Pérenniser le terrain agricole, éviter l'endettement des paysans. Les missions de Terre de liens

Lutter contre la disparition des terres agricoles et l’endettement des paysans. Tel est le but de l’association Terre de liens. Près de Rennes deux exploitants nous racontent leur installation et cette nouvelle approche du métier d'agriculteur.

Marine (au 1er plan) et Eloïse ramassent des pommes de terre dans un champ appartenant à Terre de liens et cultivé par Erwann Ravary à Boisgervilly.
Marine (au 1er plan) et Eloïse ramassent des pommes de terre dans un champ appartenant à Terre de liens et cultivé par Erwann Ravary à Boisgervilly. © Catherine Deunf-France Télévisions
Aujourd’hui, c’est ramassage de pommes de terre. A quatre pattes dans la terre, ils sont trois à remplir les paniers de patates. Demain, c’est le marché Sainte-Thérèse à Rennes où Erwann  réalise 60% de son chiffre d’affaires.
 
A Boisgervilly en Ille-et-Vilaine, Erwann Ravary loue 5 ha de terrain et du bâti agricole à l'association Terre de liens. Une façon de ne pas s'endetter lors de l'installation et d'éviter la dispersion des terres au moment de la revente de l'exploitation.
A Boisgervilly en Ille-et-Vilaine, Erwann Ravary loue 5 ha de terrain et du bâti agricole à l'association Terre de liens. Une façon de ne pas s'endetter lors de l'installation et d'éviter la dispersion des terres au moment de la revente de l'exploitation. © Catherine Deunf-France Télévisions

Erwann Ravary s’est installé comme maraîcher bio à Boisgervilly en Ille-et-Vilaine il y a 2 ans et demi après une reconversion. Dans une première vie, il travaillait comme ingénieur industriel en Espagne pour le constructeur de bateaux  Zodiac. "J’avais envie de changer. Ce n’était pas un ras le bol vraiment. J’attendais d’avoir une bonne idée", raconte le quarantenaire.
 

 Une épargne solidaire


La bonne idée pour Erwann, ce sera l’agriculture biologique. Après une formation au Rheu, près de Rennes, il trouve une ferme à louer. Le précédent exploitant partant en retraite, les terres et le bâti agricoles sont à louer.
 

Ça me convient de ne pas être propriétaire, ça m’évite de m’endetter

Erwann Ravary



Le loyer des 5 ha de terre et des bâtiments agricoles lui coûtent 1600 € par an. Le foncier agricole appartient à Terre de liens, une association nationale financée par des adhérents à hauteur de leurs envies. Une épargne solidaire.

En Bretagne, 54 fermes ont ainsi été achetées grâce aux fonds apportés par 4500 investisseurs. Pour louer ces terres, les agriculteurs s’engagent à respecter une charte, imposant du bio entre autres. Ce dispositif leur évite l’endettement d’un achat de foncier agricole. Le loyer en Ille-et-Vilaine se monte en moyenne à 105 € par hectare de terre et par an, selon l’association.

"L’agriculture est un métier de capitaliste, ironise Erwann Ravary. L’achat des terrains, des bâtiments et du cheptel sont vus comme un investissement pour la retraite. La revente de ces biens compte beaucoup au moment de la retraite, étant donné la faiblesse des pensions."

Grâce à nous, le paysan ne s’endette pas pour être riche à la retraite.

Damien Séjourné, animateur à Terre de liens

 

Champs de betteraves et serres de tomates chez Erwann Ravary à Boisgervilly
Champs de betteraves et serres de tomates chez Erwann Ravary à Boisgervilly © Catherine Deunf-France Télévisions


Eviter la spéculation immobilière


En achetant des terres agricoles, Terre de liens évite qu’elles ne soient dispersées au moment de la transmission de l'exploitation. Une fois propriété de l'association, ces champs ne peuvent plus être utilisés pour construire de l'habitat. Bloquer la spéculation immobilière, c’est ce qui a séduit Mathilde Simonneaux à Corps-Nuds, à une vingtaine de kilomètres de Rennes. L’agricultrice de 35 ans a repris la ferme de ses parents il y a cinq ans mais n’a pas racheté toute l’installation. Ses parents en ont vendu une partie à Terre de liens et leur fille en est devenue locataire.

Etant proche de Rennes, c’est un vrai enjeu de garder la ferme et qu’elle ne parte pas à l’immobilier.

Mathilde Simonneaux


La jeune femme y cultive des céréales, des pommiers et élève des moutons : "C’est important pour bien travailler d'avoir une unité agricole, que les champs soient groupés . Et il faut pouvoir garder des terres proches des grandes agglomérations pour nourrir les villes."


 
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