Sainte-Anne-d'Auray : hommage aux agriculteurs qui se sont donné la mort

En hommage aux agriculteurs qui se sont suicidés, 600 croix blanches ont été déposées sur le parvis du mémorial de Sainte-Anne-d’Auray dans le Morbihan. Jacques Jeffredo en est l’initiateur et entend mettre sur la place publique un problème de société qui reste tabou.
 

600 croix blanches installées à Sainte-Anne-d’Auray  en hommage aux agriculteurs qui mettent fin à leurs jours chaque année.
600 croix blanches installées à Sainte-Anne-d’Auray en hommage aux agriculteurs qui mettent fin à leurs jours chaque année. © Jacques Jeffredo
"Les gens changent de trottoir quand ils croisent la femme d’un suicidé", se désole Jacques Jeffredo. Ce fils de paysan a fait du suicide dans le monde agricole son cheval de bataille depuis 2015. Six cents, c’est à peu près le nombre de suicides annuels dans le milieu agricole. Alors Jacques Jeffredo le rappelle inlassablement tous les ans. En installant 600 croix à la vue de tous, il remémorre aux vivants que des paysans meurent en silence.
 

La douleur des familles


Ce dimanche 25 octobre, à 11h, environ 500 personnes se sont recueillies au mémorial de la Grande Guerre de Sainte-Anne-d'Auray dans le Morbihan pour un hommage aux agriculeurs qui ont mis fin à leurs jours. D'autres ont déambulé entre les croix. "Je pense à toutes ces familles. C’est compliqué. On se demande ce qu’on n’a pas fait, pas vu. Et derrière ça, il y a toutes les dettes", analyse Jacques Jeffredo.
 

Les besoins primaires des agriculteurs ne sont pas satisfaits 


Les causes de ces suicides ? Jacques Jeffredo les explique par la pyramide de Maslow, qui hiérarchise les besoins essentiels de chaque être humain. "Les besoins physiologiques ne sont pas satisfaits puisque les agriculteurs ne dorment pas suffisamment, trop de travail, trop de soucis… Les besoins de sécurité non plus : la maison est hypothéquée, les cours des productions agricoles ne sont pas assurés, la météo non plus…" Et de poursuivre : "Quant aux besoins d’estime, n’en parlons pas. Leurs produits ne sont pas payés au juste prix. On accuse les paysans de polluer, les industriels transforment les denrées agricoles pour en faire n’importe quoi quand elles ne vont pas directement à la poubelle…"
 

Une guerre économique


Jacques Jeffredo souhaite que les politiques s’emparent de cette question. Il évoque même une reconnaissance de pupille de la nation pour les enfants des agriculteurs qui se sont donné la mort. "L’Etat prendrait leurs études en charge puisque leurs parents sont victimes d’une guerre économique." 

A noter : Le réseau Agri Sentinelles répond aux paysans en difficulté par internet ou par téléphone au 09.69.39.29.19
 
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