"On est saturé, fatigué, ça devient ingérable". Test PCR, le cri du coeur d'un directeur de laboratoire

Pierre* est biologiste à Rennes. Son laboratoire fait des prélèvements et les analyses de tests PCR, ainsi que les analyses plus courantes. Son équipe est à bout, lui est également épuisé. Le problème est qu'il "n'en voit pas le bout". Témoignage.

Le personnel de laboratoire d'analyses médicales est en situation de grande fatigue en cette période de crise sanitaire
Le personnel de laboratoire d'analyses médicales est en situation de grande fatigue en cette période de crise sanitaire © Nicolas Parent - MaxPPP
Pierre* est un biologiste expérimenté. La crise sanitaire du Covid-19, lui fait perdre le sens de son métier. Fatigue physique, nerveuse, Pierre revient sur l'autre réalité des tests PCR, celle des professionnels en laboratoire.

"Faire des prélèvements, c'est lourd. J'enfile un vrai scaphandre : charlotte, lunettes, surblouse, surchaussures, deux paires de gants. L'équipement est nécessaire et contraignant. Nous bloquons des créneaux pour faire exclusivement des tests PCR, car je ne peux pas régulièrement me changer et jeter de l'équipement qui commence à manquer".


La montée en puissance du nombre de tests PCR


Depuis le mois de juillet, une montée en puissance des tests s'est fait sentir.

En juin, nous faisions 7-8 tests par jour, aujourd'hui j'en fais 60. Nous ne pouvons pas en faire plus, la machine PCR qui rend les résultats est saturée. Même en ouvrant des créneaux supplémentaires de prélèvements, nous ne pourrions faire tester plus échantillons.

Pierre, directeur d'un laboratoire d'analyses médicales


"Les secrétaires et infirmières qui enregistrent les dossiers sont débordées. Elles font deux à trois heures supplémentaires chaque jour. Il faut 4 à 5 minutes pour rentrer un dossier. Le questionnaire est disponible sur internet mais personne ne l'imprime ou ne le remplit correctement. La liste de questions est énorme et toutes les cases doivent être complétées"


Les prioritaires aux tests PCR : "ça a été n'importe quoi" 

 

Mi-août, 90 % des gens étaient prioritaires, c'était n'importe quoi.

Pierre, directeur d'un laboratoire d'analyses médicales


Actuellement sur Rennes, "il faut attendre 5 jours pour se faire tester et le résultat tombe officiellement en 72h, mais c'est plûtot 96h" confie Pierre. Pour ce professionnel, "il faut que cela change".

Face à ces temps de dépistage qui s'allongent, Olivier Véran, le ministre de la santé, souhaite prioriser les dépistages et que désormais, chaque personne avec des symptômes, ou cas contact puisse se faire tester rapidement.  
 
Pour Pierre, comme pour son équipe, l'annonce du ministre n'est pas celle qui était espérée. "Mettre tous les cas contacts prioritaires, cela n'a pas de sens. Nous espérions que le ministre annonce que seuls les patients avec une prescription d'un médecin soient prioritaires".

Pour le biologiste et son équipe, "l'idée de mettre en place des priorités est bonne en théorie, mais la mise en pratique est quasi-impossible."

Toutes les lignes téléphoniques saturées


"Avoir l'impression d'avoir des symptômes ou être cas contact, cela met tous les patients dans la case des prioritaires et cela engendre de la désorganisation. Vu que l'attente est longue, 5 jours en général, les patients téléphonent à tous les labos, prennent des rendez-vous partout et n'annulent pas ceux auxquels ils ne vont pas. Et puis les symptômes il y en a tellement..." soupire Pierre.
 
Pour son équipe, la pression est forte. "C'est trop. Les gens deviennent agressifs, ils disent tous qu'ils ont des symptômes, qu'ils doivent être prioritaires. Les médecins, les infirmières qui veulent nous envoyer des patients pour d'autres maladies ne peuvent pas nous avoir en ligne, nos lignes téléphoniques sont totalement saturées. Mon équipe est fatiguée, épuisée."
 

Un besoin d'homogénéiser des pratiques


Pour Pierre, les prélèvements ne sont pas tous réalisés de la même manière. Les tests PCR sont des prélèvements naso-pharyngés. Le naso-pharynx ce n'est pas le nez, il est situé derrière, cela nécessite un prélèvement à 10 cm de profondeur. 
 

Le virus, il faut aller le chercher. Il est souvent en profondeur. Ce n'est pas juste gratter le nez.

Pierre, directeur d'un laboratoire


Subir un prélèvement est désagréable. Les réactions sont souvent les mêmes, un sentiment de :


Des investissements lourds pour les labos


Pour le grand public, faire le test paraît souvent comme quelque-chose de gratuit. Ce n'est pas le cas. "Chaque test coûte entre 70 et 80 euros". Cette somme est reversée aux labos par la Sécurité Sociale. Une entrée d'argent, certes mais à quel prix ?

Les machines pour analyser les prélèvements sont des investissements lourds et cela est sans compter le coût humain pour la mise en service et la maintenance. Patients ou personnels médicaux, la Covid use les hommes.
 


La douleur pour les équipes


Les automates que possèdent les labos peuvent faire des centaines de tests chaque jour. Vu le peu de temps que prend un prélèvement, l'envie d'augmenter le volume de prélèvement peut en attirer certains. Le point bloquant est la sollicitation que cela demande aux équipes des laboratoires pour remplir les questionnaires obligatoires.

Au laboratoire de Pierre, la réaction a été unanime à la question de l'achat d'une nouvelle machine pour obtenir les analyses des prélèvements, la réponse a été : NON.

Trop sollicitées, les équipes pensent à l'avenir sans envisager de rester dans le milieu, autant des nouveaux que des plus anciens dans la profession.
 

Si cela continue, j'arrête. C'est une cadence infernale, répétitive, épuisante. Le prélèvement est également très désagréable pour les patients, c'est parfois vécu comme vraiment douloureux.

Pierre, directeur de laboratoire

 

"On va passer un hiver compliqué"


Pierre est comme tout le monde, un peu perdu face à la maladie et à l'ampleur que cela prend.

"On teste trop d'enfants. Les petits de moins de 6 ans sont le plus souvent non-vecteur de la maladie. Et beaucoup refusent les vaccins contre la grippe, alors que les symptômes sont les mêmes. Les jeunes ne se protègent pas assez, car pour eux, c'est souvent une grosse grippe. Mais pour les personnes fragiles, c'est bien plus".
 
"La meilleure solution c'est vraiment le masque et les gestes barrières. Je le redis tous les jours, le masque c'est le geste essentiel" conclut Pierre.


*: Prénom d'emprunt pour des raisons de discrétion professionelle 
 
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