Violences policières à Rennes : le Défenseur des droits demande des sanctions

Des journalistes ont été pris à partie par la police début juin 2016 / © capture vidéo
Des journalistes ont été pris à partie par la police début juin 2016 / © capture vidéo

Saisi par le Club de la presse de Bretagne, suite à des violences policières commises à l'encontre de journalistes lors des manifestations rennaises contre la Loi Travail, le Défenseur des droits vient de demander des sanctions disciplinaires à l'encontre du brigadier-chef concerné.

Par Valérie Chopin

 
Les faits se sont déroulés le 2 juin 2016, mais ils résonnent tout particulièrement dans le contexte actuel. À l'époque, les manifestations se multiplient contre la Loi Travail. La tension monte de part et d'autre, des échauffourées éclatent entre forces de l'ordre et manifestants. Des journalistes sont également victimes de violences policières.

Une violence, relatée à l'époque par notre confrère Bruno Van Wassenhove journaliste et reporter d'images : "Lorsque nous journalistes, nous sommes insurgés auprès des forces de l'ordre de la violence de leur intervention, les policiers très énervés, ont brutalement écarté plusieurs d'entre nous. Une journaliste, qui filmait, s'est vu attrapée vigoureusement et éjectée, j'ai moi-même essuyé un coup de matraque." 

Le Club de la presse de Bretagne avait alors décidé de saisir le Défenseur des droits. "Les journalistes ne sont pas des cibles, se révoltait le Club régional de la presse sur les réseaux sociaux, pourtant, "ils ont reçu des coups de matraque".
 
 

"Usage disproportionné de la force"


Deux ans et demi plus tard, Jacques Toubon a donc rendu sa décision : "C'est un délai important, mais la réponse est argumentée. Un vrai travail de recherche a été effectué" se satisfait Julie Lallouet Geffroy, actuelle co-présidente du Club de la presse de Bretagne.
 

Dans un document de huit pages datant du 21 décembre 2018, le Défenseur des Droits souligne l'usage disproportionné de la force. Jacques Toubon reconnaît qu'un des journalistes a été frappé sans que le contexte le justifie. Il demande des sanctions disciplinaires à l'encontre du brigadier-chef à l'origine du coup à la cuisse dont a souffert un journaliste indépendant tombé sur la rocade rennaise.

"C'est un acte fort et symbolique, commente Julie Lallouet Geffroy. C'est la première fois que le Club de la presse de Bretagne saisissait ainsi une instance nationale qui rappelle l'importance de la liberté de la presse dans une démocratie. Le Défenseur des droits a en effet étayé sa position en se référant notamment à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. "La liberté de la presse est l'un des principes fondamentaux des systèmes démocratiques". "Pour nous c'est une première grande victoire", complète Xavier Debontride, co-président du Club de la presse de Bretagne à l'époque. Le fait que des mesures disciplinaires soient demandées "c'est la preuve que cela méritait d'être observé de près."

"Espérons que cela fasse bouger les choses face aux collègues qui ont parfois des difficultés à exercer leur métier ! 
réagit Julie Lallouet Geffroy qui rappelle que les journalistes sont encore trop souvent menacés, à l'image de ce qui se passe en ce moment avec les Gilets jaunes. "Nous sommes contre les violences, d'où qu'elles viennent" complète Xavier Debontride qui rappelle que l'association est apolitique.

Une position et des documents que le Défenseur des droits a transmis au ministère de l'Intérieur.
 


Rappelons qu'en juin 2016, le ministre de l'époque Bernard Cazeneuve avait reçu durant près d'1h30 les représentants du Club de la Presse de Bretagne et une intersyndicale de journalistes (CFDT, CGT SNJ, SNJ et Fédération Internationale des Journalistes).

Réunion durant laquelle le ministre de l'Intérieur avait réaffirmé "très solennellement qu'il y avait une tolérance zéro" et que "les actions contre les journalistes étaient inqualifiables".

Contactée, la police déclare ne pas pouvoir communiquer à ce sujet pour l'instant.


 

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