• FAITS DIVERS
  • SOCIÉTÉ
  • ECONOMIE
  • POLITIQUE
  • CULTURE
  • SPORT

Lignes géométriques en façade, lumière et volume à l’intérieur. Les 10 000 logements construits à Rennes par Georges Maillols associent esthétique et qualité de vie des habitants. 

Attentif à l’air du temps, l’architecte a traversé le XXème siècle avec une curiosité incessante pour le monde moderne. Son empreinte est partout dans la capitale bretonne.

Diplômé des Beaux-arts, le jeune architecte parisien s’installe à Rennes en 1947 où il reprend l’agence Couasnon. Après des débuts modestes, il participe activement à la rénovation de la ville qui souffre alors d’une grave pénurie de logements.

On lui confie les enquêtes des îlots insalubres, c’est ainsi qu’il bâtit les immeubles et commerces de la rue Jules Simon au cœur de Rennes. En parallèle, il participe à la conception de cités d’urgence. Sa rencontre avec le nouveau maire Henri Fréville à l’automne 53 sera décisive pour la suite de sa carrière. 

Visite guidée.

14, Quai Richemont : vers une modernité austère et lumineuse


En bord de Vilaine, s’étend une parcelle dont personne ne veut. Le terrain arboré jugé trop marécageux n’intéresse personne. Georges Maillols l’acquiert en 1950 pour y élever l’immeuble le plus haut de la ville.

Grâce à des fondations profondes et à un système de pieux breveté, le bâtiment de 11 étages culmine à 37 m 50 de hauteur.

À première vue extrêmement sévère, l’édifice révèle de vastes espaces à vivre d’une luminosité rare.

"C’est un immeuble très dessiné, très maîtrisé » souligne Daniel Le Couedic, historien de l’art, « c’est même assez confondant pour un jeune architecte qui n’avait pas encore véritablement de réputation, là il opte vraiment pour le mouvement moderne".

Plan modulable, quadruple exposition, confortables balcons au sud, parking souterrain éclairé naturellement par un bassin à poissons rouges.

Ces partis-pris tranchent radicalement avec ce qui se fait habituellement dans une ville comme Rennes en 1952.

Avec cet immeuble "manifeste", Georges Maillols inscrit sa singularité au cœur de la ville. Et ce n’est qu’un début.


 

La barre Saint-Just - Architecte Georges Maillols / © Catherine Bazille
La barre Saint-Just - Architecte Georges Maillols / © Catherine Bazille

 

La barre St Just : l’intelligence d’un tandem inventif


Un homme en particulier va compter dans la carrière de l’architecte. Albert Lamotte. Ce promoteur ambitieux et clairvoyant trouve en Georges Maillols cet esprit innovant qui lui correspond. Ensemble, ils vont imaginer la Barre Saint-Just, vaisseau futuriste posé au beau milieu d’hôtels particuliers. 

Le programme figure toujours en 2018 sur les plaquettes publicitaires du promoteur en gage de qualité.

mécanique et beau à la fois


À l’intention de résidents urbains aisés, la Barre Saint-Just se veut un immeuble haut de gamme au confort irréprochable. Surfaces généreuses, baies vitrées, balcons filants pour tous, terrasses spacieuses arborées pour les plus chanceux. C’est surtout sa silhouette pyramidale qui attire le regard. En 1969 comme aujourd’hui.

"Ce plan en croix, ces retraits par rapport à la rue, ce n’était pas la peine d’essayer de lui faire dire quelque chose là-dessus, il disait que ça marchait mieux comme ça, tout le monde avait ainsi plus de lumière" raconte son ami David Cras. "Georges a toujours été attentif à ce qui est mécanique et beau à la fois. C’est le propre du design d’objet. Un mélange de pragmatisme et d’esthétique."

Baptisé le paquebot, l’édifice a suscité autant la polémique que l’enthousiasme. Son allure insolite qui annonçait le Rennes du XXIème siècle s’est fondue dans le paysage. Sans prendre une ride.

 

Vue depuis Les Horizons - Architecte Georges Maillols / © Catherine Bazille
Vue depuis Les Horizons - Architecte Georges Maillols / © Catherine Bazille

 

Les Horizons : un signal des temps nouveaux


C’est l’un des tout premiers gratte-ciels d’habitation en France en 1970. Les Horizons qui culminent à 99,5 m se détachent aujourd’hui encore dans le ciel de Rennes. C’est le monument le plus photographié de la ville en ce début de XXIème siècle.

George Maillols se serait inspiré des tours jumelles de Marina City en forme d’épi de maïs bâties à Chicago entre 1959 et 1964. "Il en admire l’expression sculpturale et sensuelle du béton."

L’architecte travaille dans la capitale bretonne mais file chaque week-end à Paris. A son retour,  il convoque dans son bureau le responsable du bureau d’études de la Rennaise de préfabrication. Yves Laouenan doit trouver des solutions techniques aux questions de l’architecte.

"Il avait des idées tellement originales, tellement surprenantes. Il ne fallait pas rester muet, surtout pas. Il était très exigeant. Il n’admettait pas que je m’en aille sans avoir résolu un problème" raconte l’ingénieur.

C’est ainsi qu’ils inventent cette ellipse répétée à des centaines d’exemplaires qui donnera aux Horizons cette silhouette unique. Les tours siamoises sont habillées de pied en cap de ces panneaux de béton préfabriqué mélange de ciment blanc et de quartz. Le procédé industriel permet de réduire les coûts de construction et d’inventer des formes plus souples.

 

L’esthétique de la répétition


720 fenêtres en forme de téléviseurs géants offrent ainsi des cadrages inédits sur la ville. Les courbes des balcons atténuent l’effet de vertige. L’audace de la construction suscite l’intérêt des élus politiques de l’époque qui y voient un étendard de la modernité à Rennes. 

Les Horizons vue d'ensemble - Architecte Georges Maillols / © Catherine Bazille
Les Horizons vue d'ensemble - Architecte Georges Maillols / © Catherine Bazille

Le projet prévoit au départ un restaurant panoramique, des bureaux, un hôtel. Finalement 480 appartements de 2 pièces se répartissent sur 30 étages. Un parking cylindrique, silo semi-enterré, accueille 440 voitures. Tous les logements avec vue bénéficient d’une lumière maximum.

L’immeuble visible de très loin marque l’entrée de la ville et conclut le paysage du quartier de Bourg l’Evêque où Georges Maillols a bâti nombre d’édifices singuliers.

Les maisons Tournesol : un concept « élastique »


Au milieu des années 70, les grands ensembles ne font plus rêver. L’Etat se désengage du financement du logement. Politiques et promoteurs espèrent convaincre les français de s’endetter sur 20 ans pour acheter une maison individuelle.

Georges Maillols se lance dans cette nouvelle aventure. "Il se met à dessiner des arabesques, des figures de patineur, ça tourne, ça s’enroule" raconte David Cras.

Des lotissements en forme d’escargot géant où chaque famille garde son intimité en dépit d’un nombre important de maisons. Chaque modèle prévoit des espaces d’extensions possibles.

a paraît toujours plus grand que la vraie surface, c’est vraiment une qualité chez lui" Encore une fois, les volumes, la lumière, les jardins sont privilégiés. Seule la petite cuisine sans fenêtre a pris un sacré coup de vieux…  Les nouvelles générations qui investissent les lieux améliorent ce côté désuet.

Si les habitants se sentent bien dans ces maisons, l’architecte va devoir répondre d’un enduit de façade jugé "inapte" par les tribunaux. Un épisode qui assombrira sa fin de carrière et montre la fragilité d’une profession souvent sur le fil. Malgré un travail incessant.

À 85 ans, Georges Maillols dépose un dernier permis de construire, la veille de sa mort. Il s’éteint en 1998 en toute discrétion. En laissant un patrimoine d’une rare originalité.

Pour aller plus loin :

Georges Maillols architecte – Jean-Yves Andrieux – Simon Letondu
Edité aux  Presses universitaires de Rennes