Rentrée scolaire. Quel est le rôle de ces assistants d'éducation, alias les pions ?

Des assistants d'éducation autrefois appelés "pions" dans les collèges et les lycées manquent à l'appel pour cette rentrée 2021. Un métier peu connu au statut précaire, pourtant indispensable au bon fonctionnement des établissements scolaires et au bien-être des collégiens et des lycéens.

Cette année, le ministère de l'Éducation nationale a annoncé le recrutement de 700 postes équivalents temps plein d'assistants d'éducation supplémentaires pour gérer les à-côtés de la vaccination. Problème, dans certaines villes et certaines zones rurales, ces assistants d'éducation manquent à l'appel.

Pourtant leur présence au sein des collèges et des lycées est nécessaire au bon fonctionnement de ces établissements. Quels sont exactement les missions de ces professionnels au statut précaire ? Pour le savoir, nous nous sommes rendus au lycée Jean Jaurès à Rennes. Un lycée professionnel qui accueille 500 élèves âgés de 14 à 20 ans. 


Surtout du lien social 

Les "AED" comme on les appelle dans les collèges et lycées, sont chargés de surveiller et d'accompagner les élèves sous l'autorité pratique du conseiller principal d'éducation.

Quand on appelle les parents, c'est l'occasion d'apprendre des choses importantes sur le vécu de l'élève.

Gaëlle, AED au lycée Jean Jaurès Rennes

Concrètement, ils gèrent les absences et les présences des élèves. Ils demandent les justificatifs de retard, téléphonent aux parents pour signaler ces retards. Mais leur rôle ne s'arrête pas là comme nous le confie Gaëlle qui exerce cette fonction depuis plusieurs années dans ce lycée : " Quand on appelle les parents, on échange avec eux. Parfois ils ne sont pas au courant des absences de leurs enfants, mais c'est aussi l'occasion d'apprendre des choses importantes sur le vécu de l'élève. Des informations qui par la suite vont nous permettre de mieux l'accompagner pendant sa scolarité."


"Il faut sortir de ce cliché où l’on serait un peu comme un policier"

Interne pendant ses études, Gaëlle a beaucoup apprécié le lien qu'elle entretenait avec les assistants d'éducation. Elle nous confie que si elle n'avait pas eu la chance de rencontrer ces assistants d'éducation, elle n’aurait sans doute pas fini son année de terminale. C'est pour cela qu'elle a décidé de devenir AED.

"C’est bien la preuve que notre travail ne se limite pas aux seules tâches administratives. Il faut sortir de ce cliché où l’on serait un peu comme un policier. Il y a beaucoup d'élèves qui pensent que nous sommes là pour les réprimander, les coller, surveiller leurs moindres faits et gestes. Mais non, on fait beaucoup d'autres choses. Pendant les pauses, on discute avec eux. On essaye de déceler quand cela ne va pas bien. Mais il faut du temps car les adolescents sont timides et ils ne se livrent pas beaucoup. Il faut donc être patient à l'écoute." 

L'essentiel, c'est qu'ils poursuivent leurs études.

Gaëlle

Au cours de la pause nous la voyons intervenir auprès des élèves. Certains ne semblent pas vouloir prendre la direction des salles de cours, ils préfèrent sans doute prolonger ce moment.

Gaëlle entre alors dans une phase de négociation. Sans les brusquer elle leur rappelle qu’il faut retourner en cours. Elle ne perd pas de vue que l'essentiel : "c'est qu'ils poursuivent leurs études, alors il faut avoir de l'autorité sans être autoritaire. Pas toujours facile et mieux vaut parfois avoir les nerfs solides."
 


"Ce n'est pas un métier facile"

Pour Dominique Thoumyre, le proviseur du lycée, les AED sont un maillon essentiel dans la scolarité des jeunes et ce n'est pas un métier facile : "Ils ont un rapport assez étroit avec les assistants d'éducation. Ce sont à eux qu’ils se confient d'abord quand ils rencontrent des difficultés d'ordre familial, sentimental, ou scolaire. Ils sont un relais important pour nous."

"Ils doivent faire comprendre aux élèves que le règlement intérieur de l'établissement n'est pas là pour les priver de liberté, mais qu'il est nécessaire pour vivre en collectivité, et ce n'est pas toujours bien compris par tous", poursuit-il.

Il souligne que ce n’est pas un métier facile. "Il faut travailler avec des adolescents en pleine construction qui aiment parfois braver les interdits. C'est un métier où il est difficile de faire une carrière entière car il est fatiguant nerveusement."

Parmi les candidatures qu’il reçoit, il nous confie que les jeunes ayant des profils artistiques sont souvent recherchés car ils peuvent animer des ateliers parallèlement aux cours et c'est un plus. Comme leurs connaissances des réseaux sociaux, qui évoluent très vite, car ils restent en prise avec la réalité des élèves.
 


La gestion des risques sanitaires et de l'internat

Morgan est lui aussi AED à Jean Jaurès. Comme Gaëlle, il exerce ce métier à temps plein et a une activité artistique à côté. En attendant que leur projet professionnel décolle, ils exercent ce métier.

Ils sont en CDD sous contrat privé payé au SMIC et peuvent travailler pendant 6 ans maximum. Tout le monde peut postuler, contrairement à quelques années auparavant où ces postes d’AED étaient réservés aux étudiants boursiers.


Répéter les consignes sans aller vers le conflit

Morgan arrive vers midi. Il s'occupe du réfectoire et de l'internat. Et ce midi, il doit rappeler aux élèves que le port du masque est obligatoire, même aux élèves vaccinés. Il admet que ce n'est pas toujours simple, il faut répéter les consignes sans aller vers le conflit. 

Son secret pour durer il nous le livre : "toujours rester calme. J’hausse rarement le ton et je fais beaucoup de pédagogie. Et ça marche, la preuve : le groupe d'élèves en surnombre sur une table accepte de se séparer pour respecter le nombre de 4 par table.

"Ecouter, tendre l'oreille, savoir ce qui se dit et réagir assez vite, c'est très important dans ce métier", ajoute Morgan AED lycée Jean Jaurès. Si vous prenez l'exemple du confinement : les lycéens internes ne pouvaient plus faire de sport, jouer au baby-foot ... alors il a fallu improviser, se mettre dans leur peau, et les laisser parfois se dépenser sans prendre de risque. Il fallait faire preuve de tolérance pour éviter les conflits."

Pour lui, c'est un enrichissement qu'il compte mettre à profit dans son activité artistique. Il est vidéaste et artiste plasticien, Gaëlle, elle, est photographe.

Aujourd'hui les AED manquent à l'appel dans les collèges et les lycées, surtout dans les zones urbaines alors que les parents d'élèves eux en réclament beaucoup plus.
 

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