Arrêt cardiaque d'un joueur de foot de Pluvigner dans le Morbihan : "Le risque 0 n'existe pas"

Dimanche 18 octobre, un défenseur des Kériolets de Pluvigner dans le Morbihan a fait un arrêt cardiaque sur le terrain de Landaul que son équipe de foot affrontait pour le compte de la coupe de Bretagne. Peut-on éviter ces incidents ?
Victime d'un arrêt cardiaque sur le terrain de Landaul, le joueur du club de foot de Pluvigner dans le Morbihan a été héliporté au centre hospitalier de Vannes où il est dans un état stable.
Victime d'un arrêt cardiaque sur le terrain de Landaul, le joueur du club de foot de Pluvigner dans le Morbihan a été héliporté au centre hospitalier de Vannes où il est dans un état stable. © FTV
"Il est dans le coma. Voici ce que dit sa femme : l'état d'Ansou est stable. Elle en saura plus en fin d'après-midi après avoir pu rendre visite à notre Roc". C'est par texto de Jérome Georges, le président du club de foot de Pluvigner dans le Morbihan donne des nouvelles de l'état de santé d'Ansou Sen. 
 

Héliporté à Vannes


Dimanche 18 octobre, le défenseur de 27 ans fait un arrêt cardiaque en plein match de la coupe de Bretagne. Il s'écroule sur le terrain de Landaul lors de la rencontre que son équipe des Kériolets disputait contre le club de foot local.
 
Après que les premiers gestes de réanimation ont été prodiqués par des spectateurs, le joueur a été héliporté vers le centre hospitalier de Vannes. Un incident qui a suscité une grande émotion dans le monde du foot amateur breton. Plusieurs clubs ont en effet affiché leur soutien au jeune homme, à sa famille et à ses coéquipiers sur les réseaux sociaux : 
 
Ce n'est malheureusement pas la première fois qu'un sportif, amateur ou professionnel, fait un arrêt cardiaque au milieu d'un match.
Et malgré tous les certificats et autres examens médicaux possibles, "le risque 0 n'existe pas, avoue le Pr François Carré, cardiologue et médecin du sport au CHU de Rennes. Il n'y a pas d'examen qui pourra dire que ça n'arrivera jamais à un sportif. Il est très difficile de détecter certaines pathologies cardiaques. Même avec des électrocardiogrammes. Certaines maladies du coeur se manifestent par rien ! Aucun symptôme! Et on comprend d'autant moins ces morts subites. Mais on peut en réduite le nombre."
 

Systématiser les examens cardiaques


Pour le Pr Carré, il faut pourtant systématiser les électrocardiogrammes (ECG) des sportifs, même amateurs. Avec ce type d'examen, on peut détecter 80 à 85% des pathologues cardiaques. Un chiffre qui tombe à 15% sans ECG. Or passer un ECG n'est pas obligatoire quand on prend une licence sportive, seulement recommandé. Et bien souvent, ça n'est pas fait. Une lacune liée à la figure du sportif dans l'imaginaire collectif. "On pense toujours qu'un sportif est en bonne santé parce qu'il fait justement du sport, explique François Carré. Le sport réduit le risque cardiaque mais ne l'élimine pas. Avec un ECG, on pourrait voir certaines pathologies et adapter en conséquence la pratique du sportif et éviter une mort subite".

C'est dans cette optique que les cardiologues du sport et la fédération française de cardiologie recommande un électrocardiogramme "tous les 3 ans entre 12 et 20 ans, puis tous les 5 ans entre 20 et 35 ans. Après 35 ans, l’examen recommandé est le test d’effort, à discuter en fonction du type de sport et des facteurs de risque associés" : 
 

 

Eduquer les sportifs aux symptômes


Et l'absence d'examens cardiaques n'aide pas les sportifs eux-mêmes à faire attention. "Le deuxième point à développer dans ce dossier, c'est l'éducation des sportifs, prône le Pr Carré. Il faut leur apprendre qu'on peut pratiquer un sport et être malade du coeur. On pourrait éviter 30 à 40% des morts subites si les sportifs écoutaient et respectaient leurs symptômes : souffle court, tachycardie, étourdissement. Tout ça ne vient pas toujours du seul effort fourni."
 

Gestes de premiers secours


Dernier point à améliorer pour François Carré, la formation de la population aux gestes de premiers secours. C'est ce qui a sauvé Ansou Sen dimanche 18 octobre. "Dans les régions dont une partie importante de la population est formée à ces gestes, on constate une réanimation de la victime dans 44%, chiffre le médecin. Dans les régions où peu de gens sont formés, ça tombe à 5%". 

Et de conclure : "les plus touchés sont les hommes entre 40 et 50 ans qui font un sport de loisir. Chaque année, en France, ils sont 800 à 1000 à mourir de leur pratqiue sportive. En dessous de 35 ans, on ne compte de 70 à 80 décès par an. Dans l'idéal, il faudrait 1/ un ECG systématique; 2/ éduquer les sportifs et 3/ former aux gestes de premier secours. Aujourd'hui, on peut faire mieux dans ces trois domaines, même si, encore une fois les ECG ne pourront jamais tout résoudre. Mais on pourrait quand même réduire le nombre de morts subites de sportifs de 50%."
 

Le registre national des morts subites de jeunes sportifs
Au printemps 2018, le Pr François Carré s'est associé avec des collègues de Rennes mais aussi de Paris et Nancy pour mettre en place un registre national des morts subites des jeunes sportifs. Il s'agit de trouver les causes des morts subites des sportifs de moins de 35 ans. "Au dessus de 35 ans, le décès est souvent dû à un infarctus du myocarde. Mais chez les moins de 35 ans, on ne trouve pas la cause de la mort, détaille-t-il. Avec ce registre, on voudrait pratiquer une autopsie et une analyse génétique et toxicologique post mortem systématiques."

Plus deux plus tard, le projet n'a toujours pas vu le jour. "Avec la covid, nous avons perdu plusieurs partenaires, explique-t-il. Mais j'ai décidé qu'on commencerait en janvier prochain. On voulait commencer avec 80 cas à étudier pour démarrer. Mais on ne les aura pas. On ne démarrera peut-être qu'avec 40 ans mais il faut qu'on commence".

 
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