Justice. "On est en proie à une réelle souffrance au travail". Les magistrats à nouveau mobilisés

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Magistrats et greffiers bretons se sont joints au mouvement national de mobilisation ce mardi 22 novembre, pour dénoncer des conditions de travail dégradées et crier leur impuissance face aux délais de traitement qui s'allongent.

Après une première mobilisation historique le 15 décembre 2021, les magistrats veulent à nouveau crier leur mal-être. 

"Viol en 2022 = procès en 2027" ; "Vous êtes en garde à vue ? Pas d'inquiétude ! Le Procureur à 10 minutes pour analyser votre situation et prendre une décision", peut-on lire dans les mains des magistrats et greffiers mobilisés devant le tribunal de Brest. 

"La coupe est pleine", tonne Audrey Berrier, déléguée brestoise de l'Union syndicale des magistrats qui appelait à une grève nationale ce mardi 22 novembre. "C’est important pour nous d’expliquer à nos concitoyens comment fonctionne leur justice, surtout pourquoi elle ne fonctionne pas. Pourquoi il y a autant de dysfonctionnements, pourquoi on met autant de temps à traiter les dossiers et à rendre nos décisions qui ne sont parfois pas motivées."



Une charge de travail insoutenable

En un an, et malgré la tenue d'États généraux de la justice, les avancées sont jugées trop maigres. Les magistrats, réunis également devant la Cité judiciaire de Rennes, expriment un sentiment d'impuissance. Alors que le nombre de contentieux augmente, la charge de travail est de plus en plus difficile à éponger. 

"Je lis des rapports le matin au petit-déjeuner, tard le soir en me couchant. Je n’ai pas de week-end, pas de vie sociale, parce que je dois rattraper les jugements que je n’ai pas eu le temps de faire dans la semaine" raconte Joëlle Coleman, juge des enfants au tribunal de Rennes. Aujourd'hui, elle se sent épuisée.



"Je ne veux pas renoncer à la qualité et à l’accueil des gens, mais je sacrifie ma vie privée", poursuit-elle au bord des larmes. "Nous sommes 6 juges des enfants ici. On évalue qu’il nous faudrait au moins un 7e poste pour avoir une vie normale".

 Les magistrats réclament plus d'effectifs

À Brest, Rennes, et à l’image d’autres tribunaux, "on est en proie à une réelle souffrance", insiste Audrey Berrier. Pour la déléguée syndicale, également juge d'application des peines, le manque d'effectif est criant. 

"Si on prend la moyenne européenne, il faudrait 110 magistrats au niveau du siège, nous sommes 25. Et au niveau du personnel de greffe il y a un taux de vacance de plus de 20%", développe-t-elle. "Ça vous donne une idée du gouffre abyssal qui sépare une justice idéale de la justice qui s’exerce au quotidien à Brest.

Le garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti, a confirmé la promesse d'Emmanuel Macron de recruter 1 500 magistrats sur 5 ans, dont 200 en 2023, ainsi que 1 500 greffiers. Mais pour l'Union syndicale des magistrats cette annonce est considérée comme "largement insuffisante".

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