Bretagne : le nombre de personnes dépendantes s'envolent, pas celui des personnels des EHPAD

La ministre de la Santé à la rencontre des personnes âgées / © PQR/LE PARISIEN/Pascale De Souza - 6 déc 2017
La ministre de la Santé à la rencontre des personnes âgées / © PQR/LE PARISIEN/Pascale De Souza - 6 déc 2017

Après le passage ce jeudi de la ministre de la Santé Agnès Buzyn dans un EHPAD de Saint-Malo, les personnels qui s'occupent des personnes âgées dépendantes restent sur leur faim : ils revendiquent des effectifs pour faire face aux nombreuses tâches qui s'accumulent.

Par Marc-André Mouchère

En Bretagne, le vieillissement de la population ne cesse de prendre de l'ampleur. Selon les chiffres de l'Agence régionale de Santé, les Bretons de 75 ans et plus représentent actuellement 10,5 % de la population. Ils seront 13,5 % en 2030,  puis 18,2 % en 2050.

Conséquence : les besoins d'hébergement explosent. Pour l'instant, on compte dans la région Bretagne 499 EHPAD pour environ 40 000 places.


Un degré de dépendance qui monte

Ce jeudi 4 janvier la ministre de la Santé s’est rendue à Saint-Malo dans l’après-midi pour visiter un établissement privé non lucratif (PNL) de l’Armée du Salut : l’Ehpad Boris-Antonoff. Le député LR d’Ille-et-Vilaine Gilles Lurton avait invité la ministre à visiter cet établissement exemplaire en termes de services, d’activités et d’aménagements. 

La directrice Valérie Mercier constate que, face à un degré de dépendance toujours plus important des personnes âgées, elle ne peut compter que sur la forte volonté de ses personnels professionnels :

Les ratios en personnels pouvaient être suffisants il y a quelques années, mais aujourd’hui il faut absolument qu’ils soient revus à la hausse.

Valérie Mercier directrice de l’Ehpad Boris-Antonoff

Sophie Louin, assistante de soins en gérontologie ajoute que les métiers qui entourent les personnes âgées n’attirent plus les jeunes. Et pour cause : "ce sont des métiers difficiles et il faut travailler un week-end sur deux et les jours fériés ! Et non seulement les effectifs sont insuffisants, mais en plus ils ne sont pas bien reconnus ni valorisés pour attirer de bons soignants."

Manque de personnel dans les Ehpad
Exemple à Saint-Malo : intervenants : Valérie Mercier, directrice de l'EHPAD de L'Armée du Salut de St-Malo / Sophie Louin, assistante de soins en gérontologie - France 3 Bretagne - Aurélie JANSSENS / Jean-Michel PIRON

 

Des effectifs à la peine


La Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) produit des statistiques sur les établissements. Sur la France entière, depuis 2007, le nombre de places en Ehpad est passé de 352 514 à 577 436 en 2016 (+225 000 places, soit 63 %) mais les les ratios de personnels (tous confondus) n’ont pas monté en proportion.

Le site du CNSA publie également les textes du Plan Solidarité Grand Âge présenté le 27 juin 2006 par Philippe Bas (alors ministre délégué à la Sécurité sociale, aux Personnes âgées, aux Personnes handicapées et à la Famille) et qui s’était substitué au Plan Vieillissement et Solidarités, annoncé à la suite de la canicule de l'été 2003.
Au chapître 6 / « Avoir plus de personnel soignant auprès des personnes âgées »,  on peut lire :

Pour les maisons de retraite qui accueillent les résidents les plus dépendants :
  • Assurer la présence d’1 professionnel pour 1 résident
    Dans les établissements pour personnes handicapées, l’effectif est en moyenne d’1 agent pour 1 personne accueillie. Ce ratio est, en revanche, de seulement 1 professionnel pour 2 résidents dans les maisons de retraite. Or les besoins des personnes accueillies sont en réalité très comparables. Il faut remédier à cette situation, en se fixant l’objectif d’une convergence dans les 5 ans entre ces deux types d’établissements.
  • Augmenter dès 2006 les financements pour tenir compte des besoins en soins médicaux. Pour les maisons de retraite qui accueillent les résidents les plus dépendants, l’augmentation de moyens se fera dès cette année. Pour les autres, c’est au moment du renouvellement des conventions tripartites que les besoins en soins vont être pris en compte.
Or les financements n’ont pas été réévalués à hauteur des promesses de 2006 et le ratio personnel/résident est loin d’être à 1 pour 1. Onze ans plus tard, il est même en dessous de 0,6 !

Coté financement, la Bretagne est légèrement au-dessus de la moyenne française, mais les quatre départements bretons vivent la même difficulté. Un désengagement progressif de l'État qui compense de moins en moins les dépenses obligatoires et qui met en difficulté les finances départementales.

Jean-Luc Chenut, le président du conseil départemental d'Ille-et-Vilaine, dénonce ce manque d'argent et de personnel :

Chaque année le nombre des bénéficiaires grimpe de 3 % à 4 % mais l’État n’augmente le budget que de 1,2 %. Le déficit rien que pour 2017 est de 66 millions d’euros !"


Une description de la situation que la ministre de la santé, Agnès Buzyn, estime caricaturale. Elle explique à notre micro que les Ehpad souffrent plus de problèmes managériaux que de manque d’effectifs.
Réactions au manque de financement et de personnels des Ehpad en Bretagne
intervenants : Rodolphe VERGER, CGT santé / Jean-Luc CHENUT, Président Conseil Départemental d'Ille et Vilaine / Agnès BUZYN, ministre des solidarités et de la santé - France 3 Bretagne - Romuald Bonnand - A. Masteau - Louise Cognard

Les syndicats ne sont pas de cet avis. Une grève des personnels des EHPAD est prévue partout en France le 30 janvier prochain.

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