Irma - Jean Jouzel, “l'intensification des cyclones risque de préfigurer ce que l'on vivra demain”

Une vue aérienne de Saint martin après le passage d'Irma, ce 7 septembre / © AFP
Une vue aérienne de Saint martin après le passage d'Irma, ce 7 septembre / © AFP

Les cyclones comme Irma, qui a touché mercredi les Caraïbes, se nourrissent de l'énergie dégagée par les océans. Les scientifiques prévoient que l'intensité de ces évènements se renforce, mais pas leur fréquence. Nous avons rencontré Jean Jouzel, climatologue.

Par Sylvaine Salliou

Difficile de faire un lien direct entre le réchauffement climatique et les cyclones, qui ont ravagé l'île de Saint-Martin et fait de nombreux dégâts ailleurs, dans les Caraïbes, même si comme l'explique Jean Jouzel, "l'énergie des cyclones est liée à la quantité de vapeur d'eau qui s'évapore et qui elle-même, est liée à la température de l'océan qui augmente".

Jean Jouzel nous parle des cyclones
Pour le climatologue, "l'énergie d'un cyclone est lié à la quantité de vapeur d'eau qui s'évapore et qui elle-même, est liée à la température de l'océan qui augmente".


Pourquoi les scientifiques sont prudents ?


Parce qu'ils manquent de données satellitaires à l'échelle planétaire. Par exemple, avant 1970, il n'est pas possible de dire comment l'activité cyclonique a évolué au XXe siècle. Avant la mise en place d'une surveillance satellitaire complète, des cyclones même très intenses ont pu passer inaperçus s'ils n'ont pas touché les terres par exemple.

Dans l'Atlantique nord, depuis une vingtaine d'années, une augmentation de la fréquence des cyclones a été constatée, mais c'était l'inverse entre 1970 et 1995, selon Franck Roux, de l'Université Paul-Sabatier de Toulouse. En fait, les chercheurs se sont aperçus que l'activité cyclonique dans cette région suit des cycles de plusieurs dizaines d'années et estiment qu'il n'est pas encore possible de dire si la hausse dans cette région relève d'une variabilité naturelle ou du changement climatique.

Dans le Pacifique nord-ouest, il y a eu une légère diminution de l'activité cyclonique entre 1980 et 2010.


Des cyclones plus intenses


Les  modèles informatiques simulant le climat font état d'un renforcement de l'intensité des cyclones (vents et pluies) et d'une possible baisse de leur fréquence au niveau du globe à l'avenir. "Des cyclones d'une intensité plus grande sont l'une des conséquences attendues du changement climatique", explique Valérie Masson-Delmotte, membre du GIEC, groupe de référence au niveau mondial sur le climat.

"Plus la température de l'eau et le taux d'humidité sont élevés, plus le cyclone peut prendre de l'intensité. Or, ces deux éléments sont plus intenses du fait de l'augmentation de l'effet de serre", explique la climatologue. "On considère qu'il y a 7% d'humidité en plus dans l'atmosphère par degré de réchauffement", précise-t-elle. "Le changement climatique ne crée pas ces tempêtes mais il accentue leurs impacts", résume Anders Levermann du Potsdam Institute for Climate Impact Research.



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