Rennes. Pour Philippe Astruc, le métier de procureur de la République n'était pas une vocation

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Écrit par Sylvaine Salliou
Conférence de presse du procureur Philippe Astruc, suite à la disparition de Magali Blandin en mars 2021
Conférence de presse du procureur Philippe Astruc, suite à la disparition de Magali Blandin en mars 2021 © JOEL LE GALL / MAXPPP

Selon une enquête CSA parue en septembre dernier, 51% de la population affirme mal connaître le fonctionnement du système judiciaire français. Exemple le procureur de la République ? Savez-vous à quoi il sert ? A Rennes, il s'appelle Philippe Astruc. Natif du Lot il est en poste dans la capitale bretonne, depuis près de 3 ans.

Vous le connaissez certainement, vous le voyez parfois à la télévision sur des grosses affaires judiciaires. C'est lui qui suit par exemple, le dossier de Steve Maia Caniço, ce jeune décédé un soir de fête de la musique à Nantes en juin 2019. C'est aussi lui, qui communique sur les suites de la rave party de Redon, qui a eu lieu en juin 2021. 

C'est le chef du parquet, le magistrat qui représente le ministère public devant les tribunaux, celui qui déclenche les poursuites.

Procureur par hasard

Philippe Astruc, passé par d’autres parquets avant celui de Rennes, par deux directions d’école et par le cabinet d’une ministre, Christiane Taubira, est devenu procureur par hasard. Plus jeune, il voulait être préfet : "Pendant des années je voulais devenir préfet, parce que je voulais m’intéresser à la chose publique et travailler dans la sphère publique... Finalement je me suis intéressé à ce concours de la magistrature."

Et c’est donc au sein des tribunaux et au carrefour des politiques de l’État qu’il a trouvé sa vocation.  

70 personnes au Parquet de Rennes, dont 21 magistrats

Le jour où il nous reçoit au Parquet, sa journée commence par une réunion d'action publique. Quelques minutes avec son équipe, pour savoir ce qu'il s'est passé dans le week-end ou la nuit. Elle permet parfois de prendre une décision collective.

Le procureur explique en effet que certaines affaires sont délicates : "Notre travail au parquet est de diriger les enquêtes, une fois que l’enquête est finie il faut prendre une décision. Est-ce qu’on classe le dossier, est-ce qu’on l'envoie devant le tribunal, est-ce qu’on ouvre une information judiciaire auprès d’un juge d’instruction, ça c’est notre travail et parfois on hésite. Quand on voit un dossier compliqué, la discussion va se nouer autour de la table et on prendra ensuite la meilleure décision. C’est toujours le procureur qui tranche au final. Mais souvent on arrive à un consensus."

Ce matin-là, ce sont plutôt des affaires courantes : des cris et un coup de feu entendus en forêt de Fougères, un adolescent fugueur ou un exhibitionniste interpellé...

Le Procureur se tiendra informé toute la journée, des affaires en cours, notamment dans la salle de permanence où arrivent les coups de téléphone des commissariats, des gendarmerie. Deux magistrats et un greffier se relaient.

Au 4e étage de la Cité judiciaire où est installé le Parquet, 70 personnes, dont 21 magistrats travaillent.

40 à 50 000 procédures arrivent au Parquet chaque année. Toutes graves, parmi lesquelles beaucoup de faits de violences faites aux femmes, 1800 affaires ont été traitées en 2021, trois fois plus qu’en 2017. 

Un espace de déferrement

Dans l’espace de déferrement, il n'y a personne pour le moment. Mais dans la pièce d'à côté, un homme encadré de deux gendarmes attend. Il a rencontré son avocat dans cet espace de déferrement, une sorte de geôle et sera présenté au procureur de la République dans quelques instants.  

Dans ces cellules sont passés des mis en cause, dont les affaires ont parfois fait grand bruit. Certaines ont profondément marqué le procureur. 

C’est le cas de celle de l’abbé Cottard. Philippe Astruc était alors en poste à Guingamp. En juillet 98, il débutait sa carrière de procureur quand il a été appelé pour ce naufrage au large de Perros-Guirec. Quatre scouts et un plaisancier sont morts. Le procureur en garde "le souvenir indélébile des corps des enfants entassés, c’est inscrit dans ma rétine" . 

Parfois, la tâche est rude, les affaires difficiles, alors Philippe Astruc prend le large. Pas loin. Il tourne simplement la tête à droite de son bureau, vers un tableau de Corto Maltese qui trône sur un mur. "Ce tableau m'accompagne depuis 27 ans, dit-il. C’est important pour moi. J’aime beaucoup ce personnage, il a un rapport au monde, aux femmes, à la vie qui me parle (...) quand j’ai besoin de m’évader, je regarde trois quarts gauche et je pars avec Corto sur les mers salées. Et pendant dix minutes un quart d’heure, ça me fait du bien. "  

Les comparutions immédiates

Il passe beaucoup de temps dans son bureau. Quand il n'y est pas, il est sur le terrain ou en audience. Ce jour-là, c'est lui qui assiste à l'audience. Une comparution immédiate. Un homme est mis en cause pour avoir maltraité l’enfant de sa compagne. Après un peu plus d’une heure d’audience, le procureur va requérir 3 ans d’emprisonnement contre lui. Le tribunal le condamnera à 3 ans et demi, dont 12 mois avec sursis. 

Une justice rapide, grâce aux comparutions immédiates. C’est rare. L'État est régulièrement condamné pour des délais jugés déraisonnables. Pour Philippe Astruc, la justice doit être modernisée. Il attend beaucoup des États généraux de la Justice qui sont en cours. 

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