Un prix des Universités pour un groupe de chercheurs de Rennes 1 et Rennes 2, en pointe dans la transition énergétique

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Écrit par Gilles Raoult

Un groupe de chercheurs, commun aux Universités Rennes 1 et Rennes 2, le PIEC, a reçu le prestigieux Prix des Universités. Une démarche interdisciplinaire qui peut, pour certains, paraître très abstraite. Mais qui pourtant aide concrètement les acteurs de la transition environnementale.

Le (PIEC) Programme Intelligence Environnementale Commun porté par les universités de Rennes 1 et Rennes 2 qui s'est vu décerné ce prix pour la recherche. Ce projet animé par une vingtaine de chercheurs, a pour objectif de créer de nouveaux outils, communs aux différents acteurs intervenant sur les systèmes, pour mieux gérer demain les équilibres entre activités humaines et environnement.

La finalité étant d’établir un diagnostic commun entre science et société, afin d'accompagner de manière plus éclairée la transition environnementale. Et plus généralement toutes les transitions sociétales à venir.

Ce prix récompense un programme innovant au travers duquel les universités rennaises et leurs partenaires inventent des intelligences collectives, respectueuses des équilibres entre activités humaines et environnement.

Leur objectif construire un lien entre science et société pour accompagner les grandes transitions sociétales, et en particulier la transition environnementale.

C'est dans le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne que France Université (ex Conférence des Présidents d’Université) a attribué conjointement aux universités de Rennes 1 et 2 ce prix des universités pour la recherche le 13 janvier dernier.

Une première, car c'est la première année que ce prix est attribué. Et c'est dans la salle des autorités de la Sorbonne que les scientifiques ont dû patienter avant de connaître les noms des lauréats. 

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Une vingtaine de chercheurs à l'origine de ce projet

Difficile d'attribuer ces lauriers à un laboratoire ou un autre au sein des deux universités de Rennes, car ce programme est porté par une vingtaine de chercheurs. Les professeurs Véronique Van Tilbeurgh , Rennes 2, et Luc Aquilina, Rennes 1 sont les représentants de ce projet collectif.

Ce programme regroupe 20 projets de recherche emblématiques sur l'intelligence environnementale : la ressource en eau, la biodiversité des écosystèmes et agroécosystèmes, les problématiques algues vertes, l’impact du changement climatique, les territoires et les politiques publiques.

Ce n’est pas un laboratoire en particulier, mais bien un collectif de 20 chercheurs qui essaye de faire en sorte que ces recherches et les connaissances qui remontent du terrain soient mieux prises en compte par les institutions, les politiques, les aménageurs et les acteurs de terrain. Le but, donner une meilleure lisibilité à tous pour décider des actions à mener pour une meilleure transition environnementale.

Des nouveaux outils pour les scientifiques et des acteurs de terrain

Ces scientifiques sont partis du constat que les outils décisionnels ne peuvent pas être que technologiques aujourd'hui, ils doivent être construits avec les acteurs de terrain. " Si la recherche se pose des questions que de manière scientifique elle n’y arrivera pas. Elle doit s’appuyer sur les acteurs de terrains. Les scientifiques ne peuvent pas arriver avec des solutions toutes faîtes en laboratoire. Les sciences numériques ou les modèles ne sont pas que des outils pour prédire le futur, il faut aussi les utiliser pour dialoguer et faire participer tout le monde.

Tous les scénarios doivent être pensés en prenant en compte de nombreuses connaissances : sciences sociales et humaines, sciences expérimentales de l'environnement, écologie, géologie. Sans oublier les connaissances des hommes de terrain, le discours environnemental, les diverses sensibilités qui peuplent le territoire, les rivières, les cours d'eau, la roche..."  nous confie Luc Aquilina au téléphone.

Il faut repartir des connaissances des gens pour les intégrer aux recherches. On n'occulte pas la modélisation des écosystèmes, mais la recherche ne s'arrête pas là. Il y a d'autres phases qui interviennent. L’intérêt c’est l'interaction.

Et la manière de penser sur un territoire peut déjà changer la modélisation.

Il est donc important et urgent pour ces scientifiques de créer des nouveaux outils pour sortir des schémas que l’on a. Le but, objectiver les situations et construire avec les acteurs de terrain pour dédramatiser les problèmes et trouver des solutions.  

Ces recherches sont systématiquement coconstruites avec des acteurs non-scientifiques, citoyens, élus, représentants d’association ou entrepreneurs...Sans perdre de vue que l'intérêt est de trouver des solutions collectives qui doivent permettre de " répondre aux enjeux de la transition écologique en inscrivant les dynamiques socio-environnementales dans des trajectoires durables"

Exemple : la gestion d'une zone humide

Luc Aquilina intervient dans le marais du cotentin. Il est appelé pour un problème de pompage d'eau sur un terrain. Plusieurs causes sont possibles. Certains pensent que c'est le changement climatique qui est à l'origine de ce phénomène. Pour d'autres il s'agit de l'alimentation en eau potable. Quelques-uns estiment que le travail, de celui qui exploite la tourbe dans ce marais, peut également avoir un lien avec ce phénomène.

Face à ces diverses analyses et si vous ajoutez le jeu des acteurs sur place, en fonction de leurs intérêts personnels ou non, les gens ont tous une perception de ce problème mais elle ne se fait pas à la même échelle. Du coup, chacun a sa propre théorie, son modèle qui lui est propre. 

Ce problème est transposable pour des projets éoliens, d'urbanisme, d'aménagement des zones rurales, de gestion de l'eau... 

" Il faut donc intégrer aux recherches" nous confie Luc Aquilina " les connaissances des acteurs de terrain et du système plus largement. Les modèles permettent d'affirmer que ce phénomène de pompage est antérieur au réchauffement climatique. On va donc se servir du modèle pour apporter des connaissances et y intègrer ces questionnements. On va ainsi élargir le modèle et par ricochet la vision du territoire sera plus large pour tous les acteurs."

Le plus important c'est de " faire communiquer les acteurs entre eux grâce à ces outils qu’il faut inventer. Elargir la vision de chacun et faire sortir les scientifiques de leurs publications. Lors des premières discussions on établit une modélisation. Ensuite on définit des scenarios du développement d’une région à partir des problématiques relevées par tous les acteurs."

Dans le cadre de ce marais dans le Cotentin, la perception voulait que ce soit l’alimentation en eau potable qui était responsable de ce pompage or ici il a été montré qu’il y a un autre acteur responsable : un exploitant de la tourbière pour les matériaux.

Il faut donc articuler les connaissances des scientifiques et des acteurs de terrain nous explique Véronique Van Tilbeurgh . Et ce sont ces nouveaux outils qui doivent le permettre. " par exemple la fresque du climat permet grâce à un atelier collaboratif de comprendre l’essentiel des enjeux climatiques et de passer à l’action. Des jeux de rôle qui permettent de comprendre les enjeux pour chacun. Un serious gamme ou encore  des Jeux de cartes qui décrivent le système et la complexité du changement climatique." 

Chacun va alors développer son approche du milieu naturel. Il n’y a plus les sachants et les autres. Il s'agit de construire des relations réciproques. Chaque partie va se confronter à la vision de la complexité. 

Former des Ambassadeurs et Ambassadrices des Transitions environnementales

Le PIEC dispense des formations avec en ligne de mire développer l'intelligence environnementale. Pour l'instant il s'agit de modules de formation en licence et maîtrise. Ici les sciences dures et les sciences molles se rejoignent dans le cadre d'une coconstruction pour délivrer une formation pluridisciplinaire et transdisciplinaire. Et les distinctions faîtes habituellement sont remises en cause. Ce qui renvoie au travail réalisé par le collège des transitions sociétales.

Modifier les relations entre les différents acteurs

" Le fait de le dire va déjà modifier les relations entre les différents acteurs. Ce qui est une avancée en soi" nous explique Véronique Van Tilbeurgh. Il ne s'agit pas forcément de transformer le système tout de suite, mais bien d'avoir un diagnostic commun à tous. Un premier pas pour aller vers un changement mieux éclairé car il prend en compte toutes les données."

Les outils sont construits dans un souci de mieux gérer les systèmes demain. Ils sont fournis aux acteurs pour avoir une vision plus globale et plus complexe de la réalité.  

Ces scientifiques n'étant pas liés aux hommes politiques, ils ne peuvent pas garantir que les décisions qui en découleront seront prises. Mais leur travail c'est bien de produire des outils, pour mieux respecter les équilibres entre les systèmes. Et c'est bien cette manière pertinente d’aborder le réel qui est récompensée ici.