SANTÉ. Comment l'intelligence artificielle réduit le temps de prise en charge aux urgences du CHU de Rennes

L'intelligence artificielle fait désormais partie du quotidien de certains services du CHU de Rennes. Aux urgences, elle permet de réduire le temps de prise en charge des patients qui arrivent avec une fracture. Elle aide également au diagnostic du cancer de la prostate. Explications.

Comment réduire le temps passage souvent long aux urgences du CHU de Rennes sans dégrader la qualité des soins ? L'équation semble avoir trouvé une solution : l'intelligence artificielle (IA). "En 2019, on a interrogé notre base de données, explique le docteur Ulysse Donval, médecin urgentiste, spécialiste en traumatologie. On s'est aperçu que les patients qui venaient pour des traumas de membres comme, par exemple, une entorse de la cheville, restaient en moyenne 4h45 dans le service".

Un temps de passage réduit de 30 %

L'IA s'impose naturellement, via le logiciel Boneview qui est intégré dans le système d'imagerie de l'hôpital. "Ce logiciel a fait ses preuves, dit encore le docteur Donval. ll est très fort pour détecter les fractures ou l'absence de fractures".

Il est capable d'interpréter une radio en quelques minutes. Concrètement, les radios du membre s'affichent sur l'écran, avec un cadre jaune sur la lésion que l'algorithme pense avoir détectée le cas échéant, et la mention "oui" ou "non" à la rubrique "fracture", "luxation" et "épanchement". En cas de doute, lié par exemple à une attelle parasitant l'image, le logiciel le signale également. 

Fort de cette première interprétation, l'urgentiste peut alors rapidement recevoir le patient, sans attendre une deuxième lecture par un médecin senior souvent débordé, et lui permettre de rentrer chez lui s'il n'a pas de lésion grave.
"Tous les patients qui sortent des urgences ont une lecture des radios" dans les heures qui suivent par un radiologue, précise le docteur Ulysse Donval. Et dans les très rares cas où une anomalie aurait échappé à l'IA, le patient est recontacté pour une prise en charge. "On a diminué le temps de passage de 30 %, constate le médecin, soit une réduction de plus de 1h15".

Aide à la détection du cancer de la prostate

L'IA n'est pas seulement utilisée dans le service des urgences. Elle est aussi présente pour le diagnostic par IRM du cancer de la prostate. Le CHU de Rennes a même développé un algorithme pour améliorer la lecture des images. "C'est une aide, affirme le docteur Luc Beuzit, radiologue. On continue de regarder les images classiques d'IRM mais, grâce à ce logiciel, on a des images supplémentaires, plus faciles à lire, où les anomalies sont détectées et mises en évidence. Cela permet de vérifier plus rapidement, afin de confirmer ces anomalies ou les éliminer".

Pour concevoir le logiciel Paros, le CHU a réalisé une base de données, constituée de 6.000 IRM de prostates, "dont plus de la moitié provient du CHU et le reste de différents établissements de santé, explique le docteur Beuzit. Nous les avons annotées afin d'entraîner et nourrir l'algorithme".

Le radiologue précise que l'IA n'est pas là "pour remplacer le médecin mais pour l'aider. Le logiciel ne peut pas être utilisé seul. Il faut un œil humain pour trier les informations". Le docteur Luc Beuzit indique que "les performances du logiciel se rapprochent de celles des radiologues expérimentés car il a été entraîné avec des informations fournies par ces radiologues".

Depuis novembre 2022, Paros est utilisé au quotidien en interne par les radiologues. Le logiciel, bientôt certifié, est en passe d'être commercialisé dans le monde entier, se réjouit le CHU qui utilise actuellement une trentaine d'algorithmes d'intelligence artificielle.

(Avec AFP)

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