Rennes.“Je n’ai pas d’avenir dans ce métier d'assistante d'éducation que j’ai choisi, au bout de 6 ans tout s'arrête"

Morgane Chesnais, 35 ans et Marion Garabedian, 34 ans et sont toutes les deux assistantes d’éducation (AED), plus souvent appelées “surveillantes”. Ce jeudi 25 mars, elles manifestent à Rennes pour demander, entre autres, une meilleure reconnaissance de leur métier.

Les AED bretonnes manifestaient ce jeudi 25 mars à Rennes pour demander une meilleure reconnaissance de leur métier.
Les AED bretonnes manifestaient ce jeudi 25 mars à Rennes pour demander une meilleure reconnaissance de leur métier. © Juliette Vincent-Seignet / France Télévisions

Morgane Chesnais, 35 ans, travaille au lycée Ernest Renan à St Brieuc. Cinq ans que cette mère de deux enfants exerce ce métier. A la fin de l’année scolaire, elle devra dire au revoir à l’équipe pédagogique, aux jeunes qu’elle a vu grandir. Car pour l’heure en France, les AED peuvent exercer leur métier six ans au maximum.Je n’ai pas d’avenir dans le métier que j’ai choisi, dans lequel j’ai évolué, dans lequel j’ai mis tout mon coeur. On accompagne les élèves tout au long de la scolarité, dans leur démarche de vie, et au bout de six ans, tout s’arrête”, regrette-t-elle. Aucune perspective d’avenir, Morgane Chesnais devra se résoudre à “pointer au chômage”, à la rentrée prochaine. 

Morgane Chesnais est AED depuis 4 ans à St Brieuc.
Morgane Chesnais est AED depuis 4 ans à St Brieuc. © Juliett Vincent-Seignet / France Télévisions

 

La création du métier d'éducateur pour être mieux reconnu

Au fil des années, Morgane Chesnais, voit son métier évoluer. “Avant, on faisait de la surveillance, plus maintenant”. C’est la raison pour laquelle Morgane Chesnais et les autres AED réclament le statut d’éducateur scolaire pour leur métier. “On fait plus un travail d’éducateur que de la surveillance. On est les yeux des CPE, on est sur le terrain, on est là pour desseller si les enfants souffrent de troubles de l’alimentation ou s’ils ont des envies suicidaires. On est dans l’accompagnement des élèves au quotidien. En fait, on est le maillon central de l’établissement”. 

Morgane Chesnais est en charge de trois classes d’une trentaine d’élèves au lycée Ernest Renan à St Brieuc. Dans l’établissement, il y a 4 AED pour 1200 élèves. “On est trop peu pour gérer tout ça”. En cinq ans, elle a vu ses relations avec les élèves évoluer. “On nous demande de faire du flicage, on n’a plus de temps d’être dans l’accompagnement, ce qui est notre travail de base, on est débordés”. Pour elle, le gouvernement tire sur la corde.

 

Marion Garabedjan est AED à Loudéac (22) depuis quatre ans.
Marion Garabedjan est AED à Loudéac (22) depuis quatre ans. © Juliette Vincent-Seignet / France Télévisions

Marion Garabedjan, travaille au collège des Livaudières à Loudéac (22) depuis quatre ans. Les heures dans les couloirs, dans la cour de récréation… Elle ne les compte plus. Son métier d’assistante d’éducation (AED) l’oblige à être au collège 41 heures par semaine. Des journées bien remplies qui commence dès 7h du matin. Entre l’arrivée des cars d’élèves, gérer les entrées, les retards, surveiller les bagarres pendant la récréation… “C’est un poste qui demande beaucoup de vigilance”, confirme Marion Garabedjan. Un poste à plusieurs casquettes : “On est infirmière,  on est psychologue, on est policier depuis le Covid”.

Et n’allez surtout pas dire à Marion Garabedjian que son métier est “pour les étudiants”. “Non c’est impossible, on n’est plus du tout sur des profils étudiants. C’est inimaginable de cumuler des études avec notre poste”. Selon le collectif national des AED, ils seraient seulement 20% d’AED aujourd’hui à être étudiant. “On en a marre d’être des pions” : à ses yeux, son poste manque cruellement de reconnaissance. Si Marion Garabedjian est dans la rue, c’est donc pour se faire entendre. “On aimerait avoir le statut d’éducateur spécialisé, comme en Belgique, pour être enfin reconnu à juste titre”. 

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