Depuis le mois d'avril 2016 et jusqu'en mai 2017, des échafaudages masquent la façade de l'immeuble Poirier à Rennes. Les décors de mosaïques, datant de la fin des années 20 et signés Odorico nécessitaient une vaste restauration. C'est l'atelier de Michel Patrizio, à Marseille qui a la charge de ce chantier. Une famille de mosaïstes, les Patrizio, originaire du même village en Italie que les Odorico…

"La mosaïque, peinture de l'éternité"

La façade décline les gris, bleu ou violet, les ors ou argents de Venise... toute une palette de petits morceaux de mosaïques selon des formes géométriques dans l'esprit Art Déco. L'immeuble Poirier à Rennes, à l’angle de l’avenue Janvier et de la rue Duhamel, recouvre peu à peu ses couleurs originelles. Ce décor créé par Isidore Odorico à la fin des années 1920, est en pleine restauration, un vaste chantier entamé au mois d’avril 2016, et qui devrait s’achever en mai 2017.

La façade de l'immeuble Poirier à Rennes

Odorico, c'est un style, c'est le style Art Déco. C'est en partie grâce à lui que ce style est né en France. Il a largement contribué à le répandre, il avait l'avantage d'avoir une entreprise assez importante et il a oeuvré dans toute la Bretagne et tout l'ouest de la France.

Michel Patrizio, mosaïste

Un chantier pour stopper l'œuvre du temps

En grimpant dans les échafaudages, outre les maçons, ou les couvreurs, on peut y croiser Julian ou Marie-Laure. Ces deux mosaïstes travaillent avec Michel Patrizio, artisan marseillais chargé de la restauration. Ils remettent en valeur selon les techniques de l'époque.

Ils remplacent les tesselles et reconstituent les décors abîmés en utilisant la méthode indirecte ou inversée. C'est-à-dire que les petits morceaux de mosaïques sont collés à l'envers sur un papier, avant d'être posées.

Magazine de 6 minutes : Odorico et Patrizio, familles de mosaïstes

Odorico et Patrizio, familles de mosaïstes
De Rennes et la restauration des décors de mosaïques Odorico de l'immeuble Poirier... à Marseille, la ville du restaurateur Michel Patrizio. La mosaïque, histoires de familles. Un magazine de Krystel Veillard, Anthony Masteau, Jean-François Lehuger, Hélène Notat et Martial Le Carrour.

C'était une période où ils aimaient bien encore le décor. Maintenant il y en a beaucoup moins dans l'architecture. Ça créé une identité forte je trouve pour un bâtiment et après on a envie de le conserver, de le préserver et ça fait du bien à l'oeil


Marie-Laure Besson, mosaïste

Le travail de la restauration des mosaïques

 

L’empreinte Odorico dans tout l’Ouest de la France

Même si en levant les yeux, au détour d’une rue à Rennes, il n’est pas rare de découvrir des mosaïques Odorico, l’immeuble Poirier, du nom de son architecte, constitue un patrimoine exceptionnel à cette échelle. En 2014, il a donc bénéficié d’une inscription au titre des monuments historiques.

Durant un siècle, de 1882 à 1978, la famille Odorico a, largement marqué de son empreinte l'Ouest de la France et la ville de Rennes en particulier, où elle s'était installée. La piscine Saint-Georges, les Halles centrales, la crèche Papu, des sols de boutiques, et de nombreux décors sur les façades de maisons et d’autres beaucoup plus méconnus, voire même encore à découvrir dans les intérieurs…

Des œuvres Odorico dans Rennes

 

Odorico, une famille de mosaïstes

Les Odorico, deux frères avec leur famille, sont arrivés à Rennes en 1882. Une famille de mosaïstes, originaire d’Italie. Mais c’est la génération suivante, celle du fils Isidore, diplômé des Beaux-Arts, qui donnera un véritable essor à l’entreprise, en développant le style Art déco. Les mosaïques Odorico sont à la mode et l’entreprise se développe, comptant jusqu’à une centaine d’employés, avec même des succursales à Angers, Dinard et Nantes. Isidore décèdera en 1945, mais sa veuve poursuivra l’activité jusqu’en 1978.

Sequals, le village d’origine

Cette restauration de façade Odorico représente quelque chose d'assez affectif pour Michel Patrizio, dont la famille de mosaïstes avait elle, choisi la Cité Phocéenne, pour poser ses valises.

Ses parents sont en effet originaires du même village en Italie que les Odorico. Ce village, Sequals, dans la région du Frioul a donné naissance depuis le 18è siècle, à de nombreux mosaïstes, qui se sont dispersés dans le monde entier, à la suite de Gian Domenico Facchina, maître dans cet art. Auteur des décors de l'opéra Garnier à Paris, Facchina a mis au point la technique inversée pour ce chantier colossal et fait venir des mosaïstes de son village. Une école de mosaïstes, l’une des meilleures au monde et toujours existante, y a d’ailleurs vu le jour.

© Anthony Masteau - France 3 Bretagne
© Anthony Masteau - France 3 Bretagne

 

Les Patrizio, mosaïstes à Marseille

Les Patrizio, eux n'ont cessé d'exercer leur artisanat, de création ou de restauration, à Lourdes, à Paris, à Lyon mais surtout dans leur ville, Marseille. L’opéra de la ville, les Halles Delacroix, le Palais des Arts, la majorité des églises, la basilique Notre Dame de la Garde en particulier, conservent la mémoire de plusieurs générations de Patrizio, à l'origine du sol de la sacristie, ou du lustre retrouvé des chapelles, abside, des voutes et des coupoles...

Aujourd'hui Marjorie et Céline, deux des filles de Michel ont repris la marteline et la pince. La transmission est assurée, pour porter plus loin cet art, que la famille a déjà hissé très haut…

Michel Patrizio a restauré les mosaïques de la basilique Notre Dame de la Garde de 2006 à 2008