès aux médias pour défendre un point de vue.
Chez une minorité, il y a un discours religieux, aussi bien d'ailleurs chez certains chrétiens que chez certains musulmans, qui présentent les religions comme des citadelles assiégées, comme vivant dans une société fondamentalement hostile aux religions. 

 

Inauguré en 2006 dans le quartier Villejean à Rennes, à deux pas du CHU Pontchaillou, le centre culturel et cultuel Avicenne fait partie des cinq mosquées que compte la ville de Rennes
Inauguré en 2006 dans le quartier Villejean à Rennes, à deux pas du CHU Pontchaillou, le centre culturel et cultuel Avicenne fait partie des cinq mosquées que compte la ville de Rennes © M Thiébaut - France Télévisions

 

Que proposez-vous?

Je pense qu'on devrait réinjecter une dose de réflexion morale dans notre société, en faisant de la philosophie. Les grands penseurs aident à y voir plus clair. Je cite souvent Jürgen Habermas, le philosophe allemand de l’éthique de la discussion.
(Selon Wikipédia, dans la pensée d'Habermas, nous déterminons si une règle de conduite et un comportement sont moraux par une discussion qui doit ressembler autant que possible à une situation de liberté de parole absolue et de renoncement aux comportements « stratégiques », NDLR.)

 

 

 

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