Mal-logement. La Fondation Abbé Pierre s'alarme du choc de la Covid, une "bombe à retardement" pour les années à venir

Dans son rapport 2021 sur le mal-logement en France, la Fondation Abbé Pierre analyse de façon très inquiétante les conséquences actuelles et à venir de la crise sanitaire. Le choc de la Covid n'épargne pas la Bretagne : à Rennes, le 115 ne satisfait qu'une demande de logement d'urgence sur cinq.

La France aurait besoin de construire 150 000 logements sociaux par an, 90 000 ont été financés en 2020.
La France aurait besoin de construire 150 000 logements sociaux par an, 90 000 ont été financés en 2020. © IP3 PRESS/MAXPPP

Un sondage IPSOS pour la Fondation Abbé Pierre, réalisé du 14 au 15 janvier 2021, sur un échantillon de 1000 personnes, révèle que la situation financière d’un tiers des Français (32%) s’est dégradée depuis le début de la crise sanitaire.

Cette dégradation affecte davantage les personnes qui sont déjà les plus fragiles (43% des 18-24 ans, 55% des allocataires APL notamment).

En 2020, 14% des Français ont notamment eu des difficultés liées au logement (paiement des loyers, dégradation du logement) et 29 % des Français expriment des craintes liées au logement pour 2021.


Les jeunes sont particulièrement touchés par cette crise

En 2020, les jeunes ont été plus de 20 % à éprouver des difficultés à payer leur loyer. Alors qu'en moyenne 7% de la population française a vu ses conditions de logement se dégrader, ce chiffre monte à 12% parmi les jeunes.

Déjà rudement confrontés à la précarité l'an dernier (20% des jeunes ont sollicité l’aide alimentaire et parmi eux, les ¾ sollicitaient cette aide pour la première fois) plus d’un tiers d’entre eux (35%) craint de ne pouvoir faire face à ses dépenses de logement en 2021.

Pour Stéphane Martin le délégué de l’agence Bretagne de la Fondation, il est urgent de mettre en place un revenu de base pour les jeunes.
 

Mal-logés et confinés : la double peine

Le bilan 2020 de la Fondation Abbé Pierre est sans appel. La crise de la Covid a été "un choc" sur la pauvreté. Avec un effet "double peine" : une précarisation accrue, et de plus en plus d'isolement.

Plus les populations sont précaires plus elles sont durement frappées par cette crise. Les sans-abris, particulièrement au début du premier confinement, se sont trouvés privés de lien social, sans information sur l'épidémie, sans point d'eau, ni sanitaires et privés même des revenus de la mendicité à cause des gestes barrières.

Les associations et les municipalités ont multiplié les maraudes et trouvé des solutions d'urgence pour ouvrir des douches de gymnases ou distribuer de l'alimentation. L'État a ouvert 20.000 places d'hébergement supplémentaires mais le Collectif des Associations Unies, le 9 avril, a révélé que, hors Paris, 53% des demandes au 115 n’avaient pu être satisfaites.

Durant l’été 2020, Médecins Sans Frontières a montré que dans des centres d’hébergement, des foyers de travailleurs migrants ou des gymnases, 52 % des personnes précaires accueillies avaient été touchées par le virus, soit cinq fois plus que la moyenne francilienne.

Enfin, même pour ceux qui ont un logement, s'il est médiocre, exigu et sans espace extérieur, le confinement, doublé de la fermeture des parcs est devenu un enfermement insupportable, surtout avec des enfants.
 

10 millions de pauvres en France

En France, 52 % des pauvres ont perdu des ressources durant la crise sanitaire. Selon l’Insee, une personne est considérée comme pauvre si ses revenus mensuels sont inférieurs à 1 063 euros par mois. En 2018, l'Insee chiffrait déjà à 9,3 millions le nombre de personnes qui vivaient sous ce seuil de pauvreté. Depuis le mois de mars 2020 on en compterait 7 à 800.000 de plus, soit 10 millions de pauvres en France.
 

La Bretagne à la peine

En Bretagne, la pauvreté toucherait au moins 11 % de la population, soit 400 000 personnes. Sans doute plus encore, du fait de la crise sanitaire. Un chiffre corroboré par des indicateurs à la hausse :

Les nouveaux pauvres selon le délégué de l’agence Bretagne de la Fondation Abbé Pierre, ce sont "des travailleurs pauvres, des saisonniers, des auto-entrepreneurs, des salariés licenciés, ou des ménages des quartiers populaires qui avaient recours à d’autres modèles économiques". Mais ce sont aussi des jeunes de moins de 25 ans (+ 14 % d’accompagnement par la mission locale de Rennes et 4000 nouveaux jeunes rencontrés en quelques mois). Enfin ce sont aussi les étudiants en mal de travail quand il n’y a plus d’enfants à garder ni de job dans la restauration.

Même si la trêve hivernale vient d’être prolongée jusqu'au 1er juin 2021, les pertes d’emplois et les pertes de revenu induisent toutes sortes de difficulté à maintenir les personnes précaires dans leurs logements.
 

Pénurie d’hébergements d’urgence dans les grandes agglomérations

Concernant les sans-abris en Bretagne, il n’y a pas de chiffres actualisés depuis 2013. On en comptait alors 8000, mais aujourd’hui des indicateurs montrent un fort accroissement du nombre de personnes sans-abris en Bretagne et notamment à Rennes, avec des publics hétérogènes comprenant des migrants et des femmes.
 

À coup sûr, une massification des publics à la rue est à prévoir. Quelle sera la position de l’Etat dans les mois à venir ou quand la pandémie sera derrière nous ?

Stéphane Martin, délégué régional de la Fondation Abbé Pierre


« Le système de l’hébergement d’urgence et d’insertion ne répond plus aux demandes, souligne le délégué de l’agence Bretagne, en novembre 2020, le taux de réponses positives aux 115 était de 21% à Rennes. »

Une personne sans abri dans la rue
Une personne sans abri dans la rue © MaxPPP / PHOTOPQR / LE PROGRESMAXPPP

En Ille-et-Vilaine, Stéphane Martin note tout de même la pérennisation de 339 places d’hébergement en deux ans et une prise en charge hôtelière par l’État qui perdure, « mais des migrants déboutés sortent des CADA sans solutions. À Rennes 200 personnes sont à la rue malgré les prises en charge COVID et la poursuite du plan hivernal».
 

Logements sociaux : le fossé entre production et besoin se creuse

La France aurait besoin de construire 150 000 logements sociaux par an.
En 2018, 108 000 logements ont été financés, en 2020 : 90 000. Selon la Fondation, il y a donc urgence à revoir la production et aussi à l’adapter aux besoins actuels : plus de petits logements (seulement 18 % de type 1 contre 33 % de type 3) et plus de logements très sociaux, à très faibles loyers.

« Au niveau régional, constate Stéphane Martin, nous sommes aussi en difficulté mais moins que d’autres régions. En 2019, la production de HLM a baissé de 18%.»

Selon la fondation les demandes en Bretagne sont en hausse de (+ 68.000) et on déplore des engorgements (20.000) dans les attributions.

En Bretagne, 48 communes ne respectent pas les 20 % de logements sociaux, dénonce la Fondation, alors que le déficit augmente encore de 10 000 logements (+ 6%) en un an. Les préfets doivent être plus sévères sur les pénalités et les arrêtés de carence.

Stéphane Martin pointe aussi l’envolée des prix de l’immobilier à Rennes : " + 7,4 % en un an sur les appartements! Dans ces conditions il n’y a plus de mobilité et l’accession sociale à la propriété est en forte baisse."

 

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