"On est passé d’une fragilité à une précarité". On fait le point sur l'état des musiques actuelles

Les Transmusicales honorent leur promesse de découvertes malgré l'annulation de l'édition 2020, avec 12 concerts à suivre en direct. C'est l'occasion de faire le point des conséquences de cette crise de la Covid sur les musiques actuelles, avec Béatrice Macé et Julien Pion.
Le plateau des Trans Musicales avec Béatrice Macé et Julien Pion
Le plateau des Trans Musicales avec Béatrice Macé et Julien Pion © S.Grammont - France Télévisions
C'est devenu rare. La salle de l'UBU est pleine. Caméras, son, régie : des techniciens mettent en place les captations qui débuteront ce jeudi 3 décembre, pour être diffusées en direct ou dans les conditions du direct sur Culturebox et notre site internet. Rien à voir avec le bouillonnement habituel du festival, son public avide de découvertes. mais bon, il faut s'en contenter.
 
Cette programmation de 12 groupes, dont six régionaux, c'est déjà pas si mal. Car le secteur des musiques actuelles "ne vit pas avec la crise, il vit dans la crise" précise Béatrice Macé. La directrice financière des Trans Musicales est bien placée pour le savoir, étant présidente de la commission "festival" du nouveau Centre National de la Musique.
 

On est passé d'une fragilité à une précarité.

 Béatrice Macé


"Il y a une fragilisation depuis plusieurs années, et cette crise met en lumière, avec un projecteur de 1000 volts, des problèmes qui existaient déjà" explique-t-elle. La crise du disque, avec le rôle de la scène "qui constitue aujourd'hui 70% des ressources des artistes".

Mais aussi la hausse du coût des plateaux, avec la conséquence des attentats et les règles de sécurité; le "décret son" qui rend de plus en plus difficile la programmation de musique dans les bars. Avec cette crise, "on est passé d'une fragilité à une précarité" conclue-t-elle.

Retrouvez l'échange entre Béatrice Macé de l'ATM, Julien Pion de Supermab et Eric Pinault sur la problématique des Musiques Actuelles.

Des professionnels isolés

Un constat que partage Julien Pion, coordinateur du tout nouvel espace de coopération pour les musiques actuelles en Bretagne. Une structure dont les statuts ont été votés en visio en juillet dernier, et qui prend toute sa place dans la crise sanitaire actuelle, "car finalement les acteurs des musiques actuelles se connaissent assez peu entre eux, même sur un même territoire".

S'il y a des syndicats, qui d'habitudent relaient les informations, "on s’est rendu compte qu’il y avait un isolement plus en plus fort chez les artistes et les techniciens" constate Julien Pion. "Les subventions ont été annoncées et versées" précise Béatrice Macé, ce qui a permis à l'association qui gère les Trans Musicales d'aller au bout des accompagnements artistiques, et de ne pas avoir recours au chômage partiel.

"Nous sommes en fragilité, mais pas en danger" résume-t-elle. Mais "les structures les moins subventionnées sont les structures les plus touchées" ajoute Julien Pion, "il y a les artistes, bien sûr, mais aussi les prestataires habituels, les disquaires, les cafés-concerts et les producteurs."
 

Il faut également penser aux festivals qui ne se font pas, aux labels qui ne se montent pas.

 Julien Pion

Le monde de la culture, c'est 2,3% du PIB en chiffre d'affaire. L'annulation des festivals, c'est 1,5 milliards d'euros de pertes. Les musiques actuelles sont une part importante de cet impact économique, "de plus en plus analysé par les élus" s'accordent béatrice Macé et Julien Pion. Mais "il faut aussi relativiser cela, en évaluant l’utilité sociale, l’impact sur un territoire" pour mesurer l'impact de l'annulation d'un festival.

"Il faut également penser aux festivals qui ne se font pas, aux labels qui ne se montent pas" ajoute Julien Pion, "car des grands festivals comme les Trans ou Art Rock ont commencé dans une énergie associative".

Une énergie necessaire qu'apporte le public également. "Dans spectacle vivant, c'est le mot vivant qui m'importe" souligne Béatrice Macé, évoquant les pratiques de concerts en streaming. "Quand on n'a pas le choix, on s'adapte" acquiesce Julien Pion, "avec les réseaux sociaux, le streaming, certains le font très bien".

Mais cela peut aller au-delà, "d'autres essaient d'inventer de nouveaux systèmes" poursuit-il, "à Saint-Brieuc, il y a des artistes qui vont faire des concerts dans les vitrines, c’est une idée. D’autres se recentrent sur leur projet écologique, sur leur utilité sociale."

 
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