Tempête Ciaran. Pourquoi le légendaire « Hêtre de Ponthus » de Brocéliande, vieux de 300 ans, n'a pas résisté aux vents violents

C’était l’un des arbres les plus célèbres de la forêt de Brocéliande. Le « hêtre de Ponthus » vieux de près de 300 ans, a été mis à terre par les vents violents de la tempête Ciaran. Un crève-cœur pour la famille propriétaire de cette partie de la forêt depuis 150 ans. De quoi aussi émouvoir les touristes de passage face au spectacle du colosse démembré.

Elle a le regard comme figé sur l’arbre complétement explosé par la puissance des vents de la tempête Ciaran. Jeanne Jolibois, copropriétaire d’une partie de la forêt de Brocéliande reste comme sidérée.

"Je ne le voyais absolument pas en danger. Il était beau. Tout le monde y tenait. C’est triste, car c’était un repère et aussi un souvenir d’enfance" nous confie-t-elle.

À LIRE AUSSI : Tempête Ciaran : les images les plus impressionnantes des éléments déchaînés et des dégâts en Bretagne

Ce hêtre au tronc massif de plus de trois mètres de circonférence et dont le pourtour des branches atteignait 40 mètres de diamètre.

Situé dans une partie privée de la forêt de Brocéliande, à moins de quinze minutes de marche de la célèbre « Fontaine de Barenton », l’arbre faisait pourtant fréquemment la visite de nombreux touristes venus profiter de sa silhouette plus qu’imposante. Parmi les curieux osant même braver l’interdiction de pénétrer dans la forêt au lendemain de la tempête, un couple varois, mais originaire de la région. "On le connait depuis trente ans cet arbre. On venait souvent le voir. Pendant ces vacances de la Toussait, on espérait le revoir. Mais aujourd’hui, le spectacle est déchirant" concèdent-ils.

durée de la vidéo : 00h00mn17s
Le légendaire « Hêtre de Ponthus » de Brocéliande, vieux de 300 ans, n'a pas survécu aux vents violents de la tempête Ciaran. ©R. Bonnant - FTV

On a tout fait pour le garder en vie le plus longtemps possible 

Guy de Courville,

copropriétaire

Mais l’arbre classé parmi les arbres remarquables de Bretagne souffrait déjà des affres du temps et aussi des précédentes tempêtes. "Il montrait les signes de vieillesse, car on voyait bien que dans la canopée, le haut de l’arbre, les feuilles ne poussaient plus."

Tout autour de lui, de nombreux arbres, attaqués par un insecte, le dendroctone, avaient dû être coupés pour éviter le pire. Car, à chaque coup de vent important, certains tombaient en abimant les charpentières du hêtre, c’est-à-dire les branches structurantes de l’arbre. 

Avec une voix teintée d’émotion, Guy de Courville, lui-aussi copropriétaire de la parcelle et de l’arbre de Ponthus confie "On a tout fait pour le garder en vie le plus longtemps possible". Des arbres coupés qui ont progressivement laissé du vide autour de lui et créant une zone plus exposée aux vents. "C’est curieux de constater que ces arbres environnants lui ont permis de pousser et de prospérer et puis ont contribué à le menacer jusqu’à sa perte" ajoute Guy de Courville.

Le reportage de Krystel Veillard, Léa Sombret et Thierry Bouilly

durée de la vidéo : 00h01mn57s
Le reportage de Krystel Veillard, Léa Sombret et Thierry Bouilly ©France 3 Bretagne

Un arbre lié à la légende de Brocéliande

Un arbre qui a toujours été lié aux légendes de Brocéliande. Selon la tradition locale, ce hêtre séculaire était le gardien des ruines du château de Ponthus qui aurait été ravagé par un certain du Guesclin au XIVème siècle. Il marquait aussi le lieu où un personnage de roman médiéval, le chevalier Ponthus organisait ses tournois. Des légendes pour lesquelles aucune trace, aucune preuve archéologique n’a jamais été retrouvée.

Le « hêtre de Ponthus » va rester un point repère du paysage.

Jeanne Jolibois,

copropriétaire

Maintenant que le géant de la forêt de Brocéliande est désormais à terre, une question se pose. Que va devenir ce symbole de la forêt ? Le hêtre est un bois de chauffage très prisé. Le tronc massif pourrait être tronçonné pour cette utilisation. Mais le houppier, c’est-à-dire l’ensemble des branches de cimes devraient rester sur place. "La présence de l’arbre est signalée sur les cartes IGN. C’est un véritable repère donc on ne va pas l’exploiter. On va le laisser là" affirme Jeanne Jolibois.

Au-delà de 150km/h, les arbres sont définitivement fragilisés.

Guy de Courville,

Président Centre Régional de la Propriété Forestière de Bretagne et des Pays de Loire

Mais la mort du « hêtre de Ponthus » pourrait être le signe d’une problématique plus grave. Avec le réchauffement climatique, les forêts sont de plus en plus malmenées. Tempêtes, vents violents à répétition, intensification des sécheresses, multiplication des incendies, ces environnements deviennent de plus en plus fragiles.

"Cette tempête automnale est arrivée au plus mauvais moment. Très tôt dans la saison, alors que les arbres sont encore en feuille et plus fragiles face aux vents, mais aussi après un régime de pluies automnales qui ont gorgé les sols en eau et qui facilitent le déracinement des arbres", s’inquiète Guy de Courville qui est aussi Président du Centre Régional de la Propriété Forestière de Bretagne et des Pays de Loire.

Sans compter le fait que les forêts bretonnes ont une particularité. Contrairement à des zones comme le sud-ouest, ici, elles ont été plantées sur des coteaux implantés dans tous les sens. "Et cette fois, ce sont les versants et les forêts faisant face au sud-ouest qui ont été exposés aux vents les plus puissants de la tempête Ciaran" ajoute-t-il.

Des arbres et des forêts sous surveillance en Bretagne

Des arbres et des forêts de plus en plus exposées et qui bénéficient désormais d’une surveillance et d’un traitement particulier. Pour mieux lutter contre ces intempéries, les massifs sont devenus des forêts mosaïques. "C’est un moyen important pour que les forêts résistent davantage aux feux, aux vents et aux inondations. Cela en multipliant les types d’essence, mais aussi les âges et les hauteurs des différents individus dans les parcelles".  Une diversité qui permet aux forêts d’être plus résilientes face aux agressions. Des méthodes de sylviculture qui s’appliquent de plus en plus sur les 5 500 hectares de la forêt de Brocéliande, mais aussi pour les 300 00 hectares de forêts bretonnes dont plus de 90 % sont privées.

Des forêts particulièrement meurtries où l’état des lieux des dégâts d’après tempête Ciaran est en cours d’évaluation, comme c’est le cas pour la forêt de Brocéliande.