PSA la Janais : tout comprendre de la fusion entre PSA et FIAT (CFA)

Publié le Mis à jour le
Écrit par Marc-André Mouchère
PSA Rennes produisait 150 000 véhicules en 2019 : des Citroën C5 Aircross et des Peugeot 5008
PSA Rennes produisait 150 000 véhicules en 2019 : des Citroën C5 Aircross et des Peugeot 5008 © Marc-André Mouchère /France 3 Bretagne

La fusion de PSA (Peugeot société anonyme) et de FCA (Fiat Chrysler Automobiles) donne naissance au groupe Stellantis, mariant des marques renommées en Europe et outre-Atlantique. Dans cette constellation de sites automobiles, les salariés de l'usine PSA de Rennes s'interrogent sur leurs emplois.

La fusion sera effective le samedi 16 janvier, ont indiqué dans un communiqué ce lundi 4 janvier, les groupes français et italo-américain. "À la suite de l'approbation des actionnaires ce jour et de l'obtention des dernières autorisations réglementaires au cours du mois dernier".
 

Carnet de commande en panne, syndicats en warning

La fusion doit répondre à un double défi : financer les véhicules propres de demain et faire face à la baisse des commandes dans le contexte sanitaire actuel, car en 2020, les immatriculations ont chuté de 25% en France.

Pour remonter la pente, les deux groupes espèrent réaliser 5 milliards d’euros d’économies par an sur des stratégies communes de logistique, de recherches, de services ou encore de pièces détachées.
 

À Rennes, PSA la Janais négocie un long virage

« Il n’y avait pas trop le choix, il fallait trouver un partenaire pour faire des économies d’échelle. » explique Laurent Valy de la CFDT, alors que la fin de la Citroën C5 Aircross est programmée pour 2024, il craint pour les emplois sur le site de Rennes.

Les économies d’échelle c’est aussi ce qui inquiète, Mickael Gallais, de la CGT: « je n’ai jamais entendu parler d’une seule fusion qui ne se soit pas traduite par des restructurations

Le site de Rennes-La-Janais a compté jusqu’à 14000 salariés et ils ne sont plus aujourd’hui que 1600. Mais la direction a affirmé qu’aucune fermeture d’usine n’était envisagée.

« En Europe, il n’existe que 3 usines à construire des SUV, dont Rennes », souligne Nadine Cormier de Force Ouvrière. « On est bien placé en compétitivité et en productivité et pendant les difficultés sanitaires, on a montré qu’on était prêt à tout, à faire des heures et des samedis pour la boite.»

Seuls les plus agiles, dans un esprit darwinien, survivront

Carlos Tavares

Pour Christine Virassamy, déléguée Syndicale Centrale Cfdt, « cette fusion était une nécessité dans le contexte mondiale de concurrence actuelle, mais cette fusion doit être une opportunité d’accroître les volumes de production des sites français comme PSA La Janais. Nos sites ont déjà bien progressé en termes de productivité avec les différents accords de compétitivité et de performance conclus ces dernières années [en 2013 et en 2016 – Ndlr-]. La direction affirme qu’il n’y aura aucune fermeture de site. Mais pour la Cfdt ce n’est pas une garantie suffisante : nous attendons des engagements sur le volume d’activité des sites français et nous ne nous contenterons pas du maintien des usines, il faut aussi y ajouter le maintien des centres R&D [Recherche et développement]. Là-dessus nous serons intransigeants.»

Sur la construction de nouveaux véhicules, Christine Virassamy est pour l’instant dans l’expectative. Or les syndicats sont assez inquiets de n’avoir obtenu l’an dernier aucune perspective sur 3 ans. La direction ne voulait pas, cette fois, s’engager au-delà de 2021 en raison de la crise du Covid. Cette réticence les a mis en alerte car leur propre cabinet d’expertise (Syndex) a établi des projections à la baisse pour les sites français au profit de ceux des pays de l’Est ou du Maroc.

D’autre part PSA dispose de trois centres de recherche et développement en France: à Sochaux, à Vélizy et à Carrières-sous-Poissy. Ce dernier tout récent, est dédié à la transition énergétique et à l'électrification. Mais avec cette fusion PSA-FCA, il existe beaucoup d’autres centres R&D dans le groupe : en Allemagne, en Italie, au Brésil, en Argentine, en Inde, en Chine et plus récemment un au Maroc. La déléguée Cfdt s’inquiète de savoir qui l’emportera dans le partage des domaines de compétences, d’autant que l’engagement de PSA sur le niveau d’emploi dans le cadre de l’accord de compétitivité et de performance de 2016, était fixé à 10 000 emplois et qu’on n’en compte déjà plus que 8500 en 2020.


Déshabiller PSA pour habiller FCA ?

Du côté industriel, les quelques 8 millions de véhicules que produira Stellantis devront se répartir sur 49 entités de production centrées sur l’Europe. Or les niveaux d’utilisation des sites italiens sont aux alentours de 45% : des performances très faibles comparées à celles des sites français largement au-dessus des 100% (en 3 ou 4 équipes). Faute de croissance des volumes de production, il faudrait transférer des volumes d’activité du groupe chez Fiat.

Selon la Cfdt, les faiblesses de la partie italienne sur les avancées technologiques (propulsion propre, électrification...) n’ont pas empêché la fusion qui se fait plus au profit de la survie du groupe que des sites de production. Ce qui a séduit les actionnaires, ce sont les 5 milliards annuels d’économie et l’implantation de FCA sur le marché américain. Pour les syndicats le risque pèse maintenant sur le volet social.

« On sait que le gouvernement italien a prêté de l’argent à FCA et qu’il n’acceptera pas des coupes franches en Italie, relate Christine Virassamy. Côté français, PSA a aussi bénéficié d’aides à travers le CICE, les baisses d’impôts de production, les plans de relance et l’activité partielle, même si le regain de santé de PSA lui a permis d’éviter de contracter des prêts garantis par l’État (PGE). Cette fusion ne doit pas dédouaner PSA de ses engagements. C’est quand même l’argent des contribuables de l’État, de la région Bretagne et des collectivités. Alors pour nous, l’État et PSA ont un devoir de veiller au maintien des emplois et à l’accroissement des volumes d’activité tant en production qu’en R&D. Les salariés de tous les sites PSA ont participé à la baisse des coûts, au compactage, à la réduction d’empreinte immobilière et à la baisse de la masse salariale à travers des plans de départs volontaires... mais on ne pourra pas leur demander de poursuivre sans gestion équitable.»
 

Emploi et production à la baisse

Depuis 2007 date du premier plan de départ volontaire, PSA a perdu environ 30.000 emplois et des volumes d’activité sont partis dans les pays de l’Est et au Maroc. D’ailleurs cette baisse de production du nombre de véhicules, se mesure dans les chiffres:

  • Sochaux avec  400 000 véhicules /an est quasi stable
  • Mulhouse avec 300 000 véhicules est en légère baisse
  • Rennes 150 000 : en baisse
  • Poissy 100 000 : en baisse.

Selon Christine Virassamy, Rennes et Poissy sont donc les grands perdants des derniers épisodes: « Rennes s’est vue démettre de volumes de production de la 5008 au profit de Sochaux qui elle-même a délesté certaines de ses productions sur l’usine d’Opel à Eisenach en Allemagne.» Des tours de passe-passe qui ne rassurent pas les salariés de Rennes sur l’avenir.
 

Stellantis : le nom d’un groupe pour une constellation de marques

Stellantis ne remplacera pas les marques sur les capots des voitures mais se substituera à PSA et FCA. Le nouveau nom latin du groupe, Stellantis, signifie : parsemé d’étoiles… les salariés voudraient croire à un avenir brillant mais beaucoup sont inquiets.

Le président du directoire de PSA, Carlos Tavares, avait affirmé fin 2019 qu'il ne voyait "pas de nécessité de supprimer des marques" parmi les 14 que va compter le groupe Stellantis.

FCA apporte à Stellantis de fameuses italiennes: Abarth, Alfa Romeo, Fiat, Lancia, Maserati, et les américaines: Chrysler, Jeep, Dodge et Ram.

PSA amène de son côté les françaises Peugeot, Citroën et DS, ainsi que l'allemande Opel et la britannique Vauxhall, rachetées en 2017 à General Motors.
 

Stellantis : ce qu'il faut savoir sur le futur groupe automobile mondial

Le nouveau groupe Stellantis devient le quatrième groupe mondial en volume avec huit millions de véhicules livrés dans le monde au total en 2019, avant la crise sanitaire qui a affecté les marchés.

  • Le groupe PSA a vendu 3,5 millions de véhicules en 2019 dont 3 millions en Europe, où il est le deuxième constructeur derrière Volkswagen, et a bien résisté en 2020 à la crise du Covid-19.
     
  • FCA de son côté, a écoulé 4,41 millions de véhicules en 2019. Victime au premier semestre 2020 de l'effondrement du marché, le groupe italo-américain a renoué avec les bénéfices au troisième trimestre, avec un résultat meilleur que celui attendu.

400.000 salariés à travers le monde

  • FCA affiche une centaine de sites industriels dans le monde, dont 22 en Europe (Turquie, Italie et Pologne notamment), et 26 en Amérique du Nord, autour de Detroit et au Mexique. Le groupe comptait 192.000 salariés fin 2019.
  • PSA est présent sur une soixantaine de sites dans le monde, avec 209.000 salariés, en France et en Allemagne notamment, mais aussi en Chine, au Maroc et en Amérique latine.

 

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