Surfer sur la côte Nord bretonne, impossible ? Nombreux sont en effet ceux qui croient que seuls les rouleaux de la côte Atlantique méritent d’être domptés… Erreur ! La Bretagne avec ses 2470 km de côtes affiche de nombreux atouts pour ce sport en plein essor.

Si la côte sud et le Finistère ont fini par faire reconnaître leurs qualités, c’est un peu plus délicat pour la côte nord…  Or elle aussi regorge de spots, d’endroits parfaits pour se mettre à l’eau et profiter de la houle de la Manche. Oubliez donc les idées reçues pour découvrir au fil de cet Itinéraire Bretagne ces sites où le surf a toute sa place et même ses champions ! 

© picture alliance / Frank May/pic/MaxPPP
© picture alliance / Frank May/pic/MaxPPP

 

Le surf a la côte !


Le surf, selon les chiffres de la fédération française de la discipline, ce sont 680 000 pratiquants. Un chiffre en constante progression. On compte d’ailleurs en Bretagne, plus de 1800 licenciés, dont un peu plus d’un tiers de femmes. 120 surfeurs bretons s’illustrent au niveau national et international, avec un centre de performance à la Torche en Bretagne Sud. 

En côte nord, plusieurs spots se distinguent par leur fréquentation : Perros Guirec, les plages du Cap Fréhel, ou celles situées sur la côte d’Emeraude, aux alentours de Saint-Malo.

Saint-Malo, Saint-Lunaire, deux sites que fréquente assidument Serge Bizeul, un photographe amateur et passionné de clichés sportifs. Dès que les conditions le permettent, le voilà au bord de l’eau muni de son téléobjectif. 

Ce qui m’intéresse c’est le joli geste. Quand dans le viseur, je vois que le surfeur prend une inspiration, je sens qu’il va me faire quelque chose. Il suffit de saisir l’instant en deux ou 3 images, pas besoin de faire dix ou douze rafales.


Et pour le plus grand plaisir des sportifs photographiés, Serge Bizeul partage gratuitement ses trésors sur les réseaux sociaux. 

À force de parcourir les plages des alentours , cet habitant de Dinard néophyte dans le monde du surf  a constaté une certaine évolution. "Je suis depuis 4 -5 ans un noyau de passionnés, mais je me suis rendu compte qu’ils étaient de plus en plus nombreux."

Une observation que partagent le président du comité départemental d’Ille -t-Vilaine de la Ligue de Bretagne de surf, Frédéric Le Guilloux et Morgan Menez, à la tête d’une école de surf à Longchamp depuis presque dix ans. 

Parmi les raisons de cet engouement, la simplicité du surf, l’amélioration de la qualité des combinaisons néoprènes qui permettent de se mettre à l’eau en toute saison même l’hiver et puis la multiplication des sites de prévisions météo. Des amateurs rennais ou même parisiens peuvent ainsi s’autoriser, quand les projections sont favorables, un aller-retour sur la côte nord avec la quasi-certitude de profiter de bonnes conditions.

C’est à la fin des années 80 que le surf a commencé à débarquer sur les côtes bretonnes, soit presque 30  ans après la côte basque, le berceau français de ce sport venu de Polynésie. Pourquoi un tel retard ? Quelques complexes au commencement face à l’intensité des vagues atlantiques ? Peut-être, mais finalement comme l’explique Thierre Deniel, un des pionniers du surf en Bretagne nord, la raison est probablement plutôt culturelle.

Les Bretons sont des navigateurs, plutôt attirés par la voile, dériveurs ou bateaux habitables


C’est donc naturellement par la planche à voile que le surf a finalement débarqué discrètement, avant que la discipline ne s’organise et se structure pendant les années 90, d’abord sur la côte sud mais très rapidement en côte nord également. Et le principal atout de cette côte baignée par la Manche, c’est sa topographie, un littoral découpé qui permet en fonction du vent et de la marée de profiter de plusieurs spots, rendant les sportifs très mobiles et adaptables. Une vraie qualité sur le circuit international.

Le surf en Bretagne : la côte nord a la cote !
Un reportage de N. Rossignol, F. Leroy, B. Thibaut, D. Dallemagne, J. Le Quiniou / avec Serge Bizeul, photographe amateur - Morgane Menez, directeur école Surf Harmony - Frédéric Le Guillou, président du comité départemental d'Ille et Vilaine de la ligue de surf de Bretagne - Thierry Deniel, ancien président fondateur du Seven Islands Surf Club

 

© N. Rossignol - France 3 Bretagne
© N. Rossignol - France 3 Bretagne

 

Le surf, côté matériel


Surfer, c’est avant tout glisser sur des vagues à l’aide d’une planche… et la technique comme le matériel nécessaire n’ont pas beaucoup évolué depuis les années 60.

Michel Barland, pionnier de la fabrication de surf à Bayonne dès la fin des années 50,  se souvient dans une interview télévisée de 1971 (INA), que les ancêtres des planches d’aujourd’hui étaient fabriquées avec des croisillons de bois recouvert de toile cirée. "Au premier choc, la toile se perçait, la planche se remplissait d’eau et coulait". Puis il y a eu des modèles en balsa : "L’avantage du balsa, c’est que c’était très léger, mais c’est un bois qui se gorge d’eau. La planche pesait le double de son poids à la fin de saison." 

Depuis ce sont des pains de mousse polyuréthane ou polystyrène qui sont recouverts de toile de verre et de résine.

Les matériaux n’ont pas beaucoup changé, ni la forme des planches depuis les années 60 précise David Domalain d’un surf shop des environs de Saint-Malo.


Les tailles et formes s’adaptent au gabarit du surfeur, à son niveau et au type de vagues qu’il compte rencontrer. La gamme s’étend des plus petites planches, les shortboards, courtes et étroites, pour des surfers déjà un peu expérimentés, aux longboards à partir de 9 pieds soit  2,75m. Entre ces deux extrêmes se trouvent notamment les malibus, des planches plus polyvalentes et très adaptées aux conditions de vagues de la côte nord bretonne.

Pour surfer : se trouver et s'approprier sa planche
Un reportage de N. Rossignol, F. Leroy, B. Thibaut, D. Dallemagne, J. Le Quiniou / avec David Domalain, Surf Shop Nausicaa - Yann Le Herr, shaper "Mystic surfboards" - Malo Dourver, shaper MD

Aller vers du sur mesure


Pour s’équiper, il est possible d’acheter des planches de séries vendues en surf shop.  L’autre solution : solliciter un shaper qui fabrique sur mesure, adaptant chaque dimension très précisément à celui qui utilisera la planche.

Un métier que pratique professionnellement depuis 15 ans Yann Le Herr à Saint-Lunaire. Un millier de planches estampillées Mystic sont sorties de ses ateliers… "C’est un travail d’artisan de A à Z. Il y a des ateliers où la découpe de la planche se fait avec une machine à commandes numériques. Moi, ma technique n’est pas différente que celle qu’utilisait Michel Barland dans les années 70. "

Pour rester concurrentiels, les tarifs pratiqués sont à peine 10% plus élevés que les prix de boutique, les marges ne sont d’ailleurs pas comparables, compte tenu du temps passé, de 6 à 15h par unité, avec des temps de séchage.  Loin de faire fortune, Yann Le Herr vit surtout sa passion. Pour améliorer l’ordinaire, il est aussi prof de surf… 

Malo Dourver, 24 ans, est lui,  tout récent dans la profession à Saint-Malo. "J’avais cassé une planche que je venais de m’acheter. J’ai récupéré une vieille planche à voile à la déchèterie, je l’ai désossé avec un ami, et reshapé en fonction de la forme que j’aimais bien. Et c’est comme ça que ça a commencé. Y’avait plein d’étapes que je ne connaissais pas, elle n’était pas solide du tout. Mais ça m’a beaucoup plu. Mes copains m’en ont demandé pour eux. Et j’ai fini par créer ma microentreprise."

Malo est conscient que ce sport si proche de la nature n’est pas réellement écologique si l’on considère les matériaux utilisés pour la fabrication des surfs : résine, mousse, toile de verre… Il tente donc de proposer à sa clientèle des alternatives un peu plus vertes, en utilisant des résines partiellement biosourcées ou en remplaçant la fibre de verre par du lin, ce textile résistant, naturel et non irritant qui apporte encore plus de solidité aux planches. Pour l’instant, compte tenu du surcoût de 20% environ, les demandes sont assez minoritaires.

Outre la tendance bio, c’est le gonflable qui est également en vogue. C’est avec le stand up paddle board que ce matériau a fait une entrée fracassante. Aujourd’hui, 50% des SUP vendus sont des gonflables. Le principal atout de cette fabrication : le faible encombrement, la facilité pour les débutants et le prix un peu inférieur. Après le Sup, le gonflable pénètre même le marché du surf classique, ce qui aurait pu faire sourire il y a dix ans à peine !

© M. Letourneur
© M. Letourneur

 

Le Stand up paddle board, la nouvelle coqueluche de la planète glisse


Une nouvelle discipline a fait une entrée fracassante dans le monde de la glisse, le stand up paddle board. Ce sport qui consiste à ramer debout sur une planche à l'aide d'une pagaie attire depuis une dizaine d’années un nombre croissant de pratiquants.

Ce sont les rois polynésiens qui furent les premiers à prendre des vagues ainsi…mais c'est dans les années 2000 que Laird Hamilton notamment a remis cette technique au gout du jour. Elle permet à la fois de surfer des vagues, mais aussi de se balader sur l'eau, ou de pratiquer des courses de vitesse… Bref, une variété de pratiques qui a conquis une famille malouine, les Letourneur.

Ramer en famille


C’est le père, Jean-Pierre qui a découvert cette nouvelle façon de glisser sur les vagues en 2009, un peu par hasard. "J’ai acheté une planche dans un magasin qui liquidait, je ne savais pas ce que c’était". De la surprise à la passion, il n’y a eu que quelques vagues…Entraînant petit à petit, son fils cadet, puis l’aîné, il finit par convaincre sa femme et le benjamin de la famille. Tous se sont retrouvés ainsi sur les mêmes lignes de départ des compétitions auxquelles ils participaient, partageant ainsi la même émotion. Puis de championnat en championnat, les déplacements se sont faits plus lointains : la Californie, puis le Brésil… "c’était la consécration de ce que nous vivions ensemble" confie Catherine Letourneur

Depuis Martin, le cadet des trois frères est devenu un compétiteur reconnu. Il pratique le SUP surf et le longboard au niveau français, et le SUP race au niveau international. Il figure parmi les 20 meilleurs mondiaux. Son objectif, allier passion et profession. Il vient de décrocher sa licence de management du sport et débute un stage chez son sponsor, après avoir organisé une manche de la coupe de France de Paddle Race en Méditerranée.

Côte nord de la Bretagne : en mode stand up paddle board
Un reportage de N. Rossignol, F. Leroy, B. Thibaut, D. Dallemagne, J. Le Quiniou / avec Jean-Pierre Letourneur - Martin Letourneur - Catherine Letourneur - Martin Letourneur - Anne Crozet, Sup'Equilibre - Noëlle Milliat, professeur de yoga

C’est par les Letourneur qu’Anne Crozet a elle aussi découvert le SUP en 2010. Elle a très vite commencé la compétition en race, décrochant un certain nombre de trophées régionaux et nationaux et propose depuis 2013 via Sup’Equilibre des initiations à cette nouvelle pratique sportive. Outre les locaux qui souhaitent pratiquer toute l’année et ramer en pleine mer, les touristes aussi sont heureux de quitter le bord. "Ils quittent leur zone de confort" décrypte Anne Crozet. 

L’autre raison de l’engouement autour de ce sport, c’est qu’il apparaît particulièrement complet, faisant travailler toutes les parties du corps : des épaules aux genoux, en passant par les fessiers, les abdominaux, l’équilibre.


Depuis peu, Anne Crozet accompagne Noëlle Milliat, professeur de yoga qui propose son activité sur les planches de SUP. "C’est une autre façon de pratiquer le yoga, un yoga plus ludique, et en plus dans un cadre exceptionnel." explique la jeune femme qui enseigne d’habitude à Rennes."

La nouvelle génération de surfeurs


Le surf est désormais une matière qui s’enseigne dans le cadre du collège ou du lycée. C’était déjà le cas dans le Sud-Ouest,  c’est désormais également vrai dans quelques lycées bretons, à Lorient ou  à Quimper. Depuis trois ans, le collège Saint-Joseph et le lycée Bossuet de Lannion s’y sont aussi convertis. 

Ces deux établissements proposent une section sportive, en partenariat avec le club de surf de Perros Guirec, le Seven Islands Surf Club et encadrée par les moniteurs de l’école de surf de Perros Guirec, le Ponant Surf School

La spécificité de ces enseignants : leur niveau ! Alexis Deniel, le directeur et Gaspard Larsonneur le moniteur font partie des meilleurs français et affichent un palmarès riche, au niveau français comme au niveau international.

Un enseignement qui pourra peut être bientôt être validé par une option au baccalauréat, comme c’est le cas par exemple à Anglet. "C’est encore en pourparlers au niveau du rectorat" nous précise Christel Le Corre, professeur d’EPS du Lycée Bossuet.

Parmi les jeunes pépites bretonnes, Maëlys Jouault, 15 ans tout juste. Elle a grandi au Cap Fréhel, spot de surf réputé…et c’est probablement les surfeurs qu’elle apercevait l’été en allant sur la plage en famille qui lui ont inoculé le virus…  À six ans, la voyant se mettre debout sur son Body Board, son père lui achète sa première planche et la conduit sur une petite plage isolée. "J’étais là dans l’eau avec ma planche en mousse et mes 6 ans, et c’est parti" nous raconte-t-elle. "Sur une vague, je suis déconnectée de tout, on n’entend plus rien, on est dans a bulle, j’adore cette sensation". Très vite repérée par les instances de la ligue de surf de Bretagne, elle quitte sa famille à l’âge de 12 ans pour rejoindre le Pôle espoir à la Torche.

Surf en Bretagne : la nouvelle génération montante
Un reportage de N. Rossignol, F. Leroy, B. Thibaut, D. Dallemagne, J. Le Quiniou / avec Alexis Deniel, directeur Ponant Surf School - Christel Le Corre, professeur EPS Lycée Bossuet Lannion - Lila, Anaëlle, Sixtine et Héléna, élèves de seconde Lycée Bossuet Lannion - Gaspard Larsonneur, moniteur Surf - Maëlys Jouault

À peine deux ans plus tard, c’est le pôle France de Biarritz qui la sélectionne. En quelques mois, elle a déjà multiplié les déplacements à l’étranger : le Cap Vert, le Panama, le Portugal… "Ça représente des sacrifices, mais je ne les regrette pas. Je suis en train de performer et je suis même au-delà de ce je voulais atteindre" temporise-t-elle. Pour sa famille qui s’est passionnée avec elle pour le surf, la laisser partir n’a pas été facile, "mais on n’avait pas le choix, c’était une non-question et puis elle est tellement heureuse" reconnaît sa maman toujours impressionnée par la détermination de sa fille.

Déjà les prochaines compétitions se profilent et dans un coin de sa tête la perspective des Jeux Olympiques. Pour la première fois, le surf sera discipline olympique en 2020 à Tokyo. "Je serai trop jeune en 2020, mais j’espère beaucoup pouvoir participer en 2024. Avec les filles de l’équipe, on y croit beaucoup."